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 Comme une gifle remettant les idées en place - Iweo

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    Date de Naissance : 31/08/1985

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MessageSujet: Re: Comme une gifle remettant les idées en place - Iweo   Dim 10 Juin - 17:43

Leonardo sourit en voyant son interlocuteur s’abimer dans la même sorte de silence que lui-même, quelques instants auparavant. Iwan et lui avaient ainsi des souvenirs plutôt forts de ce qui les avait amenés à devenir ce qu’ils étaient aujourd’hui. L’envie de savoir de quels souvenirs il s’agissait pour le Polonais apparut à la surface de son esprit, discrètement, doucement et il songea que si cela arrivait, un jour, il aurait sûrement gagné tout ce qu’il désirait. Les yeux sombres du brun s’éclaircirent légèrement, signe qu’il revenait dans le moment présent et leurs regards se trouvèrent de nouveau connectés. Le sourire de l’Italien s’épanouit spontanément, ce qu’il se reprocha une fraction de seconde après s’en être rendu compte mais Iwan n’avait heureusement pas eu la possibilité de voir sa réaction. Il buvait une gorgée d’eau, à ce moment-là.

- J’ai toujours admiré la police pour son travail que je jugeais et juge toujours indispensable même s’ils sont parfois impuissants devant certaines situations, commença-t-il à expliquer, une fois désaltéré. Mais j’ai fini par me rendre compte au bout de deux ans que ce n’était pas ce qui me motivait à sortir du lit le matin, que ce n’était pas ma voie, en quelque sorte.

Un silence commun ponctua cette déclaration. La curiosité de Leonardo n’avait pas vacillé d’un pouce, toujours aussi éveillée. Le penchant pour la droiture et la justice qui se découvrait dans les mots de son employé lui plaisait. Lui-même possédait un point de vue similaire sur la question, bien que l’idée de devenir policier ne lui ait jamais traversé l’esprit. Sûrement du fait de la violence qui régnait quand même de façon importante dans ce milieu. L’Italien faisait partie des personnes les plus pacifiques au monde.

- J’ai donc songé à une reconversion pour la comptabilité. J’ai toujours apprécié les nombres, continua Iwan en souriant, pour une raison que Leonardo fut incapable de déterminer. Mais cela ne lui importait pas tant que ça, finalement. Ce qui importait était qu’Iwan continue de sourire. Tout est rationnel, on ne peut pas avoir de mauvaise surprise avec les nombres, à moins d’avoir fait une erreur. Mais sitôt qu’on l’a détectée, tout rentre dans l’ordre.

L’idée que le jeune homme avait du être victime de choses trop dures pour son âge s’imposa à l’esprit de l’italien. Cela lui semblait évident à cause des termes employés pour justifier son intérêt pour les chiffres. Ces chiffres qu’il pouvait contrôler. Qui ne pouvait pas lui faire de « mauvaise surprise ». Une pointe d’inquiétude, trop fortement influencée par l’affection qu’il avait pour le Polonais, naquit au sein de Leo et il s’employa du mieux qu’il put à la contenir. Sachant que ce n’était définitivement pas approprié et qu’il était possible que ses théories soient totalement infondées.

- Mon travail n’est peut-être pas aussi utile que d’autres, mais il me plait, et aussi pour cette distance qu’il a avec l’être humain qui est si compliqué.

Une légère incompréhension apparut dans le regard de l’Italien à la mention de cela. Il ne lui avait pas semblé avoir des difficultés avec autrui. D’ailleurs, ne lui avait-il pas proposé de lui-même de déjeuner ensemble ? Et son travail pour Scotland Yard ? Un sourire se dessina sur les lèvres du locuteur et son patron attendit la suite, conscient que grâce à l’esprit relativement structuré par les chiffres d’Iwan, il allait avoir la réponse aux questions qui se posaient.

- Mais je suis aussi… assez paradoxal. Car comme vous l’avez dit, je suis consultant à Scotland Yard, et les services que je rends à mes anciens collègues consistent en l’annonce de la mort d’une personne à ses proches. C’est une chose qui ne me dérange pas, tandis qu’elle gêne tous les autres. J’ai découvert que tout comme je prenais de la distance avec le reste lorsque je manie les nombres, je suis également capable de mettre de côté ma vie lorsque je dois m’entretenir avec les familles. Les nombres et la mort font partie intégrante de ma vie, et je conçois tout à fait que c’est glauque.

D’accord. Leonardo comprenait parfaitement maintenant la raison pour laquelle le Polonais parvenait à concilier comptabilité et consultation. C’était lié, même si cela n’était pas clairement visible, au premier abord. Comme un automate, le jeune homme faisait ce qu’il savait devoir faire et cela s’arrêtait là. C’était effectivement glauque mais comme il n’était pas réellement automatisé et qu’il était capable de prendre des décisions par lui-même, qu’il ne suivait pas aveuglément les ordres d’un tel, ce n’était pas dramatique de l’avis de Leonardo. Chacun vivait comme il l’entendait. De plus, il fallait bien quelqu’un pour annoncer les décès et si cela ne gênait pas Iwan de le faire, il n’avait pas à le juger. Quelques mots d’excuses sortirent soudain de la bouche du susnommé, à cause de la longueur de sa réponse.

Surpris, Leonardo se redressa et leva les mains, qu’il agita doucement pour signifier que tout allait bien :

- Il n’y a aucun problème ! Vous écouter m’a réellement intéressé, indiqua-t-il en reposant doucement ses mains sur le plateau de la table. Vos explications ont mis en valeur la logique de votre parcours, c’était très agréable à écouter.

Il sourit gentiment pour donner un peu plus de poids à ses paroles. A l’intérieur, il se demandait s’il devait confier à Iwan qu’il ne le trouvait donc pas si paradoxal que ça. Après tout, ce n’était pas inapproprié, non ? C’était une simple remarque. Oui. Une simple remarque qui ne trahissait aucune affection exagérée. Juste une appréciation naturelle entre un employé et son patron. Néanmoins, au moment où il ouvrit la bouche pour l’énoncer, le serveur arriva, posant devant eux des soupes misos couvertes pour conserver leurs chaleurs et différents assortiments de poissons crus accompagnés de riz. Deux brochettes de poulet au fromage étaient également présentes. Décidant que le hasard avait choisi pour lui, Leonardo leva son verre comme pour trinquer et but une nouvelle gorgée. Même s’il savait que ça n’aurait pas du tout été adapté à ce qu’il mangeait, il aurait bien pris un verre de Xérès, là, maintenant. Malheureusement, ils se trouvaient en milieu d’une journée de travail et ce n’était définitivement pas sérieux. Il estimait que seuls certains cas pardonnaient l’absorption d’alcool au déjeuner, un jour de semaine. Et il se trouvait que la situation dans laquelle il était ne collait à aucun de ces cas.

Sortant les baguettes de l’étui en papier qu’il avait à disposition devant lui, il lança un « bon appétit » courtois à son interlocuteur et entreprit de tremper l’un des sushis dans le bol de sauce sucrée posé entre eux. Sur le côté, à sa gauche, sa soupe refroidissait, débarrassée de son couvercle.

- Je pourrais me nourrir exclusivement de nourriture japonaise, si je ne trouvais pas cela peu agréable à préparer, lâcha-t-il après avoir avalé le sushi assaisonné.

Il avait parlé sans réfléchir. Juste comme ça. Les mots lui étaient venus, il les avait lâchés. Ce n’était pas grave : il n’avait rien dit de compromettant mais ce n’était définitivement pas original. Une voix lui annonça alors gravement qu’il n’avait jamais rien signé l’engageant à être original. Que s’il voulait éventuellement séduire Iwan, chose sur laquelle il n’était pas sûr encore, il devait rester naturel. Ainsi, il devait arrêter de stresser pour un rien et continuer à manger, tranquillement. La voix, qu’il identifia rapidement comme appartenant à son père, s’évanouit et Leonardo nota mentalement d’aller rendre visite à ses parents, très prochainement. Cela faisait un certain temps qu’il ne les avait pas vus et il aurait bien besoin de nouveaux conseils de leur part pour ne pas se comporter comme un jouvenceau idiot.

Le stress dans lequel la compagnie d’Iwan le plongeait à intervalle régulier était absolument horripilant. Saint Leo régressait. Cee se serait bien moquée de lui. D’un autre côté, si Cee avait été en état de se moquer de lui, il est fort probable qu’il n’aurait pas été en état de stress à cause d’Iwan et donc que Cee n’aurait pas pu se moquer de lui.

Une certaine culpabilité fit alors son apparition, à l’idée du dilemme qui aurait pu exister s’il était tombé sous le charme d’Iwan alors que Cee se trouvait encore vivante. L’envie de manger s’arrêta nettement et il posa ses baguettes. Le regard interrogateur de son interlocuteur se leva sur lui et il se força à sourire :

- Vous ne trouvez pas ça absolument excellent ?
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MessageSujet: Re: Comme une gifle remettant les idées en place - Iweo   Mer 22 Aoû - 14:45

J’avais bien peur de m’être laissé emporté et d’avoir plus embêté mon vis-à-vis qu’autre chose, mais sitôt que je m’en excusais, le susnommé, qui était resté silencieux le temps de mon monologue, manifesta qu’il n’y avait pas lieu d’être désolé :

- Il n’y a aucun problème ! Vous écouter m’a réellement intéressé.

Les mains qu’il avait brusquement levées et agitées pour montrer son léger désaccord se reposèrent doucement sur la table. Je souris sincèrement tandis qu’il continuait.

- Vos explications ont mis en valeur la logique de votre parcours, c’était très agréable à écouter.

Un doux sourire s’empara de ses lèvres alors que j’hochais légèrement la tête, le remerciant par le même temps. Ma bonne humeur déjà présente ne faisait qu’augmenter en compagnie d’un homme tel que Leonardo. Je le savais gentil déjà avant ce déjeuner, mais n’avais jamais réellement pensé qu’il pourrait être plus qu’un collègue. Un ami. Le fait que je sois lunatique et que la plupart du temps je ne ressente pas la nécessité d’avoir à approfondir certaines de mes connaissances n’était sans doute pas étranger à mon cercle très restreint. Mais j’étais prêt à changer cela, et au fil du temps, j’étais de plus en plus certain que commencer par l’Italien était une bonne chose.

Un serveur sembla se matérialiser à côté de notre table et déposa nos plats devant nous avant de nous souhaiter un bon appétit. Soupes, poissons, riz et brochettes de viande nous avaient été apportées. Je restais un instant à observer la nourriture, absolument pas habitué à manger japonais. Je doutais même de pouvoir réussir à tenir les baguettes correctement, mais préférais me taire à ce sujet. J’allais essayer, tester, goûter et voir ce que cela allait donner. Je faillis louper le verre que leva Leo et en fis donc de même avant de boire une gorgée et de sortir les baguettes de leur étui. Je retournais le « bon appétit » au brun que j’observais rapidement, ne sachant par quel plat commencer. Je l’imitai en prenant à mon tour un sushi – j’avais réussi par miracle à me saisir des baguettes, aidé par les brèves instructions de l’homme me faisant face lorsqu’il m’eut vu avoir des difficultés à ce niveau. Trempant délicatement le met de poisson dans la sauce en veillant à ne pas le faire tomber puisque je ne maniais pas encore très bien les instruments asiatiques, je le portais à ma bouche et en appréciais la saveur.

- Je pourrais me nourrir exclusivement de nourriture japonaise, si je ne trouvais pas cela peu agréable à préparer.

Je souris, n’ayant pas la moindre idée de la façon dont c’était cuisiné. Je n’avais que des bases en la matière et tâchais déjà de savoir préparer des plats européens. Mentalement, je notais d’éviter de m’essayer à la confection de nourriture japonaise si l’envie me prenait brutalement, bien que je dus reconnaître que le goût ravissait mes papilles. Je ne fis plus vraiment attention à mon interlocuteur durant quelques secondes, occupé à me servir aussi proprement que possible avant de porter les aliments à ma bouche. N’entendant néanmoins plus aucun bruit en face de moi, je relevais la tête, intrigué.

- Vous ne trouvez pas ça absolument excellent ?

Il ne paraissait pas être très à l’aise, subitement. Ou quelque chose semblait le déranger. Je me demandais ce que cela pouvait être, en voyant qu’il avait posé ses baguettes, s’arrêtant ainsi de se sustenter. Il venait tout juste d’énoncer son plaisir de manger japonais, aussi fusèrent plusieurs questions dans mon esprit. Je finis néanmoins de mâcher ce que j’avais en bouche avant de répondre à un Leonardo dont le sourire semblait tout sauf naturel.

- Si, ça l’est ! Je n’ai pas l’habitude de manger des plats asiatiques, avouais-je bien qu’il avait dû le remarquer, mais j’en apprécie vraiment les saveurs.

Leonardo hocha la tête, n’ajoutant rien. Je fronçais une seconde les sourcils avant de me reprendre. Que se passait-il donc ? Devais-je également m’arrêter pour l’interroger sur le revirement de situation et ce qui le provoquait, ou plutôt éviter pareille chose et embrayer sur un nouveau sujet susceptible de détendre l’Italien ? Nous n’étions après tout pas proches, et je ne savais pas jusqu’à quelle limite la politesse s’arrêtait pour passer à quelque chose de plus personnel, liant deux amis, ce que nous n’étions pas – encore. Je décidais de poser une question, sans trop insister, jugeant que c’était un bon juste milieu.

- Tout va bien ?

Le brun répondit par l’affirmative, souriant cette fois d’une façon qui me semblait être plus sincère. Le voyant reprendre ses baguettes, je l’observais se servir à nouveau, réfléchissant à ce qu’il m’était possible de mettre sur le tapis. J’avais déjà évoqué le monde du travail, ce qui était ce qui nous liait pour le moment le plus. Revenir là-dessus n’avait pas grand intérêt puisque nous en avions fait à peu près le tour pour le moment, et je ne voyais de toute manière pas quoi ajouter dessus. Il était exclu d’évoquer une quelconque vie sentimentale, cela ne me regardait en rien et c’était bien trop personnel même si j’éprouvais un vif intérêt pour le sujet. Le questionner sur ses amis ne déboucherait pas sur grand-chose, et il risquait de me renvoyer la pareille. Ses goûts ? Ah, voilà qui était déjà mieux. Je n’eus pas à chercher bien loin pour que le mot « cuisine » s’imprime en lettres majuscules dans mon esprit. Valait-il mieux l’interroger sur ses goûts culinaires ou ses capacités en la matière ? Le premier avait déjà été partiellement évoqué, puisqu’il avait annoncé d’une certaine manière adorer la nourriture japonaise. Le choix était vite fait, finalement.

- Vous aimez cuisiner ? Demandais-je.

C’est en reprenant à mon tour à manger que je me rendis compte que la question de but en blanc avait de quoi être surprenante, aussi m’expliquais-je aussitôt :

- C’est parce que vous avez dit que les mets japonais étaient peu agréables à préparer. J’ai supposé que vous en saviez donc un minimum sur le sujet.

Je souris, tentant de mieux faire passer mes paroles, trouvant que ce que je disais commençait à manquer de sens et que le sujet pouvait rapidement s’épuiser si Leonardo décidait de ne pas s’attarder dessus. Mais au moins, la conversation était relancée, et j’espérais ainsi que le soudain malaise de mon interlocuteur se dissiperait rapidement et qu’il aille mieux. Je supposais qu’un souvenir ou que certaines pensées avaient bien dû le provoquer, mais n’étais certain de rien. Je m’étonnais de me préoccuper autant de son bien-être – je ne le connaissais pas plus que cela, après tout – et faillis bien avaler de travers un bout du poulet qu’on nous avait servi en brochette avant de me reprendre. Mais un sourire s’étira une nouvelle fois sur mes lèvres, après coup, réalisant qu’il n’y avait pas de mal à songer à cela. Le déjeuner se déroulait bien pour le moment, et j’en avais plus appris sur mon patron en à peine une heure que depuis qu’il m’avait embauché, plusieurs mois déjà auparavant. Je n’avais pas remarqué de gêne particulière entre nous, mais peut-être était-ce parce que j’avais tendance ce jour-là à tout prendre du bon côté. Tout allait bien. Et j’allais tout faire pour que cela continue dans cette voie.

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“They were simply another stable thing that he could enjoy. See, the beauty of numbers was that they had been around forever and they belonged to no one. Their meanings, orders, and interpretations had never changed. One plus one always equalled two. Not once had three never decided that it was going to be the answer to one plus one; it didn't work that way. Numbers were universal, but, at the same time, like rules, numbers could be manipulated to fulfill the needs of men. It was simple yet complex, and exactly the way he liked it.”


Dernière édition par Iwan Koslow le Lun 22 Avr - 13:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Comme une gifle remettant les idées en place - Iweo   Lun 3 Sep - 22:24

Les secondes passaient mais Cee ne disparaissait pas. Leo avait l’impression qu’elle allait arriver d’un instant à l’autre et lui demander des comptes sur ce repas ; qui restait pourtant professionnel puisqu’Iwan ne devait pas se douter de l’attraction qu’avait son supérieur pour lui. Et même s’il savait que Cee ne viendrait pas, que plus jamais elle ne le pourrait, Leonardo ne pouvait s’empêcher de réaliser qu’il ne saurait pas mentir pour se justifier et qu’Iwan saurait alors ce qu’il éprouvait. Il se sentit alors d’autant plus gêné, comme brusquement au pied du mur alors que la seule scène étrange qui se passait était dans sa tête. Par chance, Iwan le sauva en répondant à sa banalité irréfléchie :

- Si, ça l’est ! Je n’ai pas l’habitude de manger des plats asiatiques mais j’en apprécie vraiment les saveurs, dit-il avec simplicité.

Leo hocha la tête, un petit peu plus serein qu’auparavant. Cecilia était morte. Iwan était vivant. Lui-même l’était aussi. Il n’y avait rien de répréhensible à dîner avec un vivant quand l’amour de sa vie était mort ; même s’il était en l’occurrence possible que ledit vivant soit l’autre amour de sa vie. Rien de mal, donc, dans sa situation, surtout qu’il s’agissait d’un déjeuner professionnel, entre deux hommes qui étaient collègues et qui apprenaient simplement à se connaître en prenant garde à ne pas repousser trop loin les limites de l’intimité. Il devait donc arrêter de se soucier d’un rien comme un jouvenceau effarouché pour assumer son rôle de co-directeur d’un cabinet d’avocat, un rôle qui était supposé lui conférer assurance et blagues lourdes ; même s’il était préférable de se passer du second point quand on n’avait pas dépassé la quarantaine comme c’était son cas.

Iwan parut remarquer son début d’autisme, car, après quelques secondes de silence à peine rompu par la mastication du Polonais, il posa une question que Leonardo jugea absolument adorable, en dépit de sa banalité. Après tout, c’était Iwan, son fantasme en tête de liste, avant même Ivri Lider, qui la lui posait.

- Tout va bien ?

Ainsi touché, l’architecte répondit que tout allait bien en souriant d’une manière beaucoup moins crispée qu’auparavant. Brusquement, il sentait la faim le tenailler encore alors il récupéra ses baguettes délaissées et recommença à manger d’aussi bon cœur qu’au début du repas. Quand Cee n’était pas encore passée par là. Il sentait le regard d’Iwan sur lui et cela lui plaisait. L’apaisement qui le caractérisait, sa sérénité qui avait attiré Cecilia et la plupart de ses amis, revenait après de longs mois à l’éviter. C’était soudain mais agréable. Un peu comme la question qu’Iwan posa, peu après.

- Vous aimez cuisiner ? Demanda-t-il ainsi, en croisant son regard avant de reprendre un peu de nourriture et d’expliquer le pourquoi de sa question : C’est parce que vous avez dit que les mets japonais étaient peu agréables à préparer. J’ai supposé que vous en saviez donc un minimum sur le sujet.

Il semblait que le jeune homme tenait particulièrement à éviter que le repas devienne plat et horriblement gênant, ce que Leonardo ne put qu’apprécier. Lui-même avait commencé à faire cela puis Cecilia l’avait brièvement miné. Il songea, néanmoins, qu’il allait désormais faire l’effort de se maintenir dans un état d’esprit positif par considération pour son interlocuteur. De plus, étant donné qu’Iwan travaillait pour lui, il était préférable qu’il ait une opinion positive de lui et n’éprouve aucune pitié à son égard. Il se sentait cependant confiant vis-à-vis de la bizarrerie de son attitude grâce à l’attitude lunatique du Polonais. Les gens dotés d’un tel caractère avaient tant l’habitude d’être considérés comme étranges qu’ils évitaient de cataloguer trop vite ceux qui avaient un comportement un peu excentrique, parfois. Du moins était-ce ce que l’expérience avait appris à Leonardo. Après, il était toujours possible qu’Iwan choisisse de penser que Leonardo était un dépressif chronique à tendance schizophrène mais, honnêtement, il en doutait. Le sourire qu’il lui avait adressé en finissant de parler était trop aimable pour qu’il pense le moindre mal concret de lui, à moins qu’il fût un excellent acteur mais ce faisant, il n’aurait certainement pas embrassé la vocation de comptable ou de consultant pour la police. Sauf s’il utilisait ses talents d’acteur en tant qu’arnaqueur.

Sentant qu’il allait trop loin, Leonardo choisit de se dire qu’Iwan faisait tout simplement partie des gens les plus gentils qu’il connût et que c’était d’ailleurs en partie pour ça qu’il se sentait attiré par lui ; ajouté au fait qu’il était particulièrement optimisé, sur le plan physique. Un nouveau sourire sur le visage juvénile d’Iwan encouragea l’architecte à répondre et il se dit qu’en plus d’être gentil, séduisant et efficace dans son travail, le Polonais savait également cerner rapidement les gens. La cuisine faisait partie de ses passions. Il pouvait en parler des heures durant si on le laissait faire mais il ferait un effort pour ne pas trop s’emporter, là. Il fallait tout de même qu’il laisse à Iwan l’opportunité de s’exprimer.

- J’adore cuisiner, oui, en effet, admit-il en souriant. Vous avez bien perçu les éléments à votre disposition, Iwan.

Il ne put s’empêcher de faire une très courte pause après avoir prononcé le nom de son interlocuteur. C’était plus fort que lui, deux syllabes magiques qui résonnaient si agréablement à ses oreilles que ça lui faisait bizarre de les employer. Il se reprit néanmoins rapidement, sans avoir laissé paraître un quelconque trouble, et développa les intuitions qui avaient amené Iwan à poser sa question :

- Ma mère est italienne et, même si elle a vécu la majorité de sa vie d’adulte en Angleterre, elle a tout de même été éduquée de façon à pouvoir pourvoir à tous les besoins ménagers de son futur époux. La cuisine faisait partie de cette éducation et elle m’a enseignée ce qu’elle savait, introduisit-il, les yeux dans ceux de son interlocuteur, ses baguettes de nouveau délaissées près de son assiette. Inutile de vous dire que j’ai de suite plongé dans ce monde avec plaisir. Les odeurs, les couleurs m’enivraient. J’appréciais voir le changement d’état de mes ingrédients, les alliances qui se créaient. Pour moi, c’était comme créer mon propre petit monde. Puis mon père s’y est mis pour m’apprendre des plats bien d’ici ou des plats étrangers qu’il avait appris d’une façon ou d’une autre. J’ai ainsi appris à cuisiner du hérisson, lorsque j’avais treize ans.

Il sourit à ce souvenir. Il faut dire qu’au début, quand son très cher paternel lui avait dit qu’ils allaient préparer un ragoût d’hérissons il ne l’avait pas cru mais il s’était avéré que c’était la vérité et que ce n’était pas si mauvais que ça au final. Avec une bonne touche de thym, ça pouvait même être qualifié de « bon ».

- Ensuite, j’ai fait mes propres essais et j’ai déterminé ce que je préférais faire. Je pense pouvoir dire sans trop mentir que j’ai tenté de cuisiner la plupart des cuisines du monde, enfin les cuisines connues. Demandez-moi de cuisiner un plat venant des steppes mongoles, vous risquez d’être déçu. Sauf si vous m’apportez la recette, auquel cas je ferais de mon mieux pour vous satisfaire. Quand j’étais à la fac, mes camarades adoraient que j’aime faire la cuisine et me laissaient expérimenter une foule de choses avec les moyens du bord. Après le ragoût d’hérissons, j’ai ainsi créé le saumon aux spéculoos. Vous connaissez les spéculoos ? Ce sont des gâteaux à la cannelle. Et avec le saumon, ça se marie étrangement bien, à condition, évidemment, d’aimer le sucré/salé. Cuisiner est ma façon de me détendre, en fait, continua-t-il en se rendant compte qu’il était peut-être allé trop loin dans ses explications.

Il ne se sentait pas gêné de cela. Au contraire, il se sentait bien mais cela ne l’empêchait pas de se dire qu’Iwan avait peut-être été noyé sous le flot de mots alors même qu’il posait une simple question pour raviver la conversation.

- J’ai tenté de faire un Bigos, un jour, ajouta-t-il malgré cela tout en se promettant de se taire rapidement pour ne pas partir dans un monologue interminable, mais je ne retenterai pas devant vous puisque je doute l’avoir fait de la façon qu’il aurait fallu. Quoique vous le faire goûter pourrait peut-être me permettre de m’améliorer… remarqua-t-il tandis que sa voix devenait plus songeuse. Cela vous dérangerait-il que je vous pose des questions sur la cuisine traditionnelle polonaise pour augmenter mon habileté à la faire ? D’ailleurs, excusez-moi de ne pas avoir retourné la question plus tôt, vous cuisinez, de votre côté ?
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MessageSujet: Re: Comme une gifle remettant les idées en place - Iweo   Mar 4 Sep - 0:01

Je ne cessais de me répéter que tout allait bien, et contrairement à nombre de gens, ce n’était pas pour me rassurer mais bien un fait. Certes, me le dire encore et encore n’avait donc pas une grande utilité. Mais cela empêchait mes pensées de vaquer à vau-l’eau et ainsi de me désintéresser de mon interlocuteur. Celui-ci étant absolument charmant, cela n’aurait pas été très juste pour lui, bien qu’il ne puisse réellement s’en rendre compte. Mais tout de même. Il méritait mieux que ça. Ah, et d’ailleurs, il semblait que ma question avait été pertinente – bravo Iwan ! –, ce que Leo n’allait pas tarder à me le démontrer :

- J’adore cuisiner, oui, en effet. Vous avez bien perçu les éléments à votre disposition, Iwan.

Et dix points pour le lunatique dorénavant enchanté ! Bon, qu’il m’appelle par mon prénom me faisait toujours un effet un peu étrange. Mais j’allais m’y habituer, non ? L’homme s’habitue à tout, n’est-ce pas ? Et qui plus est, il venait de confirmer mon hypothèse. J’avais fait mouche ! L’expression n’est sans doute pas des plus appropriées lorsque le sujet de conversation était de l’ordre de la cuisine, mais une fois encore, bien heureusement, Leonardo ne pouvait pas en être en conscient. Cela valait mieux, d’ailleurs. Tout comme il a été judicieux de sa part de poursuivre ; une image de mouche cuisinée commençait à faire irruption dans mon esprit.

- Ma mère est italienne et, même si elle a vécu la majorité de sa vie d’adulte en Angleterre, elle a tout de même été éduquée de façon à pouvoir pourvoir à tous les besoins ménagers de son futur époux. La cuisine faisait partie de cette éducation et elle m’a enseignée ce qu’elle savait.

Je buvais les paroles de l’Italien avec grand plaisir. Ainsi, en plus de s’être tenté à la cuisine japonaise, il connaissait sans doute une panoplie de plats italiens. Je me doutais déjà que cela ne devait pas s’arrêter là, et une fois encore, pus me féliciter intérieurement d’avoir raison en entendant la suite des propos de mon si charmant vis-à-vis.

- Inutile de vous dire que j’ai de suite plongé dans ce monde avec plaisir. Les odeurs, les couleurs m’enivraient. J’appréciais voir le changement d’état de mes ingrédients, les alliances qui se créaient. Pour moi, c’était comme créer mon propre petit monde. Puis mon père s’y est mis pour m’apprendre des plats bien d’ici ou des plats étrangers qu’il avait appris d’une façon ou d’une autre. J’ai ainsi appris à cuisiner du hérisson, lorsque j’avais treize ans.

Du hérisson ? Voilà qui était bien étrange. Et je ne fus d’ailleurs pas en mesure de cacher ma surprise, tout comme le brun me faisant face ne ménagea pas son sourire à ce souvenir apparemment heureux. N’étant pas le moins du monde porté sur la cuisine pour ma part, je ne pouvais qu’essayer d’imaginer ce qu’il pouvait ressentir à la faire. C’était une passion comme une autre, après tout. Et au vu de ce qu’il disait, étant baigné dedans depuis tout petit, cela ne pouvait faire que développer son goût pour la chose. Surtout avec des parents eux aussi portés sur la cuisine. J’étais conscient que que mes goûts en la matière étaient très limités, étant donné que j’avais des habitudes bien rythmées à ce sujet. Aussi préférais-je ne pas porter de jugement sur les saveurs que pouvait receler le hérisson. Sait-on jamais.

- Ensuite, j’ai fait mes propres essais et j’ai déterminé ce que je préférais faire. Je pense pouvoir dire sans trop mentir que j’ai tenté de cuisiner la plupart des cuisines du monde, enfin les cuisines connues. Demandez-moi de cuisiner un plat venant des steppes mongoles, vous risquez d’être déçu. Sauf si vous m’apportez la recette, auquel cas je ferais de mon mieux pour vous satisfaire. Quand j’étais à la fac, mes camarades adoraient que j’aime faire la cuisine et me laissaient expérimenter une foule de choses avec les moyens du bord. Après le ragoût d’hérissons, j’ai ainsi crée le saumon aux spéculoos. Vous connaissez les spéculoos ? Ce sont des gâteaux à la cannelle. Et avec le saumon, ça se marie étrangement bien, à condition, évidemment, d’aimer le sucré/salé. Cuisiner est ma façon de me détendre, en fait.

Cela faisait un flot d’informations à absorber en très peu de temps, mais cela m’allait. Ayant été dans le milieu de la police, on m’avait appris à écouter, même si c’était une faculté que j’avais acquise depuis déjà un bon moment. Et bien que j’aie généralement un calepin pour prendre des notes, ma mémoire était plutôt vive. Ainsi je savais d’ores et déjà que j’étais capable d’absorber tout ce que Leonardo disait, même si certaines informations risquaient de ne me revenir que sur le tard. Je notais – de manière mentale – essentiellement au passage son goût pour les essais en tous genres question aliments, mais ne retenais pas le nom des gâteaux étranges qu’il avait évoqués pour me concentrer sur la fin de ses paroles. Le fait que cuisiner lui permette de se détendre ne me surprenait pas. Il était évident pour moi qu’il n’adorerait pas cela et n’en parlerais pas ainsi avec passion, sinon. Mais la précision était toujours bonne à savoir.

- J’ai tenté de faire un Bigos, un jour. Mais je ne retenterai pas devant vous puisque je doute l’avoir fait de la façon qu’il aurait fallu. Quoique vous le faire goûter pourrait peut-être me permettre de m’améliorer…

Le bigos. Instantanément, je me crispais quelque peu sur ma chaise mais réussis à faire diversion de ma réaction en quittant Leonardo des yeux pour finir de manger, incapable de le fixer plus longtemps. Ce n’était pas tant le plat mais le souvenir de ma mère le cuisinant et ce qu’elle était devenue qui me faisait cet effet. Heureusement pour mon interlocuteur, je n’étais pas d’humeur à me laisser aller avec un souvenir tel que celui-là. Pas à cet instant-là. Je préférais donc dévier mes pensées de la tombe de ma mère à son sourire et sa joie de préparer un plat de chez elle. Chose qu’elle n’avait pas vraiment l’occasion de faire, habituellement, par souci de mieux s’intégrer au voisinage.

- Cela vous dérangerait-il que je vous pose des questions sur la cuisine traditionnelle polonaise pour augmenter mon habileté à la faire ? D’ailleurs, excusez-moi de ne pas avoir retourné la question plus tôt, vous cuisinez, de votre côté ?

Je souris de mon manque de clairvoyance de ne pas m’être douté que la question me serait retournée, alors que c’était pourtant évident dans ce type de conversation. Ou même en général. Non ? Je lui avais pourtant bien fait comprendre que je n’étais pas habitué à la cuisine étrangère. Mais cela ne sous-entendait pas, après tout, que je ne cuisinais pas non plus. Je préférais, pour le moment, me concentrer sur sa seconde question, même si j’avais déjà une idée de comment répondre à la première.

- Je cuisine oui, mais pas dans le même sens que vous. Le peu que je sais faire est uniquement consacré à des plats typiquement d’ici ou français. Je n’ai jamais eu pour habitude de réellement cuisiner, ni vraiment eu l’envie de tenter quelque chose de plus élaboré, sincèrement.

La brève mention du pays qui m’avait vu naître et ainsi d’une autre partie de mes origines ne m’affecta pas plus que cela, étrangement. Peut-être était-ce parce que je verrouillais fermement les mauvais souvenirs pour ne ressortir que les meilleurs. Je préférais amplement vagabonder dehors avec mon père dans mon enfance que de rester à l’intérieur à tenter d’absorber les rudiments en cuisine que tâchait de m’enseigner ma mère. Ce n’est qu’à sa mort que j’ai amplement regretté de ne pas avoir passé plus de temps en sa compagnie dans ce milieu qu’elle appréciait. Mais je ne pouvais rien y changer dorénavant.

Sortant de mes pensées qui prenaient un tournant funeste – décidément ! –, je forçais mon esprit à visualiser une image de plats polonais que ma mère avait pu confectionner. Toujours excellents, par ailleurs. Ce n’était pas tant que les aliments qui étaient difficiles à trouver que le travail de mémoire que devait faire ma mère pour se souvenir de certaines recettes. Aussi certains aliments n’étaient pas toujours dosés correctement, mais ce n’était pas grave. Elle ramenait à nous ses origines qu’elle m’avait transmises, et j’en étais toujours ravi.

- J’ai passé la majorité de mon enfance en France, à vrai dire. Ma mère ne cuisinait pas toujours polonais, aussi je suis désolé de devoir vous dire que je serais bien incapable de vous fournir la moindre aide à ce sujet. Néanmoins, ajoutais-je avec un sourire, je suis tout à fait disposé à goûter et à essayer de faire fonctionner la mémoire de mes papilles, si cela peut être utile à votre recette.

Je me rappelais bien dorénavant le perpétuel sourire de mon père, allemand de naissance mais au nom pourtant pas germanique pour un sou, en sentant juste l’odeur qui émanait de la cuisine et se glissait jusqu’à la porte par laquelle nous entrions. Un vrai estomac sur pattes. Et ce n’était pas de la cuisine de sa femme qu’il allait se plaindre, bien au contraire. Même si j’étais encore trop jeune pour en saisir la pleine portée à l’époque, j’entrevoyais à présent tout l’amour que mes parents se portaient l’un pour l’autre. La dévastation de mon géniteur lors du décès de sa compagne en a été la plus terrible preuve.

Ramenant mes yeux qui avaient légèrement dévié de Leonardo pour fixer un point invisible au loin, je lui adressais un nouveau sourire, intimement convaincu que ce déjeuner s’avérerait être vraiment fantastique. Et souhaitant en apprendre davantage de l’Italien dont la vie m’intéressait infiniment – ne voyez là que le fait que j’aie un cercle très restreint et composé de personnes ne racontant pas vraiment leurs passions comme mon patron –, je repris rapidement :

- Que préférez-vous cuisiner ?


Dernière édition par Iwan Koslow le Lun 22 Avr - 13:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Comme une gifle remettant les idées en place - Iweo   Mar 4 Sep - 1:30

Un sourire éclaira une nouvelle fois le visage d’Iwan quand il entendit ce que Leo venait de dire. Cela surprit légèrement ce dernier mais il ne s’en formalisa pas. Le sourire de son interlocuteur n’avait rien de moqueur ou méprisant. C’était le genre de sourire spontané qui apparaissait quand on s’apercevait de quelque chose et c’était ainsi plutôt de bon augure. Souriant également, l’architecte reprit ses baguettes pour recommencer à manger, en attendant la réponse qui lui serait faite. Réponse qui ne tarda pas.

- Je cuisine oui, mais pas dans le même sens que vous. Le peu que je sais faire est uniquement consacré à des plats typiquement d’ici ou français. Je n’ai jamais eu pour habitude de réellement cuisiner, ni vraiment eu l’envie de tenter quelque chose de plus élaboré, sincèrement.

La mention de la France surprit Leo mais il préféra attendre pour poser la moindre question à ce sujet. Peut-être que la réponse à ses interrogations se trouvaient dans les mots qui allaient suivre ainsi devait-il faire preuve de patience pour éviter de passer pour un idiot. Face à lui, Iwan donnait en plus l’impression de songer à quelque chose de lointain, ce qui impliquait que ce n’était pas exactement le moment de poser la moindre question, mais l’impression disparut rapidement et il reprit la parole avec autant d’amabilité et d’accessibilité qu’auparavant.

- J’ai passé la majorité de mon enfance en France, à vrai dire.

A ces mots, Leo ne put s’empêcher de se féliciter de n’être pas intervenu pour poser de questions à ce sujet tout en se maudissant d’avoir réduit les origines du jeune homme à son nom. Visiblement, la nationalité polonaise dont il l’affublait malgré lui depuis le début était un simple concours de circonstances, même s’il devait avoir au moins l’un de ses parents de polonais.

- Ma mère ne cuisinait pas toujours polonais, aussi je suis désolé de devoir vous dire que je serais bien incapable de vous fournir la moindre aide à ce sujet. Néanmoins, ajouta Iwan avec un sourire, je suis tout à fait disposé à goûter et à essayer de faire fonctionner la mémoire de mes papilles, si cela peut être utile à votre recette.

La bonne volonté dont il faisait preuve par rapport à sa demande et la confiance dont il témoignait vis-à-vis de sa passion et de ses talents en la matière touchèrent énormément Leonardo qui peina à se souvenir qu’il n’avait décemment pas le droit de le serrer dans ses bras pour le remercier d’être aussi gentil. Désormais, il avait la conviction que si Cee avait été là, elle aurait approuvé son choix de fantasme-masculin-numéro-un-devant-Ivri-Lider-lui-même. Aucune gêne ne subsistait entre eux, entre Iwan et lui. Ils n’étaient que deux individus qui discutaient plutôt librement et dont la relation se rapprochait dangereusement de l’amitié. Mentalement, Leo se nota de demander à Lester si c’était réellement embêtant qu’il abolisse les frontières hiérarchiques. Parce que même s’il avait déjà pensé à séduire Iwan tout en étant horrifié par l’idée, au fond de lui, il devait reconnaître qu’il n’y avait jamais vraiment cru. Or, maintenant qu’il s’avérait qu’ils s’entendaient quand même vraiment bien, l’éventualité se matérialisait nettement à son esprit et il pouvait presque la frôler. Seul le fait qu’il n’était pas certain des préférences sexuelles du jeune homme le retenait de le considérer autrement que comme un collègue ou un ami.

Ledit jeune homme était d’ailleurs présentement plongé dans ses pensées comme en témoignait son regard fixé sur l’horizon alors Leo en profita pour l’observer sans la moindre gêne, sa sérénité retrouvée toujours présente au poste. Une fois encore, il admira le carré de sa mâchoire, la droiture de son nez et la plénitude de ses lèvres. Tout chez Iwan était attrayant. Le regard de l’architecte dériva lentement vers le cou qu’il aurait aimé embrasser et glissa sur les solides épaules qui contrastaient si bellement avec la juvénilité du visage qui les surplombait. De son point de vue, Iwan avait été crée par l’un des architectes divins les plus doués. Le regard noisette du jeune homme retomba soudainement sur lui et ses lèvres lui adressèrent un nouveau sourire. Leonardo ne sut pas où il trouva la force de ne pas se laisser emporter par l’envie qu’il avait de l’embrasser, tant cette envie lui apparaissait naturelle. C’était officiel, il allait devoir sortir pour trouver une aventure d’une nuit car, même s’il détestait ça, il risquait de déraper, à un moment donné, avec Iwan. Et les conséquences que cela engendrerait seraient bien pires que s’abandonner, le temps d’une nuit, dans les bras d’un inconnu.

- Que préférez-vous cuisiner ? s’enquit le jeune homme, visiblement à mille lieues de l’effet qu’il faisait à son patron pendant que ledit patron se demandait s’il pouvait attendre le week-end pour aller chercher un compagnon d’une nuit ou s’il allait devoir y aller le soir même.

Il interrompit cependant ses réflexions pour se concentrer entièrement sur la question qui venait de lui être posée. C’était une question qui n’avait pas réellement de réponse, puisque cela dépendait de l’envie momentanée qu’il avait, mais il était vrai qu’il y avait des choses qu’il faisait plus volontiers que d’autres comme il existait des plats qu’il ne faisait pas parce qu’ils l’exaspéraient. Ces derniers se trouvaient cependant peu nombreux en raison de son affection globale pour la cuisine.

- Les desserts italiens et les plats principaux allemands. Les premiers parce qu’ils sont parfaits quand il commence à faire chaud, les seconds parce qu’ils conviennent parfaitement lorsque les températures baissent. Pour moi, comme pour beaucoup d’autres personnes, il me semble, la cuisine doit être adaptée au temps qu’il fait pour apporter tout le bien-être qu’elle recèle.

Il sourit, une image d’Iwan confortablement installé sur son canapé avec un bol d’une soupe qu’il lui aurait préparé étant apparu dans son esprit. Il la laisse flotter dans sa tête quelques secondes avant de reprendre la parole.

- Cet hiver, si j’obtiens la bénédiction de Lester, j’organiserai peut-être quelques repas au cabinet lorsqu’il fera trop froid pour que nous trouvions la force de sortir déjeuner quelque part. Si cela vous tente, vous serez invité avec plaisir. D’ailleurs, j’en profite pour vous remercier de votre aimable proposition concernant mes essais de plats polonais. C’est vraiment très aimable à vous…

Il se tut une nouvelle fois, pesant le pour et le contre d’une phrase qui lui était venue à l’esprit et qu’il avait retenu de justesse. Une phrase concernant Cecilia et son statut de veuf qui impliquaient qu’il n’avait plus personne pour goûter ce qu’il faisait et qu’il était heureux que ce soit lui, Iwan Koslow, qui soit la personne à remplacer Cecilia. Non. Ce n’était définitivement pas la chose à dire. Il était préférable d’enchaîner sur quelque chose d’autre.

- Vous pourrez emmener votre petit(e)-ami(e), si vous en avez envie, dit-il alors avant de préciser ce dont il parlait: Lors des repas de cet hiver, je veux dire. Je proposerai à Lester et Ophelia de faire de même, même si je doute que Lester réponde positivement à cela, enfin… Cela le regarde. Et il faut déjà que la chose aboutisse. J’ai tendance à voir trop loin. C’est un avantage pour mon métier mais cela peut être pénalisant dans la vie de tous les jours, commenta-t-il en souriant légèrement.

Il se sentait fier de lui. Malgré toute l’affection et l’attirance qu’il ressentait pour Iwan, il avait réussi à imaginer qu’il puisse être en couple et à l’extérioriser sans le moindre malaise. Sans parler du fait qu’il soit parvenu à ne pas laisser apparaître les pensées légèrement indécentes qui s’étaient formées traîtreusement dans son esprit. Il bénissait sincèrement sa sérénité retrouvée. Grâce à elle, peut-être que le coup d’une nuit allait pouvoir attendre.
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