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 Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux

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    Date de Naissance : 27/05/1986

    Emploi/loisirs : Concevoir






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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Mer 17 Aoû - 2:04

Le choix d'aimer
Sollan II


Les caractères déposés sur les feuilles plastifiées du livret qui constituait le menu possédaient une dimension attrayante que Sophia ne leur aurait jamais soupçonnée, en d’autres circonstances. Il faut dire que les noms qu’ils formaient étaient des plus banals tant dans leur composition que dans leur agencement. Étaient d’abord proposées les entrées et plats froids tels que les salades, suivaient les plats chauds peu élaborés talonnées par leurs confrères un peu plus raffinés. Venaient ensuite les desserts et les boissons, alcoolisées ou non. Aucune originalité ne se dégageait de l’ensemble. Même l’esthétique était fade, sans réel intérêt. On oubliait cette carte à peine l’avait-on refermée et le reste de l’endroit paraissait avoir été conçu selon le même schéma. Rien n’attirait l’œil. Rien ne suscitait un véritable attrait. Du moins, pour Sophia.

Se remémorant avec qui elle était en passe de dîner, elle corrigea sa pensée en concédant que son compagnon était peut-être la seule chose qui lui plaisait réellement dans la pièce. Une partie au fond d’elle-même savait qu’elle se montrait dure vis-à-vis de l’endroit mais une autre répliquait que si elle faisait cela, c’était pour s’assurer un minimum de calme. En effet, si Ellan lui avait proposé de dîner ici, c’était sûrement parce que l’endroit lui plaisait. En refusant d’adhérer à un endroit affectionné par le Vénusien, elle permettait à une partie d’elle-même de résister au charme effrayant qu’il dégageait. Du coin de l’œil, elle décela un mouvement provenant de son interlocuteur et sa thèse au sujet du lieu se renforça aussitôt. Elle devait continuer à ne trouver aucun intérêt au restaurant. En se concentrant bien, elle pourrait peut-être même trouver un plat qu’elle n’aimait pas mais qu’elle commanderait simplement dans le but de continuer à déprécier l’endroit. Malheureusement, grâce ou à cause de son père, un célèbre pianiste qui voyageait un peu partout dans le monde et affectionnait manger des plats venant de tous les pays possibles et imaginables, son sens du goût était plus que large et rien sur la carte ne la débectait réellement. Un peu contrariée de constater cela, elle fit en sorte de ne rien laisser paraître pour ne pas sembler désagréable à son vis-à-vis et finit par jeter son dévolu sur un Steak & Kidney Pie qu’elle savait ne pas pouvoir finir. Le plat était en effet assez conséquent, ainsi qu’un peu écœurant. Ca serait toujours cela de pris, pensa-t-elle sans l’ombre d’un remord. Elle était consciente que si elle avait été une personne normale avec un sens moral développé par la société, elle aurait sûrement commencé à éprouver un semblant de culpabilité mais, par chance, elle n’avait pas été façonnée selon ce schéma. Impassible à ce niveau-là, malgré le reste de trouble qui persistait en elle, elle resta concentrée sur sa carte comme s’il s’était agi d’un scanner cérébral jusqu’à ce que six mots ne viennent la surprendre. Plutôt agréablement, il fallait le concéder.

- Vous êtes vraiment belle, vous savez ?

Non, elle ne le savait pas. On ne le lui avait jamais dit et elle n’avait jamais pris la peine de se poser la question de savoir si elle l’était ou pas. Elle se considérait comme dans la norme, ça lui suffisait. Les jugements esthétiques étaient pour les choses qui voulaient plaire. Elle, ça ne lui disait rien. Elle préférait analyser, disséquer, vivisséquer. Être dans la ligne de mire de quelqu’un était l’un de ses cauchemars. Attirer à elle tous les regards, une des pires choses possibles. Elle n’avait ainsi jamais vraiment pris soin de sa tenue, faisant en sorte de ne pas être négligée mais sans plus. Jusqu’à ce soir. C’était le premier soir de sa vie où elle avait fait en sorte d’être un peu mieux que d’habitude parce qu’elle en avait envie. Ou peut-être parce qu’elle savait qu’il était d’usage de s’habiller avec plus d’attention que d’habitude lors d’un rendez-vous galant. Son esprit hésitait entre les deux. Quoiqu’il en fut, jamais elle n’aurait espéré être belle. Surtout pas pour l’être si charmant qui se tenait de l’autre côté de la table. Jolie, d’un faciès plaisant, éventuellement mais belle ! C’était d’un niveau bien au-dessus. S’en apercevoir contenta Sophia autant que cela la mit mal à l’aise. Elle n’était pas accoutumée aux compliments, or elle en recevait plus que durant toute sa vie depuis que le châtain avait croisé son chemin. En réponse aux sentiments qu’elle ressentait, une légère quantité de sang monta à ses joues chocolatées et elle ressentit l’envie de baisser les yeux pour diminuer sa gêne. Le sourire aimable, aux limites de la tendresse, qui se dessina sur les lèvres du jeune homme la convainquit de résister à la tentation. Il était grand temps de véritablement pénétrer dans la fosse aux lions.

Les prunelles sombres de la brune cherchèrent alors à mieux s’installer dans leurs vis-à-vis délicieusement plus clairs et le contact se fit, aussi naturellement que lorsque les deux pièces finales d’un puzzle trouvent leur place. L’intelligence mâtinée de sage gentillesse qui était clairement discernable dans les orbes bleutées d’Ellan plut à Sophia. Habituellement, lorsque des contacts visuels s’établissaient entre elle et quelqu’un d’autre, elle faisait tout pour déstabiliser son adversaire en lui opposant toute la froideur possible et imaginable mais, là, elle essaya plutôt de ne faire ressortir que le plaisir qu’elle ressentait à être en compagnie du jeune homme.

Posément, elle déposa ensuite son menu sur la table, à la future place qu’occuperait son assiette, et ses bras de chaque côté de ses couverts. Elle pouvait désormais dire sans mentir qu’elle était toute entière tournée vers son interlocuteur. Leur contact visuel s’éternisa. Les mots prononcés au sujet de sa supposée beauté lui revinrent en mémoire. Son reflet dans la glace, également. Elle s’était brièvement observée dans un miroir, avant de partir, et avait été satisfaite, c’était vrai, mais pour la trouver belle, Ellan ne souffrait-il pas de myopie ? Il était impossible de le savoir autrement qu’en posant la question et Sophia sut instinctivement que la poser n’était certainement pas la meilleure chose à faire alors elle se contenta de continuer à fixer le beau regard profond de son interlocuteur, en silence. Elle aurait pu le remercier de son compliment mais à l’instant où elle y songeait, deux mains vinrent recouvrir les siennes, tendrement. Un sentiment de recul naquit en son sein et elle eut le désir de retirer rapidement ses membres mais avec une douceur déconcertante, Ellan commença à effleurer ses paumes et elle se calma. Tout allait bien. Ce n’était pas une intrusion à proprement parler. C’était un contact plaisant. Brièvement, elle humecta ses lèvres puis son regard retrouva celui du jeune homme quelques secondes avant que celui-ci ne reprenne la parole :

- Appelez-moi Ellan, s’il vous plaît. Je sais que j’ai passé la majorité depuis quelques années déjà mais j’ai toujours trouvé que me donner du « monsieur » me vieillissait plus qu’il ne fallait.

Le sourire solaire qui accompagnait ses propos et l’ensemble du personnage faisait tourner la tête à la jeune femme. Elle n’osait pas le regarder vraiment, préférant laisser son regard s’égarer sur différentes parties de son visage qui toutes la charmaient. Il lui semblait que rien ne pouvait être soumis à critique, chez cet homme. Il n’était pourtant pas le stéréotype du bel homme, du moins pas comme l’entendaient la majorité des femmes mais son charme était tel qu’il éclipsait tous les défauts qu’auraient pu contenir son physique. Il irradiait quelque chose qui aimantait Sophia. Quelque chose qui l’avait fait répondre aux légères caresses prodiguées, par un serrement doux. Elle aurait voulu pouvoir entrecroiser leurs doigts, admirer le contraste de leurs épidermes mais s’en était abstenue. Son désir était stupide. Il fallait qu’elle cesse de se croire dans une comédie romantique. Elle n’était pas une actrice tournant dans un décor de cartons. Elle était dans la vraie vie. Dans la vraie vie, les coups de foudre n’existaient pas et l’amour était une réaction chimique. Dans la vraie, les Vénusiens n’avaient aucun attrait sur elle. Parce qu’ils n’existaient pas. Il fallait alors croire que tout ceci n’était qu’un rêve, une illusion, voire une hallucination. Cette théorie expliquait beaucoup de choses. Notamment qu’elle n’ait pas été surprise en apprenant la nature supposée du jeune homme.

Avec quelques minutes de recul, elle se disait qu’elle avait tout de même accepté la chose avec beaucoup de calme. Certes, les arguments d’Ellan étaient recevables, elle-même avait compris qu’il y avait quelque chose de peu banal en lui mais tout de même. Son cerveau ne s’était nullement offusqué de la nouvelle. Du moins, pas durant très longtemps étant donné qu’elle s’était immédiatement demandée après si le Vénusien était un langage si difficile à appréhender. Afin de clarifier son esprit troublé, elle fut tentée de se saisir d’une fourchette et de la planter dans sa main mais celles du jeune homme étaient toujours sur les siennes, alors elle s’efforça de se détendre en respirant plus lentement. La situation était atypique, oui, mais ce n’était pas pour autant qu’elle devait se laisser aller à paniquer. Si ses hormones se manifestaient, c’était peut-être parce que son cycle menstruel touchait à sa fin. Mentalement, elle tâcha de se représenter le calendrier correspondant à la donnée recherchée et fut soulagée de constater qu’il correspondait.

Maintenant, que ce soit une hallucination ou pas, ça n’avait aucune importance. Elle avait quelque chose à incriminer pour cette sensibilité trop marquée pour Ellan Kyper. Du moins, Ellan vu qu’il venait de lui demander de ne plus l’appeler qu’ainsi pour, selon lui, ne pas être vieilli plus que davantage. Au vu de son expérience sur le comportement humain, Sophia supposait plutôt que c’était pour créer une nouvelle dimension, plus intime, mais elle ne se risquerait pas à en faire le commentaire. Comme pour la myopie éventuelle du jeune homme, elle avait conscience que ce n’était pas quelque chose qui se disait et elle avait déjà dit trop de choses étranges pour la journée. Les mains, tellement grandes comparées aux siennes, du Vénusien se retirèrent soudain et la brune ramena ses bras devant elles, croisés sur la table, posés légèrement sur les manches de ses couverts.

- Toutes mes excuses pour les gestes et les paroles qui peuvent paraître déplacées et qui semblent vous mettre dans l’embarra. Ce n’est pas franchement dans mes habitudes de réagir ainsi.

Sophia avait l’impression de s’entendre. Elle se demanda un instant si le châtain ne se moquait pas d’elle mais l’expression sincère navrée qui était inscrite sur ses traits l’apaisa. Il semblait juste qu’il ressentait les mêmes choses qu’elle, au sujet de leur situation. Et que, par extension, il était ainsi un peu comme elle. Jamais elle n’était tombée sur quelqu’un pouvant présenter de véritables ressemblances avec elle. Jamais elle n’avait croisé le chemin de quelqu’un d’aussi charmant. Jamais on ne lui avait dit qu’elle l’était. Il était clair que la révolution apportée par l’arrivée d’Ellan ne pouvait s’arrêter sans pertes et fracas. Mais comme il semblait, si elle décryptait bien les paroles qu’il lui offrait, qu’elle était elle-même en train d’effectuer la même chose au sein du jeune homme, ce n’était pas si grave. Toujours aussi sérieux, toujours aussi attirant, le Vénusien poursuivit :

- Mais je le pense sincèrement, vous êtes vraiment ravissante, comme j’ai déjà dû vous le dire. Et je dois vous avouer que vous suscitez en moi de drôles de réactions. Que je n’avais jamais ressenti jusqu’à présent, à vrai dire.

Un sentiment de plaisir intense se propagea dans la poitrine de Sophia jusqu’à son ventre, comme une douce traînée de flammes et elle comprit ce que les gens appelaient « chaleur humaine ». Elle avait mis vingt-cinq ans, elle avait du rencontrer un Vénusien mais désormais, elle savait véritablement ce que cela signifiait. Les révélations d’Ellan avaient en plus eu le mérite de la débarrasser de son impression de stupidité. Ressentant la même chose qu’elle, il ne la jugeait pas pour les erreurs spontanées qu’elle commettait. Il lui avait déjà dit, auparavant, quelque chose dans ce goût pour la rassurer mais désormais, elle se sentait plus libre de le croire. Même, une légère pointe de culpabilité, qui n’était jusque là jamais apparue dans son cœur, fit irruption en elle lorsqu’elle se demanda la façon dont réagirait le châtain en apprenant qu’elle ne l’avait pas cru quand il proférait ses paroles rassurantes. Le fait qu’elle se doutait qu’il ne réagirait sûrement pas mal contribuait à accentuer l’épine coupable qui était née en elle. Dans un effort, elle mobilisa le calme froid, chirurgical qu’elle utilisait habituellement pour réfléchir et s’expliqua patiemment que jamais, ô grand jamais, Ellan ne saurait qu’elle avait mis en doute ce qu’il lui avait dit. Elle devait donc arrêter de faire tout un plat de cela et passer à autre chose. De plus, il était normal de ne pas accorder un crédit entier aux paroles d’un jeune homme fraîchement rencontré, même si ce jeune homme vous fait un effet monstrueux. Surtout si ce jeune homme vous fait un effet monstrueux, se corrigea-t-elle en promenant un instant son regard sur la salle du restaurant.

Plusieurs personnes étaient arrivées depuis la dernière fois où elle avait observé autour d’elle et son attention s’arrêta sur un couple placé un peu en retrait. Il s’agissait de deux jeunes gens, une jeune femme d’une petite vingtaine d’année dotée d’une chevelure auburn qui lui donnait une sorte de beauté presque sauvage, bien que l’inconnue semblait tout ce qu’il y avait de plus civilisée, et un jeune homme qui paraissait faire partie de la même tranche d’âge que sa compagne. Large d’épaules, il souriait largement à son interlocutrice mais ses yeux ne cessaient, pourtant, de se détacher d’elle. Déconcentrée par ce double-jeu, Sophia garda son regard vissé sur eux et ce fut la jeune brune qui lui apporta la réponse qu’elle désirait en se mettant à lire le menu qu’ils venaient de recevoir, un léger sourire aux lèvres, tandis que son compagnon refusait celle qui lui était tendue. Aveugle. Elle aurait du y penser. Laissant le couple atypique à son repas, la brune se dit qu’au moins, ils n’étaient pas les seuls, Ellan et elle, à ne pas être un couple dans la normale. Une seconde plus tard, elle se choquait elle-même d’avoir pensé à eux comme à un couple. Ils ne se connaissaient que depuis ce matin, que diable. Par chance, le Vénusien intervint une nouvelle fois à temps pour la couper dans ses pensées.

- Et en ce qui concerne votre interrogation, j’aurais tendance à dire que nous restons humains avant tout et que nous sommes donc tous différents.

Elle avait presque oublié qu’elle avait posé une question. Sûrement parce que la teneur de ce qu’elle avait dit lui avait semblé honteux. C’était moins le cas, maintenant.

- Ce n’est pas parce que je viens de Vénus que je n’ai pas connu de fous, de personnes malpolies ou au contraire très à cheval sur les principes de vie en société, voire très pointilleuses à ce sujet. Je pense que vous trouverez de vous-même la réponse si je vous demandais à mon tour si vous êtes tous aussi charmants que vous, l’êtes, mademoiselle ?

Grâce à l’apaisement précédemment fourni par l’aveu du Vénusien, elle l’écouta tranquillement en appréciant la structure logique qui étayait la réponse qui lui était fournie. Comme toujours, les phrases d’Ellan démontraient son intelligence et cela faisait un bien inimaginable à son auditrice. La question finale autant que le sourire empli d’une malice séduisante du jeune homme la dérida brièvement mais elle se hâta vite de le dissimuler, sans véritablement savoir pourquoi. Il lui semblait juste qu’il fallait qu’elle évite de montrer trop ce qu’elle éprouvait. La réponse à ce qui suscitait en elle une telle réaction apparut à son esprit, une dizaine de secondes plus tard. Elle tenait en deux mots : Eleanor Leiden. Sa mère. Eleanor était une brillante neuroscientifique qui avait exploré le cerveau humain autant qu’elle le pouvait et qui avait conclu, au début de ses études, que montrer ce que l’on ressentait était bon pour les faibles. Pour ceux assez stupides pour se fondre dans la masse, sans un pli. Elle se savait différente, elle devait donc agir différemment et garder un visage de glace en toute occasion. Lorsqu’elle avait rencontré le père de sa fille, Rüdiger, elle avait eu le plaisir de voir qu’il pensait la même chose qu’elle et ils avaient par la suite procrée pour le devoir de procréer, se disant que leur enfant serait un être aussi exceptionnel qu’eux et qu’ils ne pouvaient priver l’humanité de cela. Sophia ne les avait pas déçus ou presque.

Son total manque de goût pour la musique avait failli désespérer son père qui, même s’il évitait de laisser les émotions prendre le contrôle, avait une âme d’artiste torturé qui agaçait souvent son épouse. Quoiqu’il puisse en être, Sophia avait ainsi été élevée dans l’optique que se laisser aller était pour les faibles. Ses parents avaient cultivé la pousse d’handicap social fourni par son intelligence supérieure à la moyenne. Parfaitement endoctrinée, elle en avait oublié à qui elle devait son comportement froid, l’attribuant qu’à elle-même et ce n’était que maintenant qu’elle se réveillait. Elle n’en voulait pas à ses parents, le contraire aurait été ridicule, de toute façon : son intelligence la coupait réellement du reste du monde mais elle se fit juste la promesse d’essayer de travailler là-dessus. Ellan était un être trop entier, sincère, pour qu’elle lui fasse l’affront de demeurer inaccessible, cachée au sommet de sa tour d’ivoire. La voix féminine d’une serveuse la tira de ses pensées et elle redressa le visage vers elle, avant de consulter Ellan du regard. La tête légèrement penchée, il l’observait et la désigna d’un geste à la jeune femme qui attendait de noter leurs commandes, dès qu’elle eut posé son regard sur lui :

- L’honneur aux dames !

Levant brièvement les yeux au ciel, elle sourit légèrement et rouvrit la carte pour retrouver le nom du plat qu’elle désirait, même s’il était clairement inscrit dans son esprit. Elle avait simplement besoin de cela pour reprendre une contenance.

- Ce sera un Steak & Kidney Pie, pour moi, je vous prie.

Avec le soin et l’habitude du professionnalisme, même si Sophia avait énormément de mal à se dire qu’il était possible de faire carrière dans la restauration, du moins en tant que serveuse, la jeune femme prit en note ce qu’elle venait de dire puis se tourna vers Ellan à qui elle ne put s’empêcher de sourire d’une manière assez appréciatrice. En parfait gentleman, le jeune homme fit comme s’il n’avait pas vu qu’il lui plaisait et annonça qu’il prendrait la même chose que sa vis-à-vis. Celle-ci, son regard café vrillé sur la jeune femme, la dévisageait avec une expression glaciale peinte sur les traits. Elle n’avait que très moyennement apprécié son sourire : ne voyait-elle pas que son charmant client était là avec elle, au moins pour ce soir ? Non, visiblement, non. Ou, en tout cas, elle faisait semblant de ne pas le voir. Si elle avait eu du cran pour cela, Sophia aurait certainement entrelacé ses doigts avec ceux d’Ellan pour calmer la jeune femme. Au lieu de quoi, elle attendit simplement qu’elle parte, en rongeant son frein, son regard recommençant à dériver sur les gens autour d’eux. Le couple qu’elle avait observé tout à l’heure discutait tranquillement, leurs mains enlacées, et elle fut frappée par la sincérité amoureuse qui émanait d’eux. Si Cupidon avait eu besoin d’un couple pour propager l’envie d’aimer et d’être aimé, Sophia était certaine qu’il les aurait utilisés eux.

Son regard passa alors à l’autre côté de la salle, effleurant des groupes d’amis, de famille ou des collègues venant passer un moment cordial avec les autres avant de tomber sur un nouveau duo. Il s’agissait là de deux garçons, dans la vingtaine. Tous les deux plutôt beaux, il était flagrant qu’ils avaient un caractère assez différent, rien que dans les diverses expressions qui traversaient leurs visages, mais qu’une profonde complicité les unissait. Souvent, leurs mains s’effleuraient plus ou moins longuement, leurs têtes se penchaient l’un vers l’autre, leurs rires résonnaient et leurs grimaces, qui les rajeunissaient considérablement, donnaient lieux à de nouvelles phrases. Certainement devaient-ils être meilleurs amis ou elle ne savait quelle était la dernière appellation des jeunes pour cela, malgré le fait qu’elle ne soit pas si vieille. Néanmoins, lorsque le plus souriant, qui avait d’ailleurs des yeux bleus presqu’aussi incroyable que ceux d’Ellan entrecroisa leurs doigts d’une manière ostensible et qu’il se pencha rapidement pour voler un baiser au second, elle revit son jugement. Elle se trouvait face à un couple homosexuel. Très bien. S’amusant de la rougeur née sur les joues mates du second, elle redonna son attention à son interlocuteur et lui décerna spontanément un sourire charmeur avant de répondre à la question qu’il avait posé, quelques instants plus tôt :

- - Si j’en crois vos critères et si je les compare à ce que l’on dit de moi, vous trouvez charmant un parfait exemple d’inhumanité qui serait, selon la rumeur, capable de vivisséquer un nouveau-né pour la science. Certains disent même que je serais capable de faire cela à mon propre enfant. Alors, pour répondre à votre question : non, ce genre de charme est assez atypique chez nous. Et du fait que vous risquez de vous poser la question : je ne serai jamais mère donc ça règle le problème de la vivisection du bébé. Au moins, en ce qui concerne le mien, s’amusa-t-elle à dire en posant son menton sur ses doigts entrelacés.

Avoir constaté par deux fois qu’il existait des duos aussi différents de la norme que la leur l’avait détendue. Elle en avait même oublié la serveuse audacieuse. Le sentiment de légèreté qui la possédait contrastait fortement avec celui qui la dominait, lors de sa consultation du menu. Ses yeux aux reflets cafés scrutaient Ellan avec détachement. Elle se sentait le droit de faire cela. La serveuse avait au moins eu le mérite de lui faire réaliser qu’elle était avec l’homme face à elle, pour ce soir au moins. Le regarder était donc normal, poli et presque nécessaire. Qu’importe le charme presqu’intimidant qu’elle redécouvrait à chaque fois sur son visage si ouvert. S’il n’avait pas été Vénusien, s’il avait été Terrien, sortant d’une des grandes universités du pays ou des Etats-Unis, Sophia se dit qu’il n’aurait certainement pas été avec elle, ce soir. Il aurait plutôt été avec une jeune femme plus normale qu’elle, sûrement plus jolie aussi malgré ce qu’il avait dit sur elle et qui n’était pas considérée comme un cas désespéré par les autres. Alors elle remercia le ciel qu’Ellan Kyper soit un Vénusien et que l’Aéroport ait des journées portes ouvertures. Plus jamais elle ne dirait que c’est inutile et stupide. Ou en tout cas, elle ferait un effort pour moins le dire.


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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 28 Aoû - 13:46

Aurait-t-il été seulement possible que je ne puisse pas avoir été frappé par la beauté de celle qui me faisait face à présent, si je ne m’étais pas éloigné lors de son jeu ? Si l’on en revient au tout début, le divertissement me paraissait assez stupide – et j’en profite pour dire que mon avis dessus n’a pas changé d’un iota – et je ne voyais aucun intérêt à y participer. Mais le jeu était également adapté aux capacités des visiteurs qui suivaient la guide avec intérêt tout en lui posant des questions complètement absurdes dont moi-même, tout Vénusien que je suis, savais les réponses. Sophia avait donc fait en fonction de ce qu’elle constatait de l’ensemble du groupe. Donc, si l’on résumait le tout, nous devions notre rencontre à… des imbéciles de première classe. Intéressant. Et absolument charmant, n’est-ce pas ?

Complimenter celle que j’appréciais déjà pour son intelligence et toutes ses autres qualités m’était venu assez naturellement. Contraste assez étonnant avec le fait que cela ne soit pas le moins du monde dans mes habitudes. Je n’avais, pour ainsi dire, pas tellement non plus l’occasion de faire des compliments. Mais il semblait que la présence de cette jeune femme en particulier aidait à combler ce vide. De ce que j’en percevais, Sophia avait dû apprécier mon compliment car il avait au moins eu le mérite de faire monter le rouge à ses joues. Souriant dans le but de la mettre un peu plus à l’aise, car un rougissement est aussi signe d’une gêne plus ou moins accentuée, j’avais eu le plaisir de pouvoir croiser ses prunelles et non de les voir contempler le bois de notre table. Ce n’était qu’un simple échange de regard, d’après ce qu’on pouvait sans doute en voir d’extérieur. Mais pour moi c’était plus que cela. Sophia ne me fuyait plus d’une certaine manière et restait posément à me fixer. J’aurais pu décrire chaque parcelle de ses iris, aux couleurs sombres mais pas assez pour que la pupille ne soit pas cernée d’un noir d’encre comme à tout individu. Les lampes qui alimentaient en luminosité le lieu de notre dîner se reflétaient dans ses yeux que je ne me lassais d’observer. Savoir percevoir les émotions et sentiments que les autres laissaient transparaître sur leur visage me devenait plus ou moins familier, et j’étais conscient que les yeux jouaient tout autant un rôle que les sourcils ou la bouche. Mais de là à en décrire la partie émotionnelle que l’autre ressentait uniquement en regardant les yeux, je m’en savais incapable. Une pensée en entraînant une autre, la pensée d’un film que j’avais vu récemment me revint en mémoire. L’héroïne, ou du moins, celle qui s’y apparentait, disait au héros qu’elle savait lorsqu’il mentait, car sa bouche souriait mais ses yeux ne suivaient pas, ils ne souriaient pas, eux. Je n’étais encore pas bien sûr de saisir mais me plonger dans les prunelles de Sophia me fit un certain déclic. Bien entendu que les yeux jouaient un rôle, et que l’actrice pouvait affirmer savoir quand il mentait. Sourire avec les yeux devait sans doute équivaloir au fait d’apercevoir comme un feu d’artifice dans un regard, des yeux brillants. Non pas de larmes, mais de joie, de bonheur, pur et simple. Il était donc possible que la façon dont nous pouvions regarder quelqu’un ou quelque chose renseigne une tierce personne sur un état de pensée.

Sans rompre le contact visuel et d’un geste purement impulsif, mes mains étaient venues recouvrir les siennes. Comme si je ressentais le besoin inexplicable de la toucher, de vérifier qu’elle était bel et bien là, que je n’étais pas parti dans des songes quant aux regards et leur possible signification comme dans un rêve et que non, Sophia n’était donc pas irréelle. Mon pouce caressait d’une façon presqu’automatique les paumes des mains fines et douces de mon vis-à-vis. Suivant la trajectoire des yeux de celle que j’avais qualifié très justement d’être belle, je sus qu’elle passait en revue toutes les parties de mon visage mais n’aurais pu dire ce qu’elle en pensait. Et très sincèrement, je n’avais pas envie de le chercher particulièrement. Je sentais ses mains serrer doucement les miennes et malgré que je me sente plus tard stupide et m’excuse de mes gestes pouvant paraître comme n’ayant absolument rien à faire ici, dans notre situation, cela prouvait qu’au moins elle n’en était pas plus gênée que cela. Ou alors elle cachait bien son jeu. Mais bizarrement, je ne la pensais pas actrice, du moins, pas pour ça si jamais elle s’avérait l’être excellente pour autre chose. Non, de mon point de vue, elle ne jouait pas un jeu mais était sincère. Intriguée, certes, mais sincère.

Sophia restait un mystère à mes yeux, je n’arrivais à décrypter ce qu’elle pouvait bien penser à ce moment-là, entre deux de mes phrases. Elle me semblait toujours en train de réfléchir et je me demandais assez régulièrement tout ce à quoi elle avait à penser. Et je finis par prendre conscience que mon geste pouvait paraître déplacé. Je retirais donc mes mains et Sophia croisa ses bras un peu en-dessous de la poitrine puisque posés sur la table. A mes excuses se succédèrent des propos tenant néanmoins de la véracité de ce que j’avais dit plus tôt. Songeant aux excuses qu’elle m’avait déjà présentées dans la journée, j’en conclus que nous avions quelques ressemblances sur ce point. Ce pouvait-il que la jeune femme agisse par impulsions tout comme moi en ce moment ? Elle l’avait déjà montré quelques fois mais rien ne m’assurait que ce n’était qu’un simple engrenage de son quotidien, qu’elle avait l’habitude de céder à des pulsions sans vraiment y réfléchir sur le moment. Et pourtant, une part de moi me suggérait que ce n’était pas cela. Je passais de cette pensée à celle que nous avions sans doute d’autres points communs dont je ne pourrais douter. Je me savais intelligent, après tout, j’avais réussi à venir sur Terre par mes propres moyens. Cela peut passer pour de la vantardise mais à vrai dire, c’est surtout la vérité. Donc au diable la modestie. Et d’après ce que j’avais pu en déduire de la brunette me faisant face, elle n’était pas de cette catégorie de gens pourvus de cervelle comme beaucoup d’autres. Non, elle était bien au-dessus de cela. J’en étais comme persuadé.

Le temps de répondre à sa question à laquelle une réponse, bien que formulée plus ou moins au préalable dans mon esprit, s’était formée d’elle-même, je n’avais laissé aller mes réflexions ailleurs qu’à l’instant présent, à cette réponse posée aussi sérieusement qu’une autre mais dont je n’arrivais à répondre avec un certain amusement. Tout en souriant, comme j’en avais pris progressivement l’habitude. Je souriais bien plus depuis ma venue à Londres, à vrai dire. Bien entendu, ce caractère assez ouvert – et il fallait l’être, en tant que scientifique, toutes les idées et possibilités devaient être explorées et pour cela, accepter à peu près tout était de mon ressort tant que l’on me fournissait de bons arguments – faisait partie de moi depuis toujours, bien qu’il se soit plutôt développé par la suite. Mais sourire, bien que cela ne représente pas une perte de temps importante, ne m’était jamais apparu comme quelque chose de particulièrement utile. Je pouvais remercier Liesel avec qui sourire était devenu plus qu’une option, une nécessité même. Un besoin, car m’avait-elle expliqué aussi calmement qu’à un enfant de cinq ans, se montrer aimable et de bonne humeur pouvait aussi se traduire par un sourire et celui-ci permettait bien des choses. Avant cela, il m’était arrivé de sourire de temps à autres. Depuis, cela m’arrivait assez fréquemment et je n’allais pas m’en plaindre.

La serveuse arriva pour prendre notre commande et j’indiquais ma compagne d’un geste de la main à la première pour lui laisser le choix du plat d’abord. Levant les yeux au ciel mais souriant par la même occasion, elle décroisa naturellement ses bras et prit d’un même mouvement le menu et le consulta à nouveau pour retrouver le nom de son plat, ses yeux ne prenant pas la peine de passer par quatre chemins et allant à un endroit précis qui me fit douter que la jeune femme ait oublié ce qu’elle voulait prendre. Mais après tout, ce n’était qu’un réflexe, de consulter à nouveau un menu, même si l’on sait pertinemment ce que l’on veut. Juste pour être sûr et certain de ne pas se tromper. C’est une sorte d’automatisme chez certains même que ceux-ci peuvent avoir dans un endroit inconnu. Sophia faisait donc peut-être tout simplement partie de cette catégorie et je n’avais sans doute pas à tergiverser de la sorte.

- Ce sera un Steak & Kidney Pie, pour moi, je vous prie.

La serveuse prit note de sa commande et se tourna vers moi pour s’enquérir de ce que je voulais. Tout naturellement je déclarais prendre la même chose que celle avec qui je passais la soirée et tout en souriant d’une manière aimable à celle qui avait pour job d’être à notre service, je me tournais ensuite de nouveau vers Sophia. Celle-ci m’intéressait bien plus et sans équivoque tandis que, ne prêtant plus attention à l’autre jeune femme, cette dernière tourna les talons après un dernier sourire. La brunette promenait son regard sur les environs et curieux de voir ce qui pouvait l’intéresser, j’en fis de même. Etant face à face, nous n’avions pas le même champ de vision malgré que certains groupes, qu’ils soient composés d’amis ou d’une famille, soient sensiblement semblables. Et évidemment des couples étaient également présents, ou au moins duos, bien qu’en général il semblât qu’un certain ange à la quête d’amour à répandre soit passé par là et ait décoché plusieurs flèches, si l’on en croyait ce que l’on disait sur lui. Deux jeunes femmes, et réellement jeunes puisqu’elles ne devaient dépasser la vingtaine, que l’on pouvait aisément prendre pour de bonnes amies d’abord, formaient un couple se complétant à la perfection. Par exemple, les boucles brunes de l’une ne faisaient que plus ressortir encore la blondeur de l’autre. Certains gestes trahissaient leur relation allant au-delà de la simple amitié, comme leurs mains liées, leur façon de se tenir, de se regarder même. Et en général, on n’embrasse pas volontairement une amie. Mon regard passa sur un regroupement familial avant de se poser sur un couple de personnes âgées, qui, malgré le temps, ne restait que plus soudé encore. Leurs sourires en disaient assez long. Aucune dispute n’avait éclaté, peut-être quelques désaccords mais qui devaient être débattus avec calme puisque le lieu conservait une quiétude relative. Mes yeux revinrent à leur place initiale, à savoir sur le visage de mon vis-à-vis qui n’avait terminé son inspection des lieux et des personnes présentes. Sophia se retourna soudainement vers moi et, un sourire presque séducteur sur les lèvres, répondit à ma question que j’avais quasiment oubliée :

- Si j’en crois vos critères et si je les compare à ce que l’on dit de moi, vous trouvez charmant un parfait exemple d’inhumanité qui serait, selon la rumeur, capable de vivisséquer un nouveau-né pour la science. Certains disent même que je serais capable de faire cela à mon propre enfant. Alors, pour répondre à votre question : non, ce genre de charme est assez atypique chez nous. Et du fait que vous risquez de vous poser la question : je ne serai jamais mère donc ça règle le problème de la vivisection du bébé. Au moins, en ce qui concerne le mien.

Je n’avais pas la sensation de rêver, je notais donc l’amusement présent dans sa voix, comme moi un peu plus tôt et certainement qu’elle se détendait également. Ce qui n’était pas plus mal : être crispé et tendu n’aide pas tellement à faire d’un repas un moment convivial. Le menton dorénavant posé sur ses mains dont elle avait entrecroisé les doigts, ses prunelles chocolat noir ne se dérobaient pas à mon regard ancré dans le sien. Je lui rendais son sourire, pas vraiment touché par ses paroles. A vrai dire, cela ne m’étonnait pas tellement. Sophia, dont le visage restait assez froid et fermé au début, dégageait cette impression de pouvoir vous découper en rondelles sans le moindre état d’âme. Mais le moment semblait propice à aller plus loin que cet effet qu’elle rendait, volontairement ou non, aux autres. Son visage se faisait plus chaud, agréable disons, malgré qu’elle l’ait été déjà auparavant. La soirée prenait un tour intéressant, et j’étais certain que nous n’étions pas encore au bout de nos surprises…

- A vrai dire, je ne porte pas grand crédit aux rumeurs. Bien que parfois fondées, elles dévient bien régulièrement de leur base véridique. Et si vous tentez de faire que je revienne sur mon compliment, vous vous trompez.

Je ne cachais pas que mes paroles se teintaient d’amusement, à l’exemple de Sophia, bien que parfaitement sensées. Sans me départir de mon sourire, je poursuivis :

- Et quand bien même cela serait le cas, vous resterez tout de même charmante à mes yeux. Tout scientifique se doit bien de faire des expériences et bien que je ne préfère en général pas leur réalisation sur des êtres pourvus d’un minimum d’intelligence et d’esprit, quel que soit leur âge, c’est parfois nécessaire à l’avancée de la science. Et nous sommes actuellement six milliards à en dépendre par quelque façon. La plupart des gens ne voudrait ne serait-ce qu’envisager de faire une telle action alors que cela peut leur sauver la vie par la suite. Qu’ils arrêtent donc de se plaindre et de lancer des rumeurs désagréables, même fondées, à tort et à travers puisqu’au final ils sont bien contents que ce soient les autres qui le fassent à leur place.

Le sérieux reprenait le dessus, comme lors de nos débats, à Jillian et moi. Nous défendions régulièrement une opinion, parfois différente même si nos points de vue se rejoignaient la plupart du temps, et l’habitude d’expliquer ma pensée était revenue d’une façon systématique. Malgré cela, je ne me sentais pas le moins du monde embarrassé ou crispé, plutôt particulièrement paisible. Zen d’une certaine manière. Un léger trouble me prenait toujours, même si je faisais mon possible pour le cacher, lorsqu’il m’était arrivé, sur Vénus, de m’exprimer devant plusieurs personnes, que ce soit pour une explication des plus basiques ou au contraire nécessitant un minimum de connaissances pour comprendre sa complexité. Mais là nous n’étions que deux, et c’était une grande première pour moi que d’avoir un rendez-vous n’ayant aucun rapport au travail ou à ma famille, en tête à tête. Et pourtant, rien ne me stressait. Une chance, non ?

- Quant au fait d’avoir des enfants, je ne vous crois pas capable d’une telle chose sur votre propre progéniture. Instinct maternel, je pense, de protéger ses enfants avant tout et de ne leur faire du mal. Mais comme vous l’avez dit, la question ne se pose pas puisque vous n’avez l’intention d’en avoir, ajoutais-je avec un sourire, revenant à quelque chose d’un peu plus léger qu’auparavant.

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- Amour : sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes. Ils oublient la jalousie, le manque, l'envie constante d'être avec l'autre... Tu te rends compte que ce truc a complètement pris possession de mon esprit ?
- Belle façon de me déclarer que tu m'aimes, ma chérie.



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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Mer 7 Sep - 15:47

Le choix d'aimer
Sollan II


La sensation de légèreté qui s’était emparée d’elle après qu’elle ait vu les différents couples présents autour d’eux n’avait pas disparu et son regard toujours braqué sur le visage séduisant d’Ellan, Sophia se dit qu’elle ne s’était jamais sentie autant en sécurité que là. Elle avait l’impression qu’elle pouvait baisser sa garde, continuer à dire des choses étranges ou même rire, peu importait, elle ne serait pas jugée. Et c’était une impression très agréable. Un sourire léger flottait sur ses lèvres maquillées et peu à peu la rumeur du restaurant autour d’eux s’effrita jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’Ellan dans son champ de perception. Bien sûr, la jeune femme savait que ça ne durerait pas longtemps, du fait que leurs plats arriveraient bien un jour, mais elle appréciait la bulle dans laquelle elle s’était elle-même enfermée avec son interlocuteur. La pensée qu’il n’en avait sûrement même pas conscience lui traversa l’esprit et son sourire s’agrandit discrètement alors même qu’une réponse était faite à ses dernières paroles :

- A vrai dire, je ne porte pas grand crédit aux rumeurs. Bien que parfois fondées, elles dévient bien régulièrement de leur base véridique. Et si vous tentez de faire que je revienne sur mon compliment, vous vous trompez.

L’assurance amusée avec laquelle il avait prononcé ces mots faillirent faire sourire largement celle à qui ils étaient adressé mais elle se retint à temps et écouta la suite des paroles qui lui étaient livrées aussi aimablement :

- Et quand bien même cela serait le cas, vous resterez tout de même charmante à mes yeux.

La phrase faillit avoir raison du scellé que la brune avait posé sur ses lèvres mais ses vieilles habitudes lui permirent de reprendre le contrôle sur elle-même et son expression parut s’éteindre un instant, tandis qu’elle redevenait la Sophia de tous les jours, celle qui se désirait infaillible et l’était à condition qu’un Vénusien ne soit pas à proximité.

- Tout scientifique se doit bien de faire des expériences et bien que je ne préfère en général pas leur réalisation sur des êtres pourvus d’un minimum d’intelligence et d’esprit, quel que soit leur âge, c’est parfois nécessaire à l’avancée de la science.

Attentive à ce qu’il disait, la jeune femme validait ses phrases de hochements de têtes discrets. Pour une fois que ce n’était pas elle qui tenait ce genre de discours…

- Et nous sommes actuellement six milliards à en dépendre par quelque façon. continuait-il en s’incluant parmi les Terriens, comme le nota son auditrice qui trouva cela incongru mais intéressant. Ellan reniait-il sa planète d’origine ? Si oui, pourquoi ?

- La plupart des gens ne voudrait ne serait-ce qu’envisager de faire une telle action alors que cela peut leur sauver la vie par la suite. déclarait-il avec justesse. Qu’ils arrêtent donc de se plaindre et de lancer des rumeurs désagréables, même fondées, à tort et à travers puisqu’au final ils sont bien contents que ce soient les autres qui le fassent à leur place.

Le sérieux qui teinta les dernières phrases du châtain fit apprécier à Sophia la chance qu’elle avait : alors même qu’elle-même redevenait quelque peu froide, son interlocuteur perdait son sourire pour parler de quelque chose d’absolument pas amusant. Ce qui était la première fois depuis leur rencontre, le matin même. Bien qu’elle ne croie à aucune force supérieure autre qu’elle-même, la jeune femme dut avouer que le hasard avait bien fait les choses, cette fois-ci. Surtout qu’elle était entièrement d’accord avec ce que son interlocuteur venait de dire. Toujours grave, celui-ci ne s’était pourtant pas emporté quand il avait exprimé son opinion et lorsqu’il reprit la parole, la nonchalance élégante qui l’avait caractérisé jusque là revint, plus forte que jamais, obligeant Sophia à essayer de revenir dans le moule détendu dans lequel elle avait précédemment réussi à se couler.

- Quant au fait d’avoir des enfants, je ne vous crois pas capable d’une telle chose sur votre propre progéniture. Instinct maternel, je pense, de protéger ses enfants avant tout et de ne leur faire du mal. Mais comme vous l’avez dit, la question ne se pose pas puisque vous n’avez l’intention d’en avoir.

Le sourire qui l’avait aidé à conclure ricocha sur le visage de la jeune femme qui se sentit happée par le moule dans lequel elle était toujours en train d’essayer d’entrer et dans lequel elle réentra grâce à lui. Hochant gracieusement la tête pour confirmer, elle posa sa main gauche sur la table et appuya sa joue droite dans le creux de son autre main, sans lâcher du regard son interlocuteur :

- Disons que même si j’en avais l’intention, je ne crois pas qu’un seul être dans l’Univers mériterait d’associer ses gènes aux miens, expliqua-t-elle tranquillement, sans froideur, simplement avec une évidence qui aurait pu déstabiliser quiconque n’était pas habitué à elle. Mais qu’elle savait n’avoir aucun effet sur Ellan.

A cause de cela, elle se disait qu’elle mentait quelque peu lorsqu’elle déclarait qu’elle ne jugeait personne digne d’elle ou du moins de son caryotype. Son interlocuteur possédait ce quelque chose qui la faisait tressaillir, cette classe charmante qui touchait, ce savoir qui fascinait, cette aisance à être qui envoûtait… Il aurait été l’individu parfait pour être associé à elle. Le développement in vitro aurait été absolument captivant. Du moins jusqu’à ce que l’embryon soit implanté dans l’utérus de la porteuse, quelques jours plus tard. Mais là encore, Sophia avait la certitude que ça serait intéressant, l’enfant répondant certainement très bien aux examens que les médecins lui feraient subir à travers sa couveuse vivante, laquelle serait suivie très attentivement par elle-même. Oui, Sophia voyait presque déjà la créature quasiment parfaite qui pourrait naître de l’alliance de leurs chromosomes. Ou le monstre que cela pourrait créer étant donné que ce n’était pas parce qu’Ellan avait une apparence parfaitement humanoïde que son ADN pourrait fusionner sans dommage avec un ADN purement humain. Perdue dans ses pensées, Sophia avait presque complètement appuyé sa joue contre la paume de sa main, le visage largement penché sur le côté et les longues mèches de ses cheveux bruns glissaient doucement sur la courbe de son épaule jusqu’au vide qu’elle surplombait. Ellan aurait pu se mettre à déclamer des textes entiers de Shakespeare en anglais médiéval qu’elle ne l’aurait pas remarqué. La question d’une possible mutation liée au caractère Vénusien du jeune homme l’accaparait totalement.

Elle passait en revue les hybrides animaliers qu’elle connaissait, les défauts qu’ils avaient, la plupart du temps c’était une impossibilité à se reproduire, mais ne se satisfaisait d’aucun des exemples qu’elle trouvait du fait que ce à quoi elle pensait n’avait jamais été expérimenté. Elle serait une pionnière. Elle aurait donc intérêt à prendre tout en notes, si jamais l’expérience aboutissait. Et à trouver la mère porteuse idéale. Elle la paierait le prix qu’il fallait mais elle devrait être parfaite. Il lui faudrait également signer une décharge en cas de décès impromptu vu qu’il n’était pas impossible que les gènes vénusiens aient des tendances meurtrières avec les gènes humains. Dressant mentalement sa liste, Sophia en fut chassée brutalement par le dépôt volontairement maladroit de son plat devant elle. Vivement, elle se redressa et dévisagea la serveuse avec une certaine perplexité avant de redevenir aussi froide que la glace et de lui décocher un regard amène qui la fit retourner en cuisine. L’odeur chaude, presque étouffante des deux Steak and Kidney Pie, lui sauta au visage et elle le détourna en fermant les yeux, son cœur se soulevant, avant de se remettre droite, son regard croisant celui aussi franc que le ciel d’Ellan.

- Je suis… Vraiment confuse, commença-t-elle en notant qu’elle redevenait aussi fermée qu’au début de leur repas, mais je ne me sens pas bien, continua-t-elle en écartant ses cheveux de son visage et en reculant sa chaise de la table. Je crois que je vais devoir vous fausser compagnie… acheva-t-elle en plantant ses yeux dans ceux de son interlocuteur qui paraissait aussi prêt à se lever qu’elle.

Déjà elle entamait le mouvement de se lever mais quelque chose la retint, quelque chose qui se trouvait peut-être dans l’expression faciale d’Ellan qui n’était pourtant en rien pathétique ou alors peut-être était-ce dans le projet auquel elle avait réfléchi et qu’elle ne pouvait se résoudre à mettre au feu ainsi. Elle choisit de penser que c’était la seconde solution et baissa un instant les yeux sur la table en se rasseyant avant de reprendre :

- A moins que vous n’acceptiez de m’accompagne dehors ? Je ne vous en voudrai absolument pas si vous refusez. Ce que je fais est vraiment le comble de l’impolitesse mais il faut vraiment que je sorte, assura-t-elle en relevant le regard sur lui, ses yeux brillant un peu trop pour qu’elle mente. Surtout que ça a l’air vraiment délicieux, tenta-t-elle en observant d’un œil circonspect ce qui avait déclenché son malaise.

Elle ne savait pas ce qui lui prenait mais ne voulait pas se calmer. Le désir de sortir et de sentir le vent sur sa peau la tourmentait tant qu’elle laissa son regard glisser vers la porte et noua ses doigts autour de sa serviette en tissus, en empêchant ses pieds de frapper frénétiquement le sol parce qu’elle jugeait cela vulgaire, mais resta pour attendre la réponse de son interlocuteur. Elle lui devait bien cela, jugea-t-elle en ramenant son attention sur lui, un pli se creusant entre ses sourcils tandis qu’elle attendait qu’il parle.


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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 13 Nov - 1:10

Sophia hochait la tête assez régulièrement à mes propos, d’une façon qu’on aurait presque pu qualifier de mécanique. Bien des personnes hochent la tête, comme signe de compréhension, et parfois, il n’en est absolument rien, c’est juste pour la forme ou par habitude. Mais j’étais persuadé que la jeune femme accueillait mes arguments avec sérieux et les prenait certainement en compte tout en étant d’accord ou non. Plusieurs fois, il me sembla qu’elle allait sourire mais elle demeurait pourtant de marbre. Sans doute qu’avec le temps, j’arriverais à cerner sa personnalité. Mais à l’instant présent, je ne savais trop ce à quoi elle pouvait bien penser, ni même si elle adhérait complètement à ce que je disais ou tout au contraire, préparait par avance les arguments pour tout contrer en masse. Sa figure comme de glace cachait pourtant sans doute bien d’autres sentiments. Et il me tardait déjà de les découvrir, en tant qu’ami ou quelque chose s’y approchant, évidemment.

- Disons que même si j’en avais l’intention, je ne crois pas qu’un seul être dans l’Univers mériterait d’associer ses gènes aux miens.

Aucune suffisance ne teintait ses propos qui me firent sourire. Elle restait sérieuse, parfaitement sincère dans ses pensées qu’elle exprimait tout haut avec une certaine nonchalance, appuyant sa tête sur sa paume ouverte de son bras droit, lequel s’appuyait sur la table. C’était comme une évidence pour elle, apparemment, et je m’interrogeais sur les pensées que pouvaient avoir ses proches, sa famille et ses amis, de cette façon de penser. Et une idée en entraînant une autre, je me demandais d’où la brune tenait sa façon de s’exprimer, de ne pas montrer ses sentiments, et de raisonner de telle sorte. Le mode éducatif joue souvent en premier lieu, mais après tout, chacun se construit sa propre personnalité, et il se pouvait également que sa famille proche ne soit absolument en rien responsable de tout cela concernant Sophia. Et pourtant, je ne pouvais m’empêcher de me dire qu’il devait bien y avoir un élément déclencheur. Je devais certainement, pour ma part, mon ouverture d’esprit à mes parents qui l’étaient extrêmement. Sophia avaient donc certainement certains traits de caractère que ses parents lui avaient transmis ou enseigner. Quant à son mode de vie… Cela pouvait aussi dépendre des personnes qu’elle côtoyait, ou peut-être y avait-il eu quelque chose qui l’avait décidé à opérer ainsi. Mais malgré qu’elle cache volontairement tout sentiment en cet instant, j’étais convaincu que ce n’était qu’une sorte de façade. Après tout, elle restait humaine, elle devait bien ressentir des choses, elle aussi. Et puis, elle n’avait pu garder son faciès totalement impossible depuis les premières minutes, elle semblait simplement se reprendre brusquement. Mais j’avais tout de même réussi à réunir quelques indices me permettant d’éclairer certains points de sa personnalité. Tout d’abord, une intelligence certainement au-dessus de la moyenne. Qui d’ailleurs, aurait dû être bien mieux employée qu’à faire une visite de groupe, même en des portes ouvertes qui ne se produisent qu’une fois l’an. Ensuite qu’elle prêtait un minimum d’attention à son entourage, voire plus que cela, puisqu’elle m’avait aussitôt remarqué lorsque je m’étais volontairement tenu à l’écart, observatrice, donc. Elle semblait avoir une opinion assez tranchée des choses, et il restait à voir si elle était plutôt du genre à rester sur ses positions ou si de bons arguments pouvaient la faire changer d’avis. Etait-elle curieuse ? Un minimum, je supposais.

Je l’observais appuyer sa tête presque complètement sur sa main, ses yeux semblant me fixer alors qu’il était visible qu’elle était clairement dans ses pensées. Je souriais, la trouvant on ne peut plus charmante encore, absorbée dans son monde. J’étais ravi de partager ma soirée avec elle et la voyant ainsi, je préférais me taire plutôt que de la sortir volontairement de ce à quoi elle réfléchissait tant. Une part de mon esprit était concentrée sur mon vis-à-vis, une autre plutôt sur l’instant présent globalement, et d’ailleurs, je venais de sentir avant de les voir nos plats. Et l’odeur qui en dégageait n’était pas des meilleures mais je ne fis aucun commentaire. Je remerciais la serveuse lorsqu’elle posa mon plat devant moi mais m’inquiétais de son adresse – sélective ? – lorsqu’elle fit de même avec celle de Sophia qui n’eut pas droit au même atterrissage en douceur. Cette dernière releva soudainement la tête et sitôt qu’elle eut senti le plat, son masque d’impassibilité changea pour une sorte de dégoût qu’elle ne pouvait pas franchement cacher.

- Je suis… Vraiment confuse, mais je ne me sens pas bien.

Elle me regardait dans les yeux, mais son ton redevenait aussi peu chaleureux qu’au début de la soirée et j’avais déjà deviné son malaise avant qu’elle ne l’exprime tout haut. Elle repoussa sa chaise tout en dégageant les mèches de cheveux de son visage et je me préparais de mon côté à partir aussi, par réflexe, tandis qu’elle continuait :

- Je crois que je vais devoir vous fausser compagnie…

Ses yeux chocolat noir revinrent vers les miens et malgré qu’il était évident qu’elle allait se lever, elle n’en fit pas le moindre mouvement. Je m’inquiétais sincèrement de son état de santé et il me semblait évident que bien qu’elle parle clairement de nous séparer, je n’allais la laisser s’en aller seule sans m’assurer qu’elle se portait bien.

- A moins que vous n’acceptiez de m’accompagner dehors ? Je ne vous en voudrai absolument pas si vous refusez. Ce que je fais est vraiment le comble de l’impolitesse mais il faut vraiment que je sorte. Surtout que ça a l’air vraiment délicieux.

J’hochais aussitôt la tête à l’entente de la première partie de ses propos et la pensée que l’odeur la répugne se confirma lorsqu’elle évoqua ensuite nos plats, qui la dégoutaient sans équivoque sans qu’elle n’ait besoin de le préciser. Elle parlait d’impolitesse, mais se rattrapait de mon point de vue en ne m’obligeant pas à la suivre, bien que cela soit pour moi une évidence.

Mes parents avaient pris le soin de m’apprendre à cacher ce que je ressentais concernant la nourriture. Certes, mes émotions étaient vraisemblablement tout le temps déchiffrables, sauf en matière d’alimentation, car c’était après tout un bon moyen de froisser quelqu’un de montrer que l’on trouve abominable et immangeable un plat. Il était donc normal après tout que Sophia n’ait pu remarquer que l’odeur m’écœurait également. Et j’avais pris quelques secondes de trop à réfléchir car déjà un pli se formait sur le front de la jeune femme qui s’impatientait sans doute.

- Il va de soi que je vais vous accompagner, au moins pour m’assurer que vous allez bien, dis-je, le sérieux étant de nouveau de sortie.

Il ne nous fallut pas plus de temps que cela pour nous retrouver dehors, les plats même pas touchés réglés, et nos vestes respectives sur le dos. Je suivais Sophia qui après quelques mètres s’était stoppée pour m’attendre et en profitait pour respirer longuement l’air frais de façon assez discrète, par souci de politesse, une nouvelle fois, je supposais. La rejoignant pour être à son niveau, nous avançâmes ensuite d’un commun accord non-verbal vers une des directions à notre disposition.

- Vous vous sentez mieux ?

M’enquérir de l’état de santé de ma compagne, au moins pour la soirée, me semblait primordial. Et elle ne tarda pas à me rassurer sur ce point : l’air frais lui avait fait réellement du bien. Rassuré, je m’interrogeais sur le sujet à aborder et diverses idées me vinrent à l’esprit. Mais c’est en baissant sans vraiment le vouloir mon regard sur les mains de Sophia que l’anneau d’argent entourant son annulaire et la possibilité que de pouvoir la rencontrer plus régulièrement au QG me revint à l’esprit.

- Vous avez votre anneau depuis la naissance ou quelqu’un vous l’a légué pour que vous en fassiez bon usage ? Lui demandai-je simplement.

Je ne m’attendais pas à avoir une réaction si rapide que l’arrêt brusque de la brune. Elle semblait hébétée et en quelques mouvements faits par automatisme, nous fûmes de nouveau face à face. Je me sentais gêné, ne voyant pas vraiment quel était le mal qui engendrait un tel état de saisissement de la part de Sophia. Et soudain me vint à l’esprit que ce n’était peut-être pas le genre de questions qu’il fallait poser, surtout à peine après avoir rencontré l’intéressée. Aussitôt que cette prise de conscience me traversa, je m’excusai, en espérant ne pas avoir commis une bourde :

- Excusez mon indiscrétion ! Il va de soi que vous n’êtes pas obligée de répondre, je comprendrai tout à fait.

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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 13 Nov - 2:25

Le choix d'aimer
Sollan II


Le malaise que ressentait Sophia n’allait qu’en s’accroissant ainsi fut-elle soulagée que son interlocuteur lui réponde rapidement. Cela l’empêcha de déchirer en lambeaux la serviette qu’elle continuait de tenir fermement entre ses doigts et, donc, de passer pour une sauvage insortable aux yeux de l’homme qui lui permettrait peut-être de mener à bien l’expérience de métissage Terriovenusien à laquelle elle venait de penser.

- Il va de soi que je vais vous accompagner, au moins pour m’assurer que vous allez bien, dis-je, le sérieux étant de nouveau de sortie.

La gravité assurée avec lequel il dit cette phrase fit tout drôle à la jeune femme qui n’avait pas l’habitude qu’on ait ce genre d’attentions avec elle. Elle donnait trop souvent l’impression de tout pouvoir contrôler et gérer pour susciter le moindre élan empathique. Hormis pour Ellan Kyper, visiblement. Sûrement était-ce ses gènes vénusiens qui faussaient la perception qu’il avait d’elle. Elle paraissait trop positive pour qu’il en soit autrement. Sophia ne trouva cependant rien à redire à sa déclaration et en moins de temps qu’il ne lui en avait fallu pour tâcher de prendre congé, elle se trouvait dehors, sa veste sur le dos, Ellan en train de payer ce qu’ils n’avaient même pas touché. Et tout ça parce qu’elle s’était sentie mal à cause d’un stupide plat.

La culpabilité envahit la jeune femme d’une façon si impromptue qu’elle se mit soudainement à marcher plus vite, dans l’espoir de s’éloigner de l’endroit qui avait suscité tant de choses en elle. Elle n’aspirait plus qu’à oublier la soirée et le fait qu’elle soit passée pour une idiote tout le long. Malheureusement, la pensée qu’Ellan était quelqu’un de trop bien pour se faire lâcher ainsi, sans même l’ombre d’une véritable explication, la fit s’arrêter aussi brutalement qu’elle était partie et elle le laissa la rejoindre sans dire un mot. Le rythme de sa respiration était au-dessus de normale, afin de purifier ses bronches des relents étranges qu’avait dégagés sa nourriture, et elle essaya de le calmer pour ne pas avoir l’air d’une vache en train de vêler quand le jeune homme serait finalement à son niveau. Lorsque ce fut le cas, ils continuèrent à avancer hasardeusement en direction de rien du tout et Sophia se prit à penser qu’elle trouvait cela plutôt agréable de partager ce genre de moment avec une personne telle qu’Ellan.

Elle avait l’impression qu’il n’attendait rien d’elle et qu’il était là uniquement pour elle. C’était surement faux, sa présence devant s’expliquer du fait de son éducation impeccable, mais la brune préféra s’arrêter à sa première pensée. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle en avait besoin. Au moins pour ce soir où elle se sentait aux prises avec des choses qu’elle avait pris soin de mettre à distance, tout au long de sa vie.

- Vous vous sentez mieux ?

La question le fit sourire et elle baissa le visage pour que son interlocuteur ne le voie pas. Elle ne tenait pas à ce qu’il pense qu’elle était en train de tomber sous son charme. Elle se servait simplement de lui pour se rassurer et retrouver le contrôle d’elle-même. C’était tout à fait différent. Avec naturel, elle lui répondit ainsi que sortir lui avait été bénéfique et s’excusa une nouvelle fois pour la scène. Il balaya l’excuse d’un signe de main, traduisant ainsi le fait que cela ne l’avait pas gêné. Un peu moins agitée qu’auparavant, elle redressa son dos et décontracta son diaphragme encore un peu douloureux, aussi discrètement qu’elle le put. Par chance, il sembla que c’était le moment que choisit Ellan pour s’intéresser à tout à fait autre chose que sa posture même si c’est d’une partie de son corps dont il parla lorsqu’il rouvrit la bouche, un instant plus tard :

- Vous avez votre anneau depuis la naissance ou quelqu’un vous l’a légué pour que vous en fassiez bon usage ? lui demanda-t-il simplement.

Dire que le visage de Sophia se décomposa à l’entente de cette question aurait été un doux euphémisme. En fait, elle eut la très nette impression qu’on venait de la frapper, ce qui eut pour effet qu’elle s’arrêta immédiatement, sans même s’en rendre compte. Mécaniquement, Ellan se trouva de nouveau devant elle et elle se demanda vaguement si c’était elle qui lui avait faire le mouvement avant de chasser la question au profit d’une autre : comment pouvait-il voir l’anneau à sa main ? Cet anneau que personne d’autre qu’elle ne voyait et qu’elle avait fini par associer à une malformation physique pour l’oublier ? Elle aurait aimé se dire qu’il parlait d’un autre anneau, qu’elle aurait à un autre doigt, mais à cause de ce fantôme inexplicable qui ornait son annulaire gauche, elle n’avait pas de réel attrait pour les bagues. Et, n’étant pas mariée, n’avait pas non plus le devoir d’en porter une. Néanmoins, vu la façon dont Ellan avait parlé de ce fichu anneau, il en connaissait la fonction. Etait-ce possible que ce soit un objet d’origine extra-terrestre ? Vénusienne ? Serait-ce pour cela qu’elle avait toujours été mise à part ? Pour cela aussi qu’elle se sentait presque bien en compagnie de cet homme qui lui ressemblait tout en étant profondément différent d’elle ? Elle voulait le savoir. Elle était avide de le savoir, même. Mais réaliser l’expression gênée qui était apparue sur le visage de son interlocuteur doucha son excitation. Il paraissait regretter d’avoir parlé. Un désarroi se saisit alors de la brune qui crut qu’il la jugeait indigne d’être reconnue comme l’une des siennes. Son calme revint néanmoins aussi vite qu’il avait disparu, lorsqu’Ellan ouvrit une dernière fois la bouche pour ajouter quelques mots qui changèrent le sens de la question qu’il venait de lui poser :

- Excusez mon indiscrétion ! Il va de soi que vous n’êtes pas obligée de répondre, je comprendrai tout à fait.

Secouant doucement la tête, Sophia leva la main incriminée à hauteur de sa poitrine et caressa du bout des doigts de sa main droite l’anneau d’argent qui contrastait fortement avec sa peau caramel. Son regard s’abaissant dessus, elle chercha à remettre de l’ordre dans ses idées. Il était possible, au vu des éléments qu’elle détenait et du lien étrange qu’elle avait avec son interlocuteur, qu’ils appartiennent à la même planète. Il était également possible que ce ne soit pas ça. Que l’anneau soit juste un facteur commun à leurs planètes, davantage connus sur Venus que sur Terre. En tout cas, il semblait certain qu’Ellan allait pouvoir lui apporter les réponses qu’elle avait passé tant de temps à chercher, dans sa jeunesse. Des réponses qu’elle avait finies par se résoudre à ne jamais posséder. Ses yeux se relevèrent alors vers le visage attentif du jeune homme et elle se sentit plus enfantine que jamais, comme auréolée d’une innocence nouvelle, sur le point de naître une seconde fois. C’était sûrement exagéré mais il semblait que c’était son soir pour cela alors elle ne s’attarda pas dessus et laissa sa langue oraliser ses pensées :

- Je l’ai depuis ma naissance… Et ne vous en faites pas pour votre indiscrétion. En vérité, elle a été bénéfique même si rien ne pouvait le laisser présager.

Les mots lui donnaient l’impression de se bousculer dans sa bouche et elle fit une pause pour éviter de se laisser emporter le flot de ses paroles et donc de perdre son auditeur.

- Je n’ai pas la moindre idée de ce que cet anneau représente. Personne autour de moi ne le sait, à vrai dire. Vous êtes même la première personne à le voir donc si vous savez quelque chose à son sujet, je vous en conjure, monsieur Kyper, apprenez-le-moi ! J’ai passé trop de temps à chercher des réponses en vain pour laisser passer l’opportunité d’en savoir plus que vous représentez, expliqua-t-elle en se crispant au fur et à mesure que ses phrases se déroulaient dans l’air.

Elle n’avait pas pu s’empêcher de le supplier et c’était ce qui lui posait problème. Elle était vraiment désireuse d’avoir des réponses et n’avait pas essayé de le cacher. Il ne lui restait plus qu’à espérer qu’Ellan demeure aussi charmant qu’il l’avait été depuis leur première rencontre et qu’il lui dise tout ce qu’il savait, sans qu’elle n’ait à s’humilier davantage. Parce qu’elle savait qu’elle ne pourrait pas faire autrement pour enfin obtenir ces réponses qui se dérobaient constamment à elle et qu’au final, elle ferait tout pour faire du mal au jeune homme et lui faire payer son attitude si peu gentleman. Mais ça, c’était dans le plus mauvais cas, après tout. Les yeux brillants d’espoir, elle observa les tergiversations mentales du Vénusien avec autant d’attention qu’une petite fille aurait observé l’arrivée du Père Noël.


10/17

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Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux

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