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 Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux

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    Date de Naissance : 05/03/1988







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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 13 Nov - 19:44

Sophia à cet instant aurait facilement eu une place parmi des sujets d’étude en termes de passages divers d’émotions. La surprise, la stupéfaction, puis l’étonnement, une sorte de joie, remplacée par l’air de quelqu’un qui redescend subitement sur Terre. Il était certain qu’elle avait pu ressentir bien d’autres sentiments qui, et ce n’était encore qu’une hypothèse, ne me soient pas venus à l’esprit. Mais déchiffrer les multiples expressions du visage humain n’est pas chose aisée, et sur le coup, je mettais la réaction de la brune sur le fait qu’elle n’en revenait pas que j’aie pu poser une telle question, que j’étais fort indiscret et malpoli. Je m’excusais aussitôt, et là encore, une palette d’émotions prit place sur le faciès de la jeune femme, ce que je ne cherchais même plus à saisir, préférant de loin les mots et le ton qui irait avec pour m’indiquer si j’avais été un sombre idiot en posant cette question.

Sophia secoua doucement la tête, entraînant ses boucles brunes avec elle et levant la main où ledit anneau trônait, elle le caressa, comme aurait pu le faire une femme mariée avec la bague reçue à cet événement. Parfaitement calme, sa tête quelque peu baissée du fait que son regard se portait sur son anneau, elle paraissait remettre de l’ordre de ses idées, une fois la surprise passée. Me vint alors à l’esprit que cet anneau pouvait lui provenir d’une personne chère qui était décédée aujourd’hui, ou qu’elle ne voyait plus, ce qui me fit ressentir un certain malaise. A moins que cela ne soit que le fruit d’un hasard, qu’elle était tombée dessus et l’avait gardé car elle le trouvait à son goût. Non, cette hypothèse n’était pas valide. Le hasard n’avait rien à faire avec notre état de Vagabond. Toute personne un minimum sensée et qui possédait un tel anneau ne le laisserait certainement pas sans surveillance, dans un quelconque sac, comme si c’était un objet n’ayant pour seul intérêt que sa beauté ou son utilité. Il se pouvait par contre qu’elle le possède depuis sa naissance et ne s’en soit jamais servie. Mais cette idée incluait alors le fait qu’elle n’avait aucune idée de sa particularité bien spéciale. Je repoussais tout d’abord cette hypothèse, comme la précédente, étant persuadé que tout Vagabond était forcément au courant de ce que cet anneau représentait. Mais à force d’y réfléchir, je songeais au fait que tout pouvait être possible, et que les Vagabonds venant de diverses époques et milieux, il était envisageable que sans avoir rencontré une personne vous informant de sa particularité, vous ne sachiez rien de ce bijou. Mon état de Vénusien m’obligeait à ne pas être au courant de ce fait, et je prenais doucement conscience que j’avais bêtement classé tous les Vagabonds comme étant nécessairement au courant de tous les détails concernant l’anneau. Au temps pour moi. Il ne me restait plus qu’à voir si j’allais obtenir ou non réponse à ma question.

Je n’avais détaché mon regard de mon interlocutrice, attendant patiemment une réaction de sa part, quelle qu’elle soit. Elle releva la tête et ses prunelles se plongèrent dans les miennes, me signifiant que ce que j’attendais n’allait pas tarder. Et en effet, ma curiosité put être satisfaite :

- Je l’ai depuis ma naissance… Et ne vous en faites pas pour votre indiscrétion. En vérité, elle a été bénéfique même si rien ne pouvait le laisser présager.

Traitant les informations dans l’ordre avec sérieux, je pus éliminer certaines théories tout en étant quelque peu soulagé que son arrêt ne signifiât pas une réaction outrée de sa part devant ma question inquisitrice. Je butais sur le fait que mon interrogation soit en vérité bénéfique. Et ma dernière prise de conscience s’imprimait déjà en lettres géantes dans ma tête alors que ma compagne me le confirmait après une pause de quelques secondes :

- Je n’ai pas la moindre idée de ce que cet anneau représente. Personne autour de moi ne le sait, à vrai dire. Vous êtes même la première personne à le voir donc si vous savez quelque chose à son sujet, je vous en conjure, monsieur Kyper, apprenez-le-moi ! J’ai passé trop de temps à chercher des réponses en vain pour laisser passer l’opportunité d’en savoir plus que vous représentez, débita-t-elle d’une traite, mais en articulant suffisamment pour une bonne compréhension de ma part.

Son ton se faisait presqu’implorant et j’eus brusquement envie de la prendre dans mes bras, dans un élan de tendresse. Mais je me retins à temps – ce n’était absolument pas le moment, si cela arrivait un jour –, et au lieu de cela, préférais réfléchir à la façon d’annoncer à Sophia qu’il lui était possible de voyager à travers le temps. J’étais la première personne à voir ce fameux anneau, cet objet qui avait déclenché chez elle, apparemment, tant de questionnements. Je ne pouvais qu’imaginer ce qu’elle pouvait ressentir, n’étant pas passé par cette étape-là de mon côté, car ne possédant pas d’anneau qui aurait pu m’indiquer cette capacité. Il me fallait visualiser l’époque où je voulais aller, plus ou moins précisément, et si possible, penser à une date précise. Des clichés ayant été pris à travers le temps, cela m’aidait considérablement à cette tâche. Mais là n’était pas le sujet. Sophia attendait toujours sa réponse, et j’étais convaincu qu’une foule criant à tue-tête serait passée à côté d’elle qu’elle n’aurait pas bougé d’un iota. Je détenais des réponses qu’elle avait cherché depuis plus de vingt ans, puisqu’il était visible qu’elle avait les avait déjà passé. C’était pire que d’apprendre qu’on n’était pas né de celle que l’on appelait « maman » quotidiennement mais de quelqu’un d’autre. Pire car elle avait toujours eu cet anneau autour du doigt. Et certainement que cela avait dû entraîner à ce qu’elle se sente différente des autres. Ce qu’elle était.

- Je promets de répondre à toutes vos questions, même si cela implique que je dois y passer la nuit. Au contraire, je serai ravi d’apporter des réponses à vos interrogations. Mais pour l’instant, je vous prie de me faire confiance.

Je souriais chaleureusement et m’approchant, je pris ses mains fines et douces qui pendaient le long de son corps pour les emprisonner dans les miennes. Sophia hocha la tête, bien qu’elle ne cache pas sa perplexité. Le mieux était encore de lui montrer concrètement ce qu’elle était en pouvoir de faire. Car j’étais convaincu que Sophia ne s’en servirait pas pour déclencher un événement, elle n’était pas de ce genre. Elle méritait de savoir. Et je ressentis une vague de chaleur m’envahir en pensant que j’étais celui qui le lui annoncerait, allez savoir pourquoi.

- Fermez les yeux, lui intimais-je doucement.

Elle obtempéra presqu’aussitôt, et je fus ravi de voir qu’elle me faisait suffisamment confiance pour ne pas remettre en doute ce que je lui demandais, ni se dégager de mon emprise, bien que loin d’être brutale.

- Je sais que cela peut paraître incongru et n’ayant pas rapport avec le sujet, mais réfléchissez à une date, s’il vous plaît. Imprégnez-vous de cette date, pensez à cette date, ne concentrez vos pensées que sur cette date. Passée ou future, peu importe.

A son air, je devinais qu’elle se concentrait. J’en profitais pour vérifier que nous étions bien seuls dans la rue, et visibles de personne. Ramenant mon regard sur la brune, je constatais une fois de plus qu’elle était vraiment d’une beauté incroyable, c’en était saisissant. Mais il fallait aussi que je cesse d’avoir ce genre de pensées. C’était indécent et il fallait que je sois sérieux. Tout comme Sophia se devait de faire le vide dans sa tête pour uniquement penser à cette fameuse date. Je tournais doucement l’anneau de Sophia quand soudain, le décor changea, ainsi que nos vêtements. Sophia venait de faire son premier saut dans le temps, sans même être encore au courant, ses paupières étant toujours fermées.

- Visiblement, vous avez préféré le passé au futur.

J’avais reconnu les décors des années soixante ou soixante-dix nous entourant, ce qui me permettait d’affirmer sans me tromper que nous étions dans le passé. J’étais déjà venu ici à cette même époque même si l’année exacte différait certainement, et je souriais à l’idée de cette coïncidence. Sophia, certainement intriguée par mes paroles, ouvrit les yeux et se figea aussitôt en constatant les lieux alentours. Ses mains se détachèrent des miennes et je l’observais en souriant tourner sur elle-même pour prendre en note chaque détail. Nous étions seuls, une fois de plus, mais j’entendais non loin les bruits caractéristiques d’un bar. Il ne fallait donc pas trop tarder. Je m’approchais de Sophia qui ne revenait visiblement toujours pas de l’endroit où nous étions, ou plutôt, de l’époque. Mais je me doutais qu’elle avait dû faire le rapprochement entre mes instructions et son anneau, qu’elle commençait à entrevoir certaines réponses à ses nombreuses questions à ce sujet. Comme elle me tournait le dos et que je préférais tout de même le présent à cette époque pour lui donner des explications, j’entourais doucement sa taille de mon bras, m’en rapprochant par le même temps, et fermant les yeux à mon tour, je visualisais l’endroit en 2011, soit notre « Présent ». Un nouveau changement survint et je relâchais délicatement Sophia et vins me placer devant elle, vérifiant au passage qu’il n’y avait pas eu de témoins.

- A présent que vous avez une idée de ce que cet anneau inclut comme capacités, je suis à votre entière disposition pour répondre à toutes les questions qui peuvent vous venir à l’esprit. Mais je ne garantie pas d’avoir réponse à tout, je reste un simple humain.

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- Amour : sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes. Ils oublient la jalousie, le manque, l'envie constante d'être avec l'autre... Tu te rends compte que ce truc a complètement pris possession de mon esprit ?
- Belle façon de me déclarer que tu m'aimes, ma chérie.



Dernière édition par Ellan Kyper le Mar 9 Avr - 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Lun 14 Nov - 13:41

Le choix d'aimer
Sollan II


Le temps s’étirait sans qu’Ellan n’ouvre la bouche. Des milliers de choses paraissaient défiler derrière son regard clair et Sophia ne le lâchait pas des yeux. Elle était déterminée à avoir sa réponse et l’espoir que le jeune homme ne soit définitivement pas un goujat se solidifia en elle tandis qu’elle réalisait qu’un maître-chanteur, ou tout autre individu aussi peu fréquentable, aurait réagi immédiatement. Si le Vénusien prenait autant de temps, c’était sûrement parce qu’il cherchait ses mots. Peut-être même que la façon dont elle lui avait demandé des réponses l’avait mis mal à l’aise. En effet, un changement de comportement aussi brusque aurait pu mettre n’importe qui d’autre mal à l’aise mais la jeune femme ne maîtrisait pas le temps, elle ne pouvait pas revenir en arrière pour y remédier alors elle se contenta de continuer à patienter en silence. Ses prunelles sombres brillaient plus que jamais et même une réaction chimique aussi forte que celle de l’amour n’aurait pu les animer autant. Pourtant, il restait indéniable qu’Ellan plaisait à la brune. Deux fois plus maintenant qu’il pouvait lui apporter des réponses sur ce fichu anneau. Des réponses qui ne venaient toujours pas. Le stress composait désormais la moindre cellule du corps de Sophia et elle dut faire appel à tout son bon sens pour ne pas agripper le bras du jeune homme de toutes ses forces. Elle était parfaitement consciente que cela n’aurait sûrement pas incité le Vénusien à répondre plus vite, même !, que cela aurait pu lui donner envie de planter là la sauvage qu’elle aurait paru être. Le hasard faisant bien les choses, comme depuis le début de leur rencontre, ou presque, ce fut le moment que choisit Ellan pour parler :

- Je promets de répondre à toutes vos questions, même si cela implique que je dois y passer la nuit.

La perspective de passer une nuit entière avec le jeune homme égara une partie normalement très enfouie de l’esprit de Sophia durant un instant mais sa partie rationnelle, ô combien plus importante, la ramena très vite à ce qui était supposé l’intéresser véritablement. A savoir, la suite de ce que disait Ellan :

- Au contraire, je serai ravi d’apporter des réponses à vos interrogations. Mais pour l’instant, je vous prie de me faire confiance.

La perspective de devoir lui faire confiance parce qu’il le demandait fit se raidir la brune mais elle n’esquissa pas le moindre geste indiquant qu’elle ne pourrait y arriver. Son désir de connaître les réponses qu’il promettait de lui offrir était trop important pour cela. Ou peut-être que le sourire incroyablement sympathique qu’il venait de lui décerner avait réduit à néant ses capacités psychomotrices. Elle n’aurait su le dire tant il lui semblait que ses membres n’étaient faits que de caoutchouc. Doucement, les mains d’Ellan s’emparèrent alors des siennes et elle hocha la tête mécaniquement, sans trop savoir pourquoi. Semblant estimer que c’était pour donner son accord, il garda leurs mains liées et elle, leurs regards soudés. Une certaine appréhension montait en elle tandis qu’elle réalisait qu’elle n’avait pas la moindre idée de vers quoi elle avançait. Ce n’était pas dans ses habitudes de partir ainsi, à l’aveuglette. Ou plutôt, il ne lui était pas commun de se fier à quelqu’un d’autre qu’elle-même, que ce soit à l’aveuglette ou non. Pour cela, son esprit scientifique et froid, qui avait disparu lors de la première mention de son mystérieux anneau, revint brutalement pour la rassurer. La vague d’anxiété qui s’était élevée en elle, un instant auparavant, s’abaissa tout aussi facilement et lorsqu’Ellan reprit la parole, Sophia se sentait très calme.

- Fermez les yeux, lui intima-t-il doucement.

Tentée de lui désobéir et de demander des explications avant de faire quoique ce soit, elle se fia néanmoins au fait qu’elle n’avait rien à perdre. Quoiqu’il adviendrait, elle n’avait d’une certaine façon pas d’autre choix que de le faire puisqu’il lui était impossible de se libérer de l’emprise du Vénusien, pourtant douce, et que la curiosité la rongeait de part en part. Ses paupières caramel s’abaissèrent alors sur ses prunelles brillantes et elle ralentit instinctivement sa respiration, de la même façon que si elle avait été sur le point de se laisser tomber du haut d’un pont.

- Je sais que cela peut paraître incongru et n’ayant pas rapport avec le sujet, mais réfléchissez à une date, s’il vous plaît. Imprégnez-vous de cette date, pensez à cette date, ne concentrez vos pensées que sur cette date. Passée ou future, peu importe.

Elle se sentait comme aux prises avec un hypnotiseur. La voix calme et assurée d’Ellan accentuait l’impression et l’hypothèse qu’il allait l’hypnotiser s’inscrivit en lettres de feu dans son esprit avant d’être soufflée par le fait qu’une grande part de la réussit de l’hypnose était le consentement, conscient ou non, de la victime. Et consentante à être hypnotisée, on ne pouvait pas dire qu’elle l’était. Pourtant, décidée à jouer le jeu par crainte de louper une occasion unique de savoir, elle chercha une date à laquelle penser. Celle qui lui vint en première fut celle de son jour de naissance mais elle s’empressa de la chasser, peu désireuse de laisser à Ellan un accès à cette donnée, d’une façon ou d’autre autre. Vinrent ensuite les dates de naissance de ses parents mais une fois encore, elle les repoussa, les considérant être des informations trop privées pour être partagées au sein d’une expérience. Une date vint alors d’elle-même frapper à la porte de son esprit. Une date qui ne lui rappelait strictement rien. Une date qui était donc parfaite pour ce qui lui était demandé. Quatre octobre mille neuf cent soixante-cinq. Elle faillit l’énoncer à voix haute mais se retint à temps. Tout son esprit était désormais concentré sur cette date qui ne voulait rien dire, dans le but de faire cette expérience encore dénuée de sens. La légère rotation qu’imprima Ellan à son anneau faillit la faire sortir de sa concentration mais quelque chose de plus puissant que ses réflexes la maintint en état.

- Visiblement, vous avez préféré le passé au futur.

La voix du vénusien lui fit ouvrir immédiatement les yeux afin de donner du sens à ce qu’il venait de dire. Car il sous-entendait qu’elle leur avait fait remonter le temps, ce qui n’était pas possible, comme tout le monde le savait, elle la première. Néanmoins, lorsque son regard se posa sur ce qui l’entourait, elle crut rêver. Sans être totalement changée, Londres n’était clairement plus la même. La forme des lampadaires, leurs distances les uns des autres, l’asphalte de la route près d’eux, le revêtement du sol sous eux, la couleur du ciel, les devantures des magasins, les façades des immeubles. Tout était différent. Sans qu’elle ne s’en aperçoive, elle laissa ses mains glisser hors de celles d’Ellan et fit un lent tour complet sur elle-même dans le but de vérifier que ce qu’elle voyait était bien vrai. Oui. Ils se trouvaient bien dans le passé. Se pinçant par acquis de conscience et sentant distinctement la douleur que cela lui provoqua, Sophia déglutit en silence. Cela ne pouvait être vrai, malgré tout. Toutes les lois de la nature étaient remises en question, si l’on admettait que cela puisse être vrai, et elle ne pouvait faire cela. La science et ses valeurs sûres étaient ce qui la cadrait depuis toujours. Elle ne pouvait jeter ça aux ronces, comme de rien n’était. Autant, elle n’avait pas eu de véritable difficulté à accepter qu’Ellan soit d’une autre planète, la possibilité d’une vie extra-terrestre étant l’objet d’un débat scientifique animé depuis des lustres, autant le fait qu’il était possible de remonter le temps lui était impossible à appréhender. Notamment parce que cela semblait être du à un anneau d’argent aussi banal que celui qu’elle avait à l’annulaire gauche. Impossible. Ce devait être causé par quelque chose d’autre. Quelque chose comme Ellan, par exemple.

Une illumination se fit dans l’esprit de Sophia. La capacité à voyager dans le temps était une capacité vénusienne et il lui avait fait croire que c’était grâce à l’anneau. Cette hypothèse la glaça autant qu’elle l’apaisa et elle se stabilisa sur un point fixe, cessant ainsi ses tours hallucinés et se posant dos à celui qui chamboulait son monde de toutes les façons possibles. Elle avait besoin d’un peu de temps pour réfléchir à la situation. Peut-être aussi ne se trouvaient-ils pas en 1965 mais qu’il l’avait bien hypnotisée. Il fallait qu’elle parle à des gens, qu’elle trouve des journaux, pour vérifier. Néanmoins, elle n’en eut pas le temps, le bras de son accompagnateur se nouant délicatement autour d’elle, sans aucune gêne. Prête à s’offusquer, elle ne le put pas, une seconde fois soumise par une force supérieure qui lui ferma les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, ils étaient de retour à l’époque qu’elle connaissait. La seule, d’ailleurs, qu’elle aurait du connaître : celle de son présent. L’étreinte d’Ellan s’effaça et il vint se placer face à elle, toujours aussi calme.

- A présent que vous avez une idée de ce que cet anneau inclut comme capacités, je suis à votre entière disposition pour répondre à toutes les questions qui peuvent vous venir à l’esprit. Mais je ne garantie pas d’avoir réponse à tout, je reste un simple humain.

Qu’il ose dire qu’il n’était qu’un simple humain alors qu’il était avéré qu’il venait de Venus et qu’il venait de les faire voyager dans le temps faillit rendre Sophia furieuse. Son esprit, toutefois, préféré s’intéresser au fait qu’il n’avait pas sollicité l’anneau qu’elle portait pour leur faire regagner le présent, ce qui impliquait que ça pouvait très bien ne pas être elle qui les avait fait voyager dans le passé. A condition même qu’ils l’aient réellement fait. Ce dont elle doutait de plus en plus. Fusillant du regard celui qui l’avait menée en bateau si longtemps, elle fit un pas en arrière et leva de nouveau sa main incriminée à hauteur de sa poitrine, ses yeux basculant dessus aussitôt. De la même façon qu’elle l’avait précédemment fait, elle caressa du bout des doigts la pièce de métal puis releva brutalement le regard sur Ellan qui n’avait pas bougé.

- Avant de vous interroger, monsieur Kyper, j’ai simplement besoin de vérifier quelque chose par moi-même, lâcha-t-elle avec froideur.

A peine eut-elle prononcé le dernier mot qu’elle fermait les yeux pour permettre à la date à laquelle elle pensait de venir pleinement à elle. Ou l’inverse, elle ne savait pas trop. De toute façon convaincue que ça ne marcherait pas, ses doigts, jusque là caressants, se figèrent autour de son anneau et le tournèrent légèrement. Dans son corps, pulsait le dix-septième siècle. Une fois encore, elle se sentit manipulée par quelque chose sur laquelle elle n’avait pas le moindre pouvoir et, lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle se trouvait seule, dans un coin moins éclairé de ce qui lui semblait être un marché. Fouillant dans ses souvenirs, il lui revint que Covent Garden avait été le lieu le plus mercantile de Londres durant de nombreuses années, à partir de 1666 et de son Grand Incendie. Ce qui collait à ce qu’elle considérait.

Le souffle coupé par les silhouettes des gens qu’elle discernait et qui ne savaient pas qu’ils n’existaient plus depuis des siècles, lorsqu’elle était venue au monde, elle s’avança vers eux avec prudence. Elle était consciente du fait que sa présence était anormale. Totalement anachronique. Mais le fait qu’elle y soit était trop stupéfiant pour qu’elle fasse autrement qu’être fascinée. Un courant d’air l’entoura soudain et elle frissonna en resserrant ses bras sur elle, ce qui lui fit remarquer que la tenue dont elle s’était vêtue pour retrouver Ellan avait disparu au profit d’une simple robe beige en coton grossier, recouverte d’un tablier blanc, et dont les manches courtes ne protégeaient pas de la fraîcheur du soir. Poursuivant son auto-observation, elle se rendit compte qu’une sorte de tissu retenait ses cheveux sans toutefois les couvrir entièrement et que des sabots grossiers soutenaient sa voûte plantaire. Un petit peu rassurée d’être habillée de façon à passer inaperçue et honteuse de ne pas s’en être enquis plus tôt, elle s’avança au milieu des étals vidés par la journée de travail et croisa son visage, par hasard, dans un fragment de miroir brisé. Sa peau ordinairement caramel du fait de son métissage avait pâli de façon impressionnante et agrandissait presque trop ses yeux qui trahissaient sa surprise sans aucun détour.

Inspirant une profonde bouffée d’air pour faire refluer l’angoisse que provoquait la situation, elle jugea opportun de se retirer de ce siècle et de retrouver Ellan qui était ainsi réellement honnête. Instinctivement, elle s’en alla à l’écart en prenant garde de ne croiser le regard de personne et réitéra la manipulation qui était censée la faire changer d’époque. Néanmoins, ses mains tremblantes et son esprit agité ne purent accéder à son souhait. Sa respiration s’accéléra alors en même temps que ses battements de cœur s’intensifiaient dans sa cage thoracique et elle se maudit d’avoir remis en doute la parole d’Ellan. Ce faisant, elle continuait de toucher nerveusement son anneau, sans toutefois parvenir à se concentrer sur son présent, son esprit ne lâchant pas le Vénusien. La force surnaturelle revint pourtant l’entourer et elle ferma immédiatement les yeux, soulagée à en pleurer.

Arrivée à destination, elle s’empressa d’offrir à la lumière son regard et tomba aussitôt sur Ellan qui ne semblait pas avoir grandement bougé de là où elle l’avait abandonné. Son soulagement s’accrut brutalement et elle s’avança vers lui tandis qu’il faisait de même. Ses mains trouvèrent les siennes automatiquement et elle se laissa retomber légèrement contre son torse, sa tête appuyée au bas de l’épaule du jeune homme mais le reste de son corps indépendant du sien.

- Je vous crois, monsieur Kyper. Désormais, je vous crois, déclara-t-elle en laissant son cœur reprendre un rythme normal. Auparavant, je n’y arrivais pas, cela était trop invraisemblable pour que je puisse y croire, continua-t-elle en se redressant et en reprenant ses mains, son regard de nouveau planté dans celui qui aurait pu être son négatif. Maintenant, ça l’est toujours mais je suis néanmoins sûre que c’est vrai. Sauf que je ne sais toujours pas pourquoi et comment cela se fait.

Un peu ailleurs, elle passa une main dans ses cheveux, la regarda ensuite et s’imprégna d’elle jusqu’à n’en plus pouvoir, l’image de sa peau pâlie toujours en tête. Cette image qui, plus qu’autre chose, lui avait fait un électrochoc parce qu’elle lui avait rappelé que sa mère n’aurait pas eu sa place dans l’Angleterre du dix-septième et qu’elle-même n’aurait pu exister aussi paisiblement qu’à son époque. Une nouvelle seconde passa et elle se réinteressa à Ellan, un sourire fatigué sur les lèvres :

- Je sais, en revanche, que vous méritez le prix de la patience, monsieur Kyper. Je suis sûre qu’aucune autre personne saine d’esprit n’aurait accueilli mes réactions aussi sereinement que vous le faites depuis le début de la soirée. Merci, donc. Elle marqua une pause, évaluant la portée de ce qui lui brûlait les lèvres mais qu’elle n’était pas sûre de pouvoir dire, puis se jeta à l’eau : Et je dois avouer que même si je vous ai pris pour un menteur, durant quelques instants, je suis heureuse que ce soit vous qui m’ayez montré de quoi cette chose était capable, acheva-t-elle en faisant bouger le doigt qui portait l’anneau. Ce même doigt qui aurait pu accueillir une alliance si elle avait été mariée.


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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Mer 16 Nov - 18:54

Je m’attendais à ce que Sophia me fasse une remarque de surprise sur le voyage que nous venions d’entreprendre, ou qu’avant, elle se remette du fait qu’elle jugeait sans doute impossible auparavant. J’étais patient, mais pas devin. Lorsque ses yeux me fixèrent réellement, je devinais aisément que ce n’était pas pour me remercier. Son visage était froid, hostile, ce qui me déstabilisa profondément, puisque n’ayant pas la moindre idée de ce qui pouvait bien la rendre dans un tel état. Peut-être qu’elle ne supportait plus que je la touche, ce que j’avais été forcé de faire pour revenir dans notre présent. Mais j’aurais pu le lui demander. La pensée qu’elle me prenait peut-être au bout du compte pour un psychopathe pervers me glaça d’effroi. J’étais probablement allé trop loin en la prenant par la taille. Elle recula d’un pas et leva la main jusqu’à sa poitrine, ses yeux rivés sur l’anneau qui entourait son annulaire. Elle caressa de nouveau doucement ledit objet et brusquement releva la tête vers moi.

- Avant de vous interroger, monsieur Kyper, j’ai simplement besoin de vérifier quelque chose par moi-même.

Le ton ne me préconisait rien qui vaille. Mais avant que je n’aie le temps de réagir, elle fermait déjà les yeux et disparaissait subitement de ma vue. Elle venait donc de voyager à nouveau dans le temps, mais seule, cette fois. Et n’ayant aucune idée de l’époque où elle pouvait bien être allée, je n’étais en mesure de la suivre pour m’excuser. De quoi ? Au final, je ne savais plus. Elle indiquait clairement qu’elle allait me poser des questions, et donc qu’elle resterait. Je cessais donc d’associer ma crainte à sa réaction, même si un doute persistait. Qu’avait-elle donc à vérifier ? Il était évident qu’elle avait voyagé de nouveau dans le temps, puisqu’ayant tourné son anneau après avoir fermé les yeux. Mais elle l’avait déjà fait, avait pu constater de ses propres yeux qu’elle ne rêvait pas, que nous étions bien arrivés à destination selon la date à laquelle elle avait pensé. Qu’est-ce qui clochait, en ce cas ?

Je fermais les yeux et me repassais la scène en mémoire, pour essayer de déterminer le moment à partir duquel Sophia aurait pu être en colère contre ma personne. Elle semblait presqu’émerveillée par les environs dans notre passé, et nullement en colère. Seulement, peut-être quelque chose l’avait-elle chiffonné. Car comme elle me tournait le dos et que je vérifiais les alentours pour vérifier que notre présence passerait inaperçue, je n’avais pas pu voir la façon dont elle réagissait, une fois la stupeur passée. C’était donc à partir de là qu’il était probable que quelque chose ait changé la donne. Et une information capitale me vint à l’esprit. Je m’étais servi de mon propre gène un peu surnaturel pour nous ramener dans le présent. Et Sophia avait certainement déjà dû observer que je n’avais pas d’anneau semblable au sien. Il était donc évident qu’elle ait pu douter de la véracité de mes propos, ou de ce que je lui montrais. J’aurais parfaitement pu me servir de mes capacités à l’aller comme au retour, sans que l’anneau n’y soit pour rien. Seulement, je n’avais aucune idée de la date à laquelle elle prévoyait de nous emmener. Ce qui me semblait être une bonne preuve. Mais l’intelligence de la brune devait aller au-delà et prendre le fait pour une coïncidence, n’acceptant peut-être pas le fait qu’un simple objet soit à l’origine de notre capacité quelque peu spéciale. Ce n’était que pures spéculations, mais cela se tenait. Restait à essayer de m’expliquer avec la jeune femme quand elle serait de retour. Si elle se décidait bien à revenir à un moment ou à un autre. Je me refusais à cette possibilité de non-retour voulu à cet instant, lui laissant le bénéfice du doute. Elle m’interrogerait, elle l’avait dit. Oui mais elle avait pu changer d’avis. Réalisant que mes pensées prenaient le contrôle sur mon attitude et mes réactions, je décidais de ne pas aller plus loin et de simplement attendre patiemment. Sophia allait apparaître d’une minute à l’autre et point barre.

Je venais à peine de le songer que Sophia apparut et je me sentis aussitôt soulagé. Il aurait pu lui arriver n’importe quoi, après tout. Elle n’expérimentait que tout juste la faculté de l’anneau et je me rendis compte que je craignais également énormément pour sa santé. Ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant. Cette femme était décidément incroyable. M’approchant d’elle par automatisme, je recouvrais le contact de ses mains dans les miennes et sa tête se laissa tomber contre ma poitrine, au-dessous de mon épaule.

- Je vous crois, monsieur Kyper. Désormais, je vous crois.

Elle avait donc bien douté de mes propos et de notre voyage temporel. Je ne savais ce qui l’avait tant ébranlé dans son saut en solitaire, mais elle était là et c’était tout ce qui comptait. Je l’avais entraîné là-dedans, il était donc normal que je m’inquiète pour elle. Peut-être pas autant, mais tout de même.

- Auparavant, je n’y arrivais pas, cela était trop invraisemblable pour que je puisse y croire, poursuivit-elle tout en se détachant complètement de moi. Maintenant, ça l’est toujours mais je suis néanmoins sûre que c’est vrai. Sauf que je ne sais toujours pas pourquoi et comment cela se fait.

Son regard me fixa le temps de ses propos et en dévia tout pendant qu’elle passait une main dans ses boucles d’ébène. De nouveau, elle observa sa main et resta ainsi durant quelques secondes. Je ne m’exprimais pas, ne souhaitant pas encore interagir. Je ne savais pas encore ce que j’allais lui dire, par quel bout commencer. Au moins, elle ne faisait aucune allusion ce que je craignais tout d’abord, et puis, elle me croyait. Elle était bien convaincue que tout cela n’était pas qu’une fable. Ce qui était un très bon point. Ses prunelles revinrent sur mon visage et un faible sourire orna son si délicat visage.

- Je sais, en revanche, que vous méritez le prix de la patience, monsieur Kyper. Je suis sûre qu’aucune autre personne saine d’esprit n’aurait accueilli mes réactions aussi sereinement que vous le faites depuis le début de la soirée. Merci, donc.

Songeant en moi-même qu’elle n’avait pas assisté aux démonstrations de stress qui avaient certainement changé l’expression de mon visage comme de mon corps quelques secondes auparavant, j’appréciais tout de même le compliment, même s’il me semblait pourtant tout à fait normal de réagir ainsi. Il était vrai que ses changements d’humeur et d’attitude étaient déstabilisants, mais j’avais également poussé le bouchon assez loin.

- Et je dois avouer que même si je vous ai pris pour un menteur, durant quelques instants, je suis heureuse que ce soit vous qui m’ayez montré de quoi cette chose était capable, fit-elle en remuant le doigt comportant son anneau.

Puisqu’elle fixait à nouveau son attention à part entière sur moi, et que visiblement, elle avait terminé de parler, il était donc temps de réagir. Je répondis donc aussitôt :

- J’ai compris après votre départ que je n’avais pas agit correctement, que trop de facteurs pouvaient vous faire douter. Peut-être aurais-je au moins dû vous donner quelques explications avant d’expérimenter le pouvoir de l’anneau. Je suis donc sincèrement désolé de vous avoir donné matière à croire que je n’étais qu’un fieffé menteur.

Je lui souriais d’un air désolé tout en repassant ses propos en tête, pour vérifier que je n’omettais rien d’important. Mis à part les explications que je lui devais, il me semblait que mes excuses étaient en règle. Il me paraissait que la jeune femme ne soit pas plus fâchée que cela de nos divers contacts et je préférais ne pas nous détourner du sujet principal pour le moment, à moins bien sûr que Sophia revienne dessus. Et comme je souhaitais commencer immédiatement à répondre à ses interrogations, je me dis qu’expliquer ce que j’avais pu entrevoir comme causes à ses doutes serait une bonne chose.

- J’ai pensé que l’absence d’anneau semblable au vôtre à mon doigt était un élément plausible à votre réaction, commençais-je en levant mes deux mains, doigts écartés. Rien n’est certain, mais il semblerait qu’un de mes gènes soit à l’origine de ma capacité à voyager dans votre temps, qu’il soit passé ou futur. Il est certain que ma condition de Vénusien doit être également prise en compte, mais je ne sais absolument pas si cela m’est propre ou si cela concerne tous les habitants de Vénus.

Rabaissant les mains, je laissais quelques secondes passer et ajoutais plus doucement :

- Toujours est-il que je puis en effet faire des sauts temporels, mais je vous assure que je ne suis pas à l’origine de notre venue dans les années 1960, seulement de notre retour.

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- Amour : sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes. Ils oublient la jalousie, le manque, l'envie constante d'être avec l'autre... Tu te rends compte que ce truc a complètement pris possession de mon esprit ?
- Belle façon de me déclarer que tu m'aimes, ma chérie.



Dernière édition par Ellan Kyper le Mar 9 Avr - 20:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 8 Jan - 15:41

Le choix d'aimer
Sollan II


Oubliant ses préoccupations durant quelques secondes, le temps qu’il lui fallut pour ne pas se laisser emporter par les prunelles d’Ellan, Sophia réalisa à quel point ce qu’elle venait de dire était vrai. Elle n’aurait sûrement pas supporté que ce soit quelqu’un d’autre qui lui montre ce qu’elle venait de découvrir. Ca n’aurait pas eu la même magie, la même saveur. Elle l’aurait cru, cette personne qui n’aurait pas été Ellan, mais aurait aussi essayé d’oublier l’information, par manque d’intérêt pour elle. Là au contraire, elle aspirait à découvrir réellement ce don et, surtout, à ne pas le faire seule afin d’éviter de répéter sa toute récente mésaventure. Elle savait qu’Ellan Kyper était la personne rêvée pour ça. Rien ne le prouvait véritablement mais elle le savait. Elle le devinait à sa manière de la regarder, à l’intensité de son regard, à la franchise de ses expressions, à l’intelligence de ses propos et au calme de son comportement. Elle le devinait parce que c’était comme si tout au sein du Vénusien lui hurlait qu’il serait toujours là pour elle, si elle en avait besoin. Chose que personne jusque là n’avait pris la peine de dire ou de faire par ce qu’elle n’avait jamais besoin des autres. Du moins, le croyait-elle jusqu’alors.

- J’ai compris après votre départ que je n’avais pas agit correctement, que trop de facteurs pouvaient vous faire douter, déclara Ellan en répondant à ce qu’elle venait de dire. Immédiatement, une sorte de tendresse envahit Sophia qui ne comprit pas ce qui lui arrivait. Par chance, le jeune homme poursuivit dans sa lancée : Peut-être aurais-je au moins dû vous donner quelques explications avant d’expérimenter le pouvoir de l’anneau. Je suis donc sincèrement désolé de vous avoir donné matière à croire que je n’étais qu’un fieffé menteur.

L’être qui venait de terminer de parler était tout simplement… Incroyable. Sophia n’aurait jamais cru pouvoir supporter une personne si aimable ou même l’apprécier mais, pourtant, c’est ce qu’elle faisait. Malgré elle, elle appréciait la présence d’Ellan, sa sollicitude et elle avait envie de lui dire qu’elle lui pardonnait. Qu’elle pourrait sûrement même tout lui pardonner, tant qu’il resterait aussi simple, aimable et prévenant que son sourire. Mais une ombre préoccupée passa sur le visage avenant du jeune homme et il reprit, aussi sérieux et calme qu’auparavant :

- J’ai pensé que l’absence d’anneau semblable au vôtre à mon doigt était un élément plausible à votre réaction.

Un instant, Sophia fut déboussolée. Elle ne comprenait pas ce qu’il voulait dire. Mais tandis qu’il levait les mains en l’air, tel un gangster se rendant à la loi, elle réalisa qu’il justifiait le fait qu’il n’avait pas d’anneau temporel, lui. Chose qui avait effectivement conduit la jeune femme à douter de lui, parmi diverses autres choses qu’elle préférait oublier pour le moment.

- Rien n’est certain, mais il semblerait qu’un de mes gènes soit à l’origine de ma capacité à voyager dans votre temps, qu’il soit passé ou futur. Il est certain que ma condition de Vénusien doit être également prise en compte, mais je ne sais absolument pas si cela m’est propre ou si cela concerne tous les habitants de Vénus.

Le fait que les phrases soient matinées de conditionnel et d’incertitude donna à Sophia l’idée de conduire elle-même des expériences pouvant confirmer ou infirmer les théories qui venaient de lui être données. Elle faillit le dire, spontanément, mais un geste d’Ellan, celui ramenant ses mains en position passive, la poussa au silence. Quelques secondes se déroulèrent entre eux, plaçant Sophia dans l’expectative d’une chose qu’elle ne pouvait pas vraiment déterminer, ce qui était à ses yeux une raison de colère. Sauf quand il s’agissait d’Ellan Kyper, visiblement. Celui-ci, jugeant sûrement qu’il était temps pour lui de mettre fin à l’attente silencieuse, termina de parler avec une douceur qui fit naître comme des serpents liquides dans l’abdomen de la brune.

- Toujours est-il que je puis en effet faire des sauts temporels, mais je vous assure que je ne suis pas à l’origine de notre venue dans les années 1960, seulement de notre retour.

Tentant de reprendre le contrôle de son corps, elle hocha la tête sèchement pour confirmer qu’elle le croyait et passa une main dans ses cheveux, sans cette fois s’arrêter sur elle. Sa tête lui donnait l’impression d’être un magasin de farces et attrapes dans lequel toutes les boîtes surprises s’étaient ouvertes en même temps. Ouvertes pour découvrir des choses qu’elle mettrait un certain temps à appréhender complètement. L’affection, les incursions temporelles, les serpents dans son abdomen, Ellan, Ellan et Ellan. Une vague de lassitude la submergea sans la noyer et elle abaissa ses yeux sur le bitume, le préférant de loin à la silhouette de son interlocuteur puisqu’il avait l’avantage de ne rien provoquer en elle. Ni colère, ni tendresse qu’elle n’avait pas encore précisément identifiée, ni calme, ni tourbillons. Rien. Neutralité. Détachement. Voilà ce qu’il lui inspirait. Voilà ce qu’Ellan aurait également du lui inspirer étant donné que c’était les sentiments que lui inspirait l’entièreté de la race humaine, en temps normal. Mais Ellan n’était pas entièrement humain. Malgré son aspect humanoïde, il était Vénusien, ce qui devait consister en une différence majeure. Elle en revenait sans cesse aux mêmes conclusions, incapable de penser longuement à autre chose qu’au jeune homme. Même la découverte des voyages dans le temps la fascinait moins que les réactions qu’Ellan suscitait en elle.

Remontant le regard sur cet homme entier, elle se sentit plus fatiguée que jamais, plus décalée que jamais tandis qu’elle sentait la chape de la normalité tomber sur elle : dans la vie des gens normaux, la rencontre d’un homme et d’une femme provoque ce qu’elle a ressenti sans bien l’identifier. Ce fut comme si toute son existence jusque là était devenue vaine, réduite à néant. Elle avait fini par succomber à quelqu’un. Par accident, juste comme cela, puisque c’était de cette manière que ce genre de choses arrivait : sans faire exprès, ça nous tombait dessus et après, il ne nous restait plus qu’à faire avec. Parce que nous étions grands, après tout. Nous pouvions gérer cela. Sans prendre conscience de ce qu’elle faisait, elle entoura le cou d’Ellan de ses bras et posa sa tête contre sa clavicule, écoutant son cœur battre posément pour ignorer le sien, un peu trop agité à son goût.

- Je suis désolée, monsieur Kyper, de devoir apparaître une nouvelle fois si étrange mais je crois que si je ne m’accroche pas à vous, je tombe.

Tombe amoureuse, susurra son esprit et elle ferma les yeux pour ne pas y penser. Elle y avait échappé durant vingt-cinq ans. Elle pouvait bien continuer à feindre cela quelques temps. Le temps qu’elle oublie Ellan Kyper puisque c’était l’unique façon qu’elle avait de retrouver ses esprits et de redevenir la glacée et glaçante Sophia Leiden. Certes, penser cela alors qu’elle se tient à lui comme un enfant à sa peluche préférée était bien simple et ironique mais elle se disait qu’un instant de paix ne pouvait pas faire de mal. C'était un quart de siècle d'autosuffisance qu'Ellan Kyper menaçait de briser.


14/17

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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Lun 13 Fév - 22:18

Sophia hocha la tête, certainement pour confirmer qu’elle me croyait. C’était sec et direct, mais au moins elle savait que je ne mentais pas. Du moins, je l’espérais. Mon regard suivi la main qu’elle se passa dans les cheveux et n’arriva qu’à trouver de nouveaux attraits à la jeune femme. Elle semblait si délicate, telle une poupée. Oui, c’était bien ça. Une poupée de porcelaine, mais non au teint blafard qu’elles ont habituellement. Elle était pourtant bien une réelle jeune femme, et pas n’importe laquelle. Je n’avais souvenir d’une rencontre si poignante auparavant. Elle éclipsait tous ceux que je connaissais, et je savais d’ores et déjà que son sourire me ravirait au plus au point. Et certainement que d’entendre rire serait également un délice. Mais qu’est-ce qui m’arrivait ? Je ne voulais surtout pas la brusquer, juste envie de la serrer dans mes bras. Ce qui était déplacé, et donc chose que je pouvais oublier. Mais il me semblait qu’elle allait s’écrouler, les yeux présentement rivés sur le bitume. Les relevant sur moi, je croisais ses prunelles des yeux et me sentis sourire doucement sans pouvoir m’en empêcher. Ca devenait un tic. J’allais bientôt pouvoir tourner une pub pour dentifrice à force de sourire. J’hésitais encore entre Colgate et Freedent.

Le fait que mon cou soit subitement et sans préavis entouré des bras de Sophia qui s’était rapprochée pour ce faire, et sa tête tout contre ma poitrine, m’arracha à des pensées qui allaient vers de mauvaises vannes. La jeune femme avait le don pour agir d’une façon à laquelle je ne m’attendais en aucun cas. Et c’était encore peu dire.

- Je suis désolée, monsieur Kyper, de devoir apparaître une nouvelle fois si étrange mais je crois que si je ne m’accroche pas à vous, je tombe.

La situation pouvait avoir un côté très étrange pour quelqu’un ne faisant que nous observer. Mais nous étions capables de voyager dans le temps et je venais de Vénus. Et apprendre ces deux faits peut chambouler n’importe qui. Certes, avant ce matin, Sophia Leiden ne faisait même pas partie de ma vie. Mais c’était le cas à présent. Et je comptais bien que ça le demeure. Alors après plusieurs secondes, je me décidais enfin à doucement passer mes bras autour de la jeune femme puis à les joindre dans son dos. Je craignais encore malgré tout qu’elle ne décampe en hurlant au pervers, ou quelque chose de ce genre, mais comme elle avait fait le premier pas, rester de marbre me semblait tout à fait inapproprié et peu amical. Or, je cherchais à me fondre dans la masse et si possible à être sympathique au passage. Je m’appliquais à ne pas resserrer mon étreinte bien que j’en avais terriblement envie. Je ne savais pas ce qu’il me prenait. Je n’étais pas comme ça, habituellement. On disait bien de moi, il me semblait, que j’étais quelqu’un de relativement convivial. Mais ces envies… C’était fort troublant. Sophia était, cela va sans dire, quelqu’un d’à part, de spécial. Et je n’avais peut-être pas encore bien conscience de ce fait. Mais je commençais déjà à me rendre compte que la jeune femme ne serait pas une simple connaissance. Notre relation ne pouvait pas en rester là. Du moins, je ne voulais pas qu’elle en reste là. Je voulais devenir son ami, une personne à qui elle pourrait faire confiance. Histoire qu’elle n’ait pas à vérifier par elle-même ce que je tentais de lui montrer. Mais cela ne se réalisait pas en un claquement de doigt. Et peut-être que je faisais tout un foin de peu de choses. Je n’étais plus certain de rien. Mais le moment n’était pas à réfléchir, plutôt à apprécier ce qu’il se passait.

Plusieurs secondes ou plusieurs minutes passèrent avant que doucement Sophia retire ses bras, et je la lâchais aussitôt, soucieux de ne pas la retenir contre son gré. Elle se recula légèrement, les yeux un instant baissés avant de revenir sur mon visage. Elle ne paraissait pas aller très bien et je m’enquis donc aussitôt de savoir si c’était le cas. Elle répondit par l’affirmative, mais un pli barrait mon front. Elle avait dû digérer un bon nombre d’informations ce soir, et s’était déjà sentie mal une fois au restaurant. La brune avait sans aucun doute besoin de repos.

- Je vais vous raccompagner chez vous, si vous le permettez, mademoiselle Leiden. Ou au moins jusqu’à un taxi. Vous n’avez vraiment pas l’air dans votre assiette.

J’avais bien ri de l’expression en la découvrant. Pour moi, il n’était concevable d’être dans son assiette, au sens propre du terme et même si c’était une expression, je m’imaginais toujours quelqu’un essayant d’aller se loger entre des légumes sur une assiette. Mais la situation ne me prêtait pas à rire, je m’en faisais réellement pour Sophia, comme je l’aurais fait pour n’importe qui.

- Vous pouvez prendre mon bras et vous appuyer sur moi, fis-je en joignant le geste à la parole, c’est-à-dire que je plaçais mon bras droit de façon à ce qu’elle puisse y passer le sien pour avoir un appui. Il me semble que des taxis circulent encore à cette heure et qu’il ne sera pas trop difficile d’en trouver un.

J’attendais de voir sa réaction. Néanmoins je me promis de la suivre s’il le fallait et de m’assurer qu’elle rentrait bien chez elle où elle pourrait se reposer. Loin de moi l’idée de vouloir à tout prix écourter notre… rendez-vous. Mais la santé de la jeune femme primait pour moi. Et j’espérais bien qu’elle le comprendrait ainsi.

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Dernière édition par Ellan Kyper le Mar 9 Avr - 20:54, édité 1 fois
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Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux

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