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 Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux

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    Date de Naissance : 05/03/1988







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MessageSujet: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 20 Fév - 16:29

Les mains posées de part et d’autre du lavabo de ma salle de bains, j’observais mon visage ruisselant d’eau dans le miroir. Un pli soucieux formait une ride sur mon front malgré le fait que je me sois partiellement calmé. Une fois rentré de ma visite à l’aéroport, je m’étais décidé à mettre mes projets à exécution et étais donc reparti sur Vénus. J’avais pu profiter des heures passées à mon haut appartement pour mettre au point les derniers réglages, et avais ainsi pu m’arranger de façon à apparaître à un endroit précis. Sur Terre, Londres m’était apparu comme évident et j’avais choisi ma ville de résidence sur Vénus. Par contre, je n’avais pas encore réussi à programmer pour un endroit précis dans la ville, je pouvais donc atterrir n’importe où. Mais cela ne me faisait pas peur. Je connaissais la métropole comme ma poche.

Cependant, plusieurs choses ne s’étaient pas exactement déroulées comme je l’imaginais. Voire même pas du tout. Ma famille étant absente, je n’avais pu que leur laisser un message et j’avais du changer mes plans qui étaient à la base, de leur rendre visite. Et vu l’ampleur du rangement qui m’attendait dans mon bureau, ce n’était pas plus mal d’ailleurs. J’avais alors commencé par cela avant de brusquement me rendre compte que je n’étais pas revenu pour mettre mon bureau en ordre mais plutôt pour prendre des nouvelles de ma famille et du monde. En sortant, j’avais réalisé combien nous étions avancés au niveau technologique mais également que nos paysages s’étaient nettement dégradés avec le temps. Tout n’était que grisaille, malgré les couleurs flamboyantes des panneaux, affiches ou autres. La nature n’était maintenant réduite qu’à des parcs protégés et cela me désolait. Nombre de Vénusiens, ayant vécu depuis toujours ainsi, n’y prenaient pas garde et les visites scolaires effectuées dans les parcs volcaniques étaient plutôt une sortie amusante et un moyen de ne pas avoir cours qu’autre chose. Je m’en étais rendu compte dès mon arrivée sur Terre : notre planète n’avait rien d’enviable au point de vue naturel. Alors que la planète bleue recelait de paysages en tous genres. Et le simple fait de les avoir vues au travers de photographies ou simplement décrits démontrait que les Terriens avaient bien de la chance, sans forcément s’en rendre compte.

Après ma constatation et les différences que je venais d’observer, je me concentrais néanmoins à apprendre ce qui avait bien pu se passer en mon absence. Quelque technologie avait encore été découverte et des politiciens avaient débattu sur une chose totalement futile de mon point de vue. La vie avait poursuivi son cours. Au fond, rien n’avait réellement changé. Notre planète était en perpétuelle évolution mais beaucoup ne prenaient pas conscience du fait que si nous ne prenions pas soin de la nature, nous avions toutes les chances de mettre fin à la vie sur Vénus. Il était déjà exceptionnel que nous puissions vivre dans des conditions climatiques comme celles que nous avions, du point de vue des Terriens. Mais en réalité, nous y étions habitués, étions même conçu pour cela. Contrairement aux Terriens qui respiraient de l’air dans le but d’absorber du dioxygène et rejetaient le dioxyde de carbone, nous vivions de ce dernier puisqu’il était présent à plus de 95% sur Vénus. Il était d’ailleurs étonnant que mon métabolisme se soit adapté aussi rapidement à l’air de la planète bleue. Les températures qui pouvaient apparaître comme extrêmement élevées sur Terre étaient de coutume pour nous. J’avais pu constater la douce chaleur en été à Londres qui équivalait à celle d’un hiver chez nous et je m’inquiétais d’ailleurs à l’approche de la saison froide ici. Mais si je pouvais arriver à respirer convenablement, j’arriverai sûrement m’habituer à cela aussi, même progressivement.

Ce faisant, je chassais mes sombres pensées concernant Vénus et achevais de me préparer en vue de la soirée qui m’attendait. Je songeais à Sophia qui avait sûrement dû affronter les sourires en coin et diverses remarques. Mais j’étais persuadé qu’elle avait pu s’en tirer d’une façon ou d’une autre. Il m’avait suffit d’entendre la résignation du jeune homme, même au bout du talkie-walkie, qui l’avait remplacé pour la visite pour me faire une idée du respect et de l’autorité qu’elle exerçait sur ses collègues. Je lui faisais donc tout à fait confiance pour avoir trouvé une excuse plausible. Voire même pour leur avoir cloué le bec avec une bonne répartie. Je souriais tout en finissant de boutonner la chemise d’un blanc immaculé que j’avais enfilé. Je lissais mon jean d’un geste automatique et pris une veste noire au passage. Je pris à peine le temps de barrer ma porte, sachant pertinemment que personne ne monterait jusque là. Je fis comme à mon habitude et descendais à une vitesse stupéfiante pour tout humain originaire de Terre qui se respectait, les étages pour la plupart inoccupés car trop hauts ou en cours de rénovation pour certains. La vitesse m’enivrait, je prenais toujours plaisir à profiter de cet instant volé pour redevenir complètement moi-même et user de mes capacités. Cependant, je pris le temps et le soin de descendre les marches arrivé à un certain niveau.

La soudaine fraîcheur m’étonna, le temps avait changé considérablement en quelques heures, et la température était plus douce que le matin même. Malgré le fait que pour les gens d’ici, c’était relativement agréable, cela me fit frissonner. Revenant de la chaude planète Vénus, il m’apparaissait normal que j’en tremble. Mais cela le semblerait beaucoup moins pour les passants et pour Sophia. Même quelqu’un de frileux n’avait pas froid ainsi. J’avais donc tout intérêt à me calmer et à reprendre le contrôle de moi-même.

Nous avions convenu avec Sophia de nous retrouver dans un restaurant que j’affectionnais tout particulièrement. J’avais pris habitude d’y aller de temps à autre, quand le cœur m’en disait et que j’avais besoin de me sentir un peu moins seul, tout d’un coup. Le propriétaire était extrêmement sympathique et c’était ce qui me faisait revenir à chaque fois en plus de la cuisine de qualité. Et puis, je n’avais pas tellement pris le temps de découvrir d’éventuels autres lieux, m’étant de suite senti à l’aise dans l’auberge susmentionnée. Ainsi donc, j’avais prié la jeune femme de me rejoindre là-bas en espérant que cela lui plairait.

Consultant ma montre, je constatais que j’étais largement en avance et en profitais pour me changer les idées en me baladant. Je pris la direction du centre ville avant de dévier vers la Tamise. Le fleuve long de 346 km passait par Londres et malgré sa largeur, de nombreux ponts de la capitale la surmontent. Arrivé à destination, soit sur la rive sud du fleuve, dans la zone communément appelée South Bank à proximité de la Gare de Waterloo, je me contentais d’observer l’immense cours d’eau tout en ne cessant de marcher. Un doux effluve marin me chatouillait le visage et l’air iodé se faisait sentir. Mais c’était en tout point agréable et je pus me vider complètement l’esprit. Plus aucun problème, simplement prendre le loisir de laisser porter mon regard sur un paysage totalement sublime. Les gens ne prenaient pas assez le temps de s’arrêter pour observer les bienfaits de la nature sur cette planète. Mais comment pourrais-je leur en vouloir alors que nous étions semblables ? Vénus et la Terre étaient dites comme similaires, des planètes jumelles. Et pourtant, nombre de différences considérables nous distinguaient. Cependant, il fallait s’avouer que les habitants en tout cas se ressemblaient.

Soupirant, je me détournais de l’immense étendue bleutée pour reprendre la direction des rues plus fréquentées de Londres. Il était temps de reprendre pied à la réalité. Et en ce moment-même, elle m’apparaissait comme étant étrangement sereine. Peut-être étaient-ce le rendez-vous prévu avec Sophia ainsi que cette vision qui me rendaient aussi calme, toujours était-il que cela me convenait parfaitement.

Il ne me fallut qu’une quinzaine de minutes pour arriver face à notre point de rendez-vous, soit à Covent Garden. Place réputée car étant à proximité du Royal Opera House, elle pouvait se révéler dangereuse si l’on ne prenait pas garde à l’endroit où nos pieds nous menaient. Le sourire aux lèvres, je poussais les battants et pénétrais dans la salle pourvue de tables de diverses tailles et des chaises allant de paire. Je saluais au passage le gérant qui passait par-là et après quelques minutes de discussion, pris place à une table pour deux personnes, à la fois assez éloignée de la porte – j’avais encore des frissons dans le dos – mais visible pour que Sophia ne me cherche pas non plus longtemps. Tournant mon bras de façon à pouvoir lire l’heure, je notais que Sophia ne devrait pas tarder, une dizaine de minutes tout au plus si elle arrivait à l’heure. J’étais parfaitement dans les temps. Il me suffisait d’attendre. Et pendant ce temps-là, mes pensées avaient toute la liberté de gamberger. Bien qu’elles revenaient systématiquement à la personne avec laquelle j’allais dîner ce soir.

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- Amour : sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes. Ils oublient la jalousie, le manque, l'envie constante d'être avec l'autre... Tu te rends compte que ce truc a complètement pris possession de mon esprit ?
- Belle façon de me déclarer que tu m'aimes, ma chérie.



Dernière édition par Ellan Kyper le Mar 9 Avr - 20:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 20 Fév - 16:34

Le choix d'aimer
Sollan II


Le regard plongé dans son miroir, Sophia observait avec circonspection sa tenue qui, sans être habillée, était tout à fait correcte. La robe noire dont elle était vêtue n’avait pas de bretelles, découvrait ses épaules et ses bras sans être vulgaire, était serrée par une fine ceinture en cuir au niveau de la taille et descendait jusqu'à ses genoux en se resserrant légèrement afin de souligner la finesse des jambes de la jeune femme. Laquelle se demandait pour la énième fois de l'après-midi comment diable avait-elle pu en arriver, là. Lorsqu'elle s'était levée ce matin, c'était en pensant qu'une fois sa maudite tâche de guide faite, elle pourrait tranquillement finir ses rapports et ses prévisions, comme d'habitude, et là, il se trouvait qu'elle avait en vérité passer une partie de son après-midi à menacer les techniciens du service vidéo pour qu'ils effacent -illégalement, certes, mais aux grands maux, les grands remèdes- les films sur lesquels elle se trouvait en compagnie d'Ellan, une autre partie à convaincre sa collègue Jenny Saint-James de lui prêter une robe et la dernière à se préparer avec anxiété après avoir reçu l'appel tant attendu d'Ellan. Qui n'était donc pas le fruit de son imagination, au demeurant toujours inexistante. Et ces quatre faits perturbaient vraiment Sophia, bien qu'elle sache au fond d'elle que c'était surtout sa rencontre du matin qui la troublait autant.

Décidée à ne pas perdre pied dans la réalité, elle passa une main dans ses cheveux en se demandant s'il était nécessaire qu'elle fasse quelque chose pour eux avant d'attraper sa brosse pour les démêler patiemment. Sauf qu'à force d'effectuer le même mouvement, son esprit se détacha de ce qu'il faisait et recommença à penser à Ellan. Le jeune homme semblait si différent des autres que ça en été enivrant aux yeux de Sophia qui s'était toujours considérée comme une paria, condamnée à la solitude. Même si le fait de ne pas avoir à supporter les autres plus que nécessaire, était loin d'être une condamnation pour elle. Ils étaient si futiles que ça en devenait profondément agaçant, cependant, elle n’aurait jamais cru que la visite qu’elle avait été obligée à faire, finirait aussi bien. D’ailleurs, elle n’avait même pas réellement fait la visite et ses supérieurs n’avaient pas commenté le fait, sûrement trop heureux que leur employée si détonante par rapport aux autres, se trouve un aspect relativement normal. En tout cas, c’est l’explication qu’avait utilisé Jenny pour consentir à lui prêter une robe.

Ses cheveux désormais démêlés, Sophia reposa la brosse sur sa commode et reprit attentivement son observation. Le reflet que lui renvoyait la glace était plus satisfaisant, désormais. Avec un petit hochement de tête à sa propre encontre, elle s’accorda un dernier regard et attrapa ensuite son ordinateur portable, posé sur le fauteuil près de son lit, afin de lancer une recherche sur les sujets de conversation usuels dans un rendez-vous mais le résultat ne fut pas concluant, étant donné qu’il était surtout conseiller d’apprendre à connaître l’autre, ce qui était assez évident pour quiconque n’était pas handicapé social. Poussant un soupir, la jeune femme ouvrit alors un logiciel de traitement de texte et commença à difficilement lister les questions qu’elle pourrait poser à son nouveau compagnon, en essayant de se rappeler les rudiments sociaux que sa mère lui avait jadis enseigné. Mais finalement ce fut les questions qui s’étaient manifestées durant sa rencontre avec le jeune homme qui l’aidèrent.

- D’où venez-vous ?

L’accent qu’il avait et qu’elle n’avait toujours pas réussi à identifier l’agaçait prodigieusement. A un tel point qu’elle avait même pensé un instant qu’il était du à une déformation de son larynx mais le fait que sa voix ne soit pas touchée avait aussitôt éliminé l’hypothèse.

- Que faites-vous dans la vie ?

C’était une question bateau mais on apprenait beaucoup de choses à travers le métier qu’exerçaient les gens. Sur leur parcours, notamment. Peut-être que l’accent étrange découlait du fait qu’Ellan parle beaucoup de langues et trop souvent, ce qui pourrait faire s’embrouiller son cerveau.

-Qu’est-ce qui vous a incité à venir aux portes ouvertes de l’aéroport ?

Aux yeux de Sophia, c’était un mystère. Plus encore que l’accent parce que le jeune homme n’avait pas protesté lorsqu’elle l’avait pris à part,ce qui n’était pas logique s’il voulait découvrir mieux l’endroit. Donc
c’était par conséquent une question à éclairer et le plus rapidement possible.

- Pourquoi avez-vous choisi cet endroit pour diner ?

En se relisant, la jeune femme trouva que cette question faisait plus interrogatoire de police que question pouvant être posée avec civilité alors elle l’effaça en soupirant, sans en trouver une autre pour la remplacer.

Elle ne voyait décidément pas ce qui pouvait faire tenir une conversation pendant des heures, quand elle était l’un des partis concernés. Ses centres d’intérêts étaient la psychologie humaine et le subconscient, humain également, mais elle n’avait jamais fait parti des cobayes qu’elle étudiait. Habituellement, elle n’était qu’observatrice des interactions entre humains et ses observations finissaient analysées à l’extrême afin de servir la tâche qui lui avait été fixée. Les autres étaient pour elle un sujet d’étude, pas un exemple à suivre mais Ellan l’avait pourtant faite entrer dans cette dimension autrefois si lointaine. Elle pouvait toutefois encore refuser l’invitation en retirant sa robe et en restant chez elle à travailler, comme tous les soirs. Elle n’était même pas obligée de prévenir le jeune homme, en plus, étant donné que si elle faisait ça, elle ne ferait plus rien pour le revoir. Après, peut-être que lui chercherait à avoir le fin mot de l’histoire mais, elle n’était également pas forcée de lui répondre. Certes, c’était faire preuve d’impolitesse mais n’avait-il pas été impoli d’entrer brusquement dans son univers, en le chamboulant, et sans même le faire exprès ?

Sophia n’arriva pas à approuver cette question, parfaitement consciente que si elle était présentement dans cette situation c’était de sa faute. Ellan n’avait rien demandé, elle s’était littéralement jetée sur lui. Il n’avait fait que suivre le mouvement et c’était bien ça le problème, d’un côté. De ce qu’elle se souvenait de ses études sur son entourage, ce genre de comportement dénotait d’une certaine attirance et comme il semblait qu’elle était aussi attirée par lui… Ca signifiait qu’ils avaient été victimes d’une sorte de coup de foudre absurde. Chose qui n’existait logiquement pas. Evidemment, le phénomène avait été approximativement expliqué par toutes sortes d’experts en neurologie mais il restait tout de même une part d’imaginaire au concept, ce qui faisait que Sophia n’y croyait pas. Mais elle ne pouvait nier qu’il y avait indubitablement eu une réaction chimique entre leurs hormones. Une fichue réaction chimique, corrigea-t-elle en lançant l’impression de sa courte liste, désormais définitivement résignée à se rendre au rendez-vous.

Pendant que les trois questions s’imprimaient, elle se baissa pour attraper une paire d’escarpins sous son lit et les enfila, en équilibre sur une jambe, puis elle se saisit de l’imprimé et gagna son hall où elle passa une veste avant de filer hors de son appartement, en claquant la porte. Elle y rerentra une seconde plus tard, après s’être rendue compte qu’elle avait oublié son sac. Saisissant ce dernier, elle croisa son reflet dans le miroir de l’entrée et un pincement naquit dans son cœur lorsqu’elle se demanda si elle plairait à Ellan. Ne désirant pas s’attarder sur la question, elle refit claquer sa porte d’entrée et descendit posément les marches qui menaient à l’extérieur de l’immeuble avant d’arrêter le premier taxi passant à sa portée. Installée dans l’habitacle, après avoir relu quatre fois sa liste, elle se mit à observer le paysage défiler en ne pouvant réprimer des images concernant Ellan. Et les réactions qu’elle avait eues. Régulièrement, son esprit revenait à la conclusion que tout ceci était vraiment trop irréaliste pour durer. La soirée ne pouvait pas bien se dérouler, c’était impossible. Il allait forcément y avoir quelque chose qui allait coincer quelque part, ce qui lui permettrait de reprendre sa vie habituelle en oubliant cet épisode imprévu. La boule de stress qui était née un peu plus tôt dans son ventre devint liquide et le malaise de Sophia s’accrut, sans qu’elle n’arrive à cerner pourquoi.

Ouvrant la vitre de sa portière afin de se calmer avec l’air frais, elle se prit à espérer que le taxi ne s’arrête jamais. Sauf que cet espoir avait tout pour être vain et deux minutes plus tard, le véhicule s’immobilisait dans le centre-ville à proximité du restaurant où elle avait rendez-vous. Après avoir payé le chauffeur et mobilisé son courage, la jeune femme quitta le taxi pour se diriger vers l’enseigne qui lui avait été précédemment indiquée. Son pas semblait aussi confiant que d’habitude mais l’anxiété que ressentait Sophia était toujours présente en son sein. Une fois encore, elle pensa qu’il n’était pas encore trop tard pour ne pas franchir les derniers mètres la séparant hypothétiquement d’Ellan mais son corps ne sembla pas du même avis et elle poussa mécaniquement la porte de l’auberge. Une serveuse l’accueillit avec un sourire, lui demandant si elle mangerait seule et pour l’une des rares fois de son existence, elle nia de la tête tout en cherchant son compagnon du regard. Elle ne mit pas longtemps à le trouver et le désigna d’un geste de la main avant de s’avancer vers lui, un sourire sur les lèvres. Toute la crainte qu’elle avait ressentie s’était évanouie devant l’expression pensive qu’arborait Ellan. Elle ne savait pas s’il l’avait vue dès le début mais, quoiqu’il en soit, il se leva pour la saluer quand elle arriva devant la table, un sourire identique au sien sur le visage, et la jeune femme sut qu’elle avait bien fait de venir.

Prenant place face à lui, elle le détailla brièvement du regard, appréciant le goût neutre mais efficace qu’il avait au niveau vestimentaire tout en se remettant en mémoire les trois questions qu’elle avait trouvées tout à l’heure. Toutefois, elle ne savait pas comment engager la conversation. L’anxiété qu’elle avait ressentie avant de pénétrer dans l’auberge se fit de nouveau ressentir. Une de ses mains commença à tortiller nerveusement une mèche de cheveux puis elle décida de se lancer à l’eau, ne sachant pas très bien ce que le silence qui s’était instauré signifiait mais ne supportant pas l’idée de redevenir nerveuse à cause d’Ellan :

- Au fait, puis-je vous poser une question ? Du moins, une autre que celle-ci, évidemment.

Il hocha immédiatement la tête, l’air intrigué et elle se dit pour la seconde fois de la journée qu’il avait un charme qui ne pouvait décemment laisser personne de marbre. Elle se demanda aussitôt après s’il en avait conscience mais se rappela qu’il avait paru surpris, lorsque ce matin elle avait fait la gaffe de ne pas réfléchir avant de parler. L’expression curieuse se renforça sur le visage de son charmant interlocuteur et elle se souvint, avec une certaine consternation liée à la dérive de ses pensées, qu’elle avait une question à poser.

- J’ai noté que vous aviez un accent, serait-ce indiscret si je vous en demandais son origine ?

L’intonation de sa voix trahissait l’intérêt qu’elle éprouvait pour le sujet et elle essaya d’atténuer cela avec un sourire approximativement gêné. La question ne parut cependant pas surprendre Ellan plus qu’il ne le fallait et Sophia se rasséréna, même si elle ne pouvait s’empêcher de trouver tout à fait absurde qu’il ait une influence telle sur elle. Avant la fin de la soirée, la situation se sera inversée ou son égo ne le supportera pas, peu importe le charme que le jeune homme avait encore en réserve.


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Dernière édition par Sophia Leiden le Lun 2 Mai - 17:34, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Dim 27 Mar - 15:02

Mes pensées prenaient un tournant que j’étais loin d’apprécier puisqu’elles m’obligeaient à réfléchir à mon passé, aux actions que j’aurais pu accomplir si jamais je ne m’étais pas décidé sur un coup de tête à atteindre la Terre. Vénus m’avait apparue dans toute son horreur par rapport à la Terre. J’avais eu l’occasion de visiter le passé comme ce qu’il allait advenir de cette dernière. Et pour mon plus grand malheur, Vénus n’était qu’une pâle copie du prochain futur terrien. Les deux planètes dites jumelles se ressemblaient bien pour ce point : leurs habitants ne prenaient pas soin de la nature et c’est sans aucun doute ce qui causera la perte de tout être vivant si des mesures ne sont pas prises à temps. Si seulement j’étais resté sur ma planète d’origine, si je ne m’étais pas lancé, j’aurais peut-être pu essayer d’arranger ça. On m’avait souvent dit et répété que les gens m’écoutaient en général, que je pouvais arriver à les raisonner, que je ne me rendais pas compte du talent qui sommeillait en moi. Les dires des autres avaient finalement réussi à m’atteindre et c’était certainement pour cette raison que toutes sortes de pensées comme de questions de ce genre défilaient dans ma tête, s’engrangeaient et se multipliaient. Jusqu’à ce que la personne que j’attendais se poste face à moi et qu’une seule pensée persiste : ma venue sur Terre m’avait permis de rencontrer Sophia et pour rien au monde, si j’avais dû revenir en arrière, je n’aurais changé mon choix. Puisque c’était bien ce que j’avais fait, un choix. Et c’était grâce à la jeune femme qui me faisait face que je venais d’en prendre pleinement conscience.

Sourire aux lèvres, je me levais pour la saluer et l’inviter à s’asseoir. Suivant mes conseils, elle s’était revêtue d’une magnifique robe qui lui allait à ravir. D’un noir d’ébène, elle mettait ses formes en valeur de par l’absence de bretelles. La ceinture de cuir révélait sa taille délicate tout comme l’étoffe descendant en se resserrant me permettait d’admirer les longues jambes toutes en finesse de la jeune femme. Chaussée d’escarpins, elle ne vacilla pas une seule fois, restant maîtresse de ses actes comme de son expression. Retirant sa veste car la chaleur du restaurant le permettait tout à fait, je pus découvrir à la fois ses bras comme ses épaules nus mais d’une façon tout à fait charmante, ce qui semblait faire partie intégrante de Sophia. Celle-ci avait également dû passer du temps à démêler ses cheveux car ceux-ci descendaient en une parfaite cascade de boucles le long de son dos. Elle était tout simplement sublime et à sa seule vue elle était parvenue à me faire oublier tout autre éventuel souci. Si l’on m’avait dit le matin même que je ferais une rencontre qui bouleverserait à jamais ma vie, j’aurais sans doute rit au nez de cette personne, convaincu qu’il me fallait rester discret et que je n’étais remarquable d’aucune manière. Finalement, j’avais fini par être forcé de croire que tout était bien possible, qu’une telle personne retiendrait suffisamment mon attention pour que je me décide à l’inviter à la revoir mais également qu’elle accepte. Sa subite déclaration quant à mon charme avait sans doute eu son petit effet et contribué d’une certaine façon à ce que je lui propose un dîner au restaurant. Mais au fond, je savais qu’à partir du moment où nous nous étions retrouvés seuls, j’avais éprouvé l’envie de la revoir. Elle était différente des autres, de part certainement son caractère déterminé et intellectuel mais aussi à la façon dont elle s’était tout de même souciée qu’une tierce personne s’était mise à l’écart lors de sa visite. Elle le montrait peut-être moins que d’autres mais sa part d’humanité était bien présente. Et je n’aurais su dire pour quelle raison mon cœur s’emballait soudainement à sa vue, ne l’ayant jamais ressenti auparavant, mais j’étais certain que quoiqu’il puisse se passer durant ce dîner, nous serions amenés à nous revoir. Je me refusais à penser que je pouvais éprouver une sorte d’amour pour Sophia, ne la connaissant que depuis peu. J’avais toujours cru en l’amour, en ce sentiment si fort et pour moi, il était possible d’aimer une même personne de longues années durant. C’est un choix, et un choix quotidien. Mais je ne l’avais jamais cherché véritablement. Etait-il simplement envisageable que je puisse avoir été victime de ce que l’on appelait communément un coup de foudre ? Mon esprit logique se défendait à croire à pareille hypothèse mais mon cœur n’était certainement pas du même avis puisqu’il continuait à battre anormalement rapidement…

Un léger silence avait pris place en quelques secondes seulement. Sophia qui affichait un air tout à fait empreint de bonheur à l’instant précédent, arborait dorénavant une mine quelque peu soucieuse et nerveuse. S’emparant d’une mèche de cheveux, elle entreprit de l’enrouler autour de son doigt et je pus constater qu’elle semblait comme mal à l’aise. Je me demandais comment l’aborder quand elle me devança :

- Au fait, puis-je vous poser une question ? Du moins, une autre que celle-ci, évidemment.

L’esprit toujours d’une parfaite logique de la jeune femme me fit sourire intérieurement. Toute autre personne n’aurait sans doute pris le soin de préciser la seconde partie de ses propos et cela me rasséréna quelque peu. Hochant la tête, intrigué tout de même, je me tus et attendis patiemment que la demande ne survienne. Mon étonnement comme ma curiosité se renforcèrent puisque Sophia semblait perdue dans ses pensées. Peut-être réfléchissait-elle à la façon dont formuler sa question ? C’est en tout cas l’hypothèse la plus valable et je n’ajoutais donc rien. Mon esprit carburait et analysait ce sur quoi elle pouvait bien s’interroger. Je me repassais en mémoire notre rencontre et ce que j’avais bien pu dire. Peut-être s’était-elle rendue compte de ma brusque absence lorsque j’avais consulté brièvement un plan ? Ou alors se demandait-elle la raison pour laquelle j’étais venu à l’aéroport en premier lieu ? Ou encore pourquoi donc l’avais-je suivi sans protester ou pourquoi ce restaurant en particulier ? Non, j’avais déjà apporté une sorte de réponse à la première partie de la question mais la seconde était concevable. Me triturer les méninges à chercher me paraissait une sorte de calvaire auquel elle mit fin :

- J’ai noté que vous aviez un accent, serait-ce indiscret si je vous en demandais son origine ?

Plus qu’autre chose, je perçus d’abord l’intérêt qu’elle portait à ma réponse en l’entendant prononcer sa question puis son sourire gêné qu’elle fit apparaître comme une sorte d’excuse. La portée même de la question ne me parvint que quelques secondes plus tard et je dus me maîtriser pour empêcher mon visage de se décomposer bien que la question ne m’étonne pas. J’étais conscient de m’être figé et que cela devait se voir comme le nez en plein milieu de la figure mais je ne pouvais faire mieux pour le moment. Je n’avais pas une seule seconde envisagé cette question alors qu’elle était celle que je me posais constamment depuis ces derniers temps : me remarquait-on à mon accent ? Et le fait que Sophia en demande l’origine confirmait mes doutes et mes craintes. Certes, il m’était tout à fait possible de mentir, de prétendre pratiquer une telle quantité de langues qu’il était donc pour moi difficile de dissimuler mon accent pour toutes. Et une certaine partie était véridique, la langue usuelle de Vénus étant loin d’être des plus simples tant au niveau de la grammaire que des différentes prononciations selon les lieux. Mais je ne voulais pas mentir. Pas à Sophia. Etant dotée d’une intelligence qui n’était pas donnée à tout le monde, il allait sans dire qu’elle mettrait bien moins de temps à comprendre que la moyenne mais cela ne l’empêchait en aucun cas à me prendre pour un fou et à me faire enfermer. Je me trouvais dans une sorte d’impasse. J’avais le choix entre tenter par tous les moyens possibles de grimper au mur qui me faisait face et de poursuivre ma route ou de faire machine arrière, de me retourner et revenir de là où je venais, rebrousser chemin. Mais on m’avait enseigné de bonnes valeurs depuis ma plus tendre enfance, je n’envisageais donc même pas d’opter pour cette seconde hypothèse. Seulement, dire la vérité d’une façon aussi abrupte que « Je viens de Vénus » me semblait difficile à digérer. Il fallait donc faire preuve de tact et de délicatesse tout en lui répondant honnêtement. Une tâche quelque peu ardue pour une sorte de premier rendez-vous. Néanmoins, je m’en savais capable. Il suffisait de trouver les bons mots. Et de constater ensuite la façon dont pouvait réagir la brunette.

- Je trouve cela tout à fait normal de se poser la question, commençais-je avec un sourire. Je vais donc y répondre avec franchise, et je tiens à vous prévenir que vous risquez de douter. C’est inévitable.

Je la vis ouvrir la bouche, certainement pour me contredire mais elle se ravisa et me laissa poursuivre. Prenant une grande inspiration, je réfléchis durant quelques instants à la façon dont formuler une explication qui pourrait ne pas paraître irrationnelle. Ne pas dériver du sujet tout en y allant en douceur. Soit quelque chose de bien plus simple à dire qu’à faire. Mais qui ne tente rien n’a rien, il fallait donc que j’essaie au moins.

- Je viens d’un endroit répertorié sur une seule carte, d’une ville dont personne ici même n’a jamais entendu parler excepté un petit lot de personnes, dis-je et je la vis froncer les sourcils mais elle ne fit rien pour m’interrompre. Je parle un dialecte que vous aurez bien dû mal à comprendre et à apprendre tant sa difficulté est élevée. Je n’ai appris l’anglais que depuis peu, ce qui explique mon accent que j’essaie de dissimuler autant que possible.

Je ne faisais que tourner autour du pot ainsi, mais je venais déjà de lui donner la raison principale quant à l’origine de mon accent. Après tout, sa demande ne portait pas sur mes origines en elles-mêmes mais sa formulation parlait pour elle et sous-entendait clairement que c’était bien le but de son interrogation. Prenant donc une grande inspiration, je me jetais à l’eau à mon tour :

- Mes origines ne sont pas terriennes. Je… je viens d’une autre planète. Vénus pour être exact.

Se passèrent de longues secondes m’apparaissant comme démultipliées et s’étirant indéfiniment. Le visage de Sophia passa successivement par l’étonnement, une sorte de crainte, la curiosité et d’énormément d’autres expressions que je ne parvenais à saisir. Elle ne répondait rien et je laissais échapper un soupir d’entre mes lèvres, restant néanmoins droit, les coudes posés sur la table et les mains jointes. L’absence de réaction – fuite, appel à un hôpital psychiatrique ou autre – comme de sentiment fixe ne m’aidait en rien. Je ne savais comment réagir. Finalement, avec un sourire, j’ajoutais, un brin désolé :

- Je vous avais dit que vous douteriez.

Constater que j’avais raison était loin de m’apporter satisfaction, au contraire. J’avais tout misé sur l’honnêteté sans vraiment m’attendre à une réaction positive. Elle devait probablement me prendre pour un fou échappé de l’asile et elle aurait probablement raison de l’envisager. Mais ce n’était pas le cas. Il fallait que je lui prouve mes dires tout en ne sabotant pas la soirée qui s’annonçait fantastique. Ma vitesse démesurée n’était même pas concevable d’être montrée avec autant de terriens alentours. Parler restait alors pour le moment la meilleure solution.

- Vous avez toutes les raisons de ne pas me croire. Mais vous êtes intelligente et envers et contre toute logique, je suis pourtant Vénusien tout comme vous êtes Terrienne. Nous sommes humains tout comme vous, mais nous avons quelques capacités en plus. Peut-être est-ce dû au fait que notre métabolisme soit adapté à respirer du dioxyde de carbone ou est-ce complètement autre chose. Toujours est-il que nous existons bel et bien. Vous avez pu vous apercevoir vous-même d’une brève absence de ma part lorsque nous montions prendre un café. Eh bien c’est dû à ma vitesse qui est plus importante que n’importe quel habitant de Terre. Je ne peux vous montrer concrètement ici-même ce dont je suis capable. Libre à vous dorénavant de me croire ou non.

J’espérais de toutes mes forces que cela soit le cas, que la seule personne étrangère aux Vagabonds du futur – bien au courant de notre existence – me croit. Je lui demandais de me faire confiance, d’une certaine manière. Serais-je resté si l’on m’annonçait que mon vis-à-vis était loin d’être la personne que je croyais, que cette personne venait d’une autre planète alors que tous nous croient inexistants ? Aurais-je seulement cru cette personne ? Même en essayant de me mettre à la place de Sophia, je ne pouvais réagir pour elle, croire pour elle. C’était lui demander énormément alors qu’elle me connaissait à peine. Mais si elle acceptait seulement de me donner le bénéfice du doute, j’étais certain qu’elle ferait partie de mon cercle d’amis. Mais avec des « si » et des « mais », il est bien connu que l’on peut mettre Paris en bouteille, selon l’expression. Je ne faisais que supputer et essayer de me convaincre moi-même, au fond. La seule chose qui me restait à faire était donc de patienter, d’attendre une quelconque réaction de la jeune femme qui à cet instant précis paraissait troublée. Et elle avait bien des raisons de l’être…

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- Amour : sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes. Ils oublient la jalousie, le manque, l'envie constante d'être avec l'autre... Tu te rends compte que ce truc a complètement pris possession de mon esprit ?
- Belle façon de me déclarer que tu m'aimes, ma chérie.



Dernière édition par Ellan Kyper le Mar 9 Avr - 20:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Mar 3 Mai - 0:32


HAPPY

BIRTHDAY,

NALOU!



Le choix d'aimer
Sollan II


Un silence suivit sa question mais Sophia ne perçut pas une quelconque affliction naître sur le visage de son interlocuteur, qu’elle continuait d’attentivement observer, alors nulle inquiétude ne s’empara d’elle. Elle voyait de nouveau là la trop grande influence que possédait Ellan Kyper sur elle mais avait pour l’instant décidé de la mettre de côté pour simplement se concentrer sur le jeune homme qui se trouvait face à elle et qui n’avait toujours pas réagi. Peut-être était-il simplement un comédien hors-pair et cachait ainsi bien son jeu mais même si c’était cette possibilité qui se trouvait être juste, le fait qu’il se contrôle de cette façon impliquait qu’il ne désirait pas abandonner la courtoisie qui l’avait jusque là caractérisé… Et ce fait continuait donc à la rassurer, en l’empêchant de briser le silence, qui s’était instauré, pour annuler sa question indélicate.

L’immobilité étrange des traits du jeune homme sauta soudain aux yeux de la brune et elle remit immédiatement en doute le court raisonnement qu’elle venait d’avoir, en incluant ce nouveau paramètre dans sa pensée. Ellan était-il sous le choc ? Supposément. Il ne restait plus à la jeune femme qu’à essayer de déterminer les raisons de ce choc. La base étant l’origine de l’accent du châtain, il était légitime d’imaginer que la situation de l’endroit d’où il venait était critique ou difficile et qu’à cause de cela, se rappeler ses racines lui était douloureux. Il y avait aussi la possibilité que la question ait rappelé à lui un souvenir tout à fait autre. Sophia était parfaitement au courant du fait que certaines personnes, dotées le plus souvent d’un esprit en escaliers, établissaient rapidement des liens entre diverses choses : il suffisait ainsi qu’un mot de sa question ou même plus simplement que l’expression de son visage ait eu une résonnance dans l’esprit d’Ellan pour appeler d’autres images à lui. Des images qui pouvaient être, pour elle, tout à fait incongrues.

L’immobilité qui avait précédemment pris possession du jeune homme parut soudain se fissurer et Sophia eut l’impression de pouvoir voir un fil rapide et ininterrompu de pensées traverser les pupilles bleus océans de son vis-à-vis. Elle se demanda aussitôt ce à quoi il pouvait bien penser et si l’une des théories qu’elle venait de formuler était correcte mais s’abstint d’oraliser ces pensées, de crainte que cela empêche Ellan de fournir une réponse à sa précédente question. Néanmoins, l’inactivité ambiante commençait à l’ennuyer alors elle s’empressa de brancher son esprit sur la question de l’origine du jeune homme pour pallier à cela. Elle savait au fond d’elle-même qu’elle ne trouverait jamais la bonne réponse mais faisait fi de cette étrange certitude parce qu’elle ne savait pas d’où elle provenait précisément, même si elle avait une petite idée sur la question. L’origine des savoirs innés était unique et tenait en un mot et son pronom : l’inconscient. Une chose que Sophia détestait parce qu’elle était tout à fait incontrôlable, ce que la jeune femme jugeait parfaitement inacceptable. Même l’amour, on avait réussi à suffisamment le simplifier pour qu’il soit appréhendable sans difficultés, alors pourquoi l’inconscient résistait-il toujours autant ?!

La question sans réponse avait déjà rendu folle de rage plusieurs fois la brune ainsi, afin d’éviter de passer pour une folle furieuse devant Ellan, elle l’écarta fermement de son esprit et passa en revue les accents étrangers qu’elle avait déjà entendu, écartant d’office l’accent germanique car étant bilingue en cette langue et connaissant ainsi la sonorité que rendrait son accent en anglais, et se concentrant principalement sur les accents de l’hémisphère nord du fait du physique typé aryen d’Ellan. Elle savait qu’elle faisait peut-être un raccourci dangereux en considérant ce paramètre sous cet angle, notamment parce qu’elle-même était à moitié allemande et à moitié américaine et que cela ne pouvait pas se deviner d’office, ce qui impliquait que le jeune homme pouvait également être le fruit d’un métissage original mais elle avait besoin de cela pour restreindre son champ de recherches. En cas d’échec, elle se concentrerait ainsi sur les accents de l’hémisphère sud qu’elle connaissait et si sa démarche échouait une nouvelle fois, elle pourrait certainement cibler quelques secteurs inexploités comme lieux d’origines possibles de son interlocuteur.

Dans cette optique et en suivant scrupuleusement le plan logique qu’elle venait d’établir, elle exclut l’ensemble de l’Europe de l’Ouest, le Canada, le nord de l’Amérique du Sud, les pays Scandinaves, se heurta à une absence de connaissances des dialectes d’Europe de l’Est et d’Asie avant de douter au niveau de l’Afrique du Nord qu’elle finit par aussi écarter, et de concéder que nul accent de sa connaissance, au niveau de l’hémisphère nord, ne présentait de véritables similitudes avec celui d’Ellan. La frustration la gagnait tandis que son esprit appréhendait ce fait, surtout lorsqu’elle réalisait l’étendu de l’ensemble des savoirs qui lui manquait, alors elle passa à l’hémisphère sud avec un certain agacement interne, qu’elle prit soin de soigneusement dissimuler au fond d’elle pour ne pas que le jeune homme le prenne pour lui. Elle commença cette fois par l’Afrique qui l’avait précédemment mise en doute, se rendit une nouvelle fois compte qu’elle ne possédait pas de connaissances suffisantes au sujet des langues parlées sur Terre et passa avec une irritation croissante aux dialectes d’Amérique du Sud, ignorant l’Asie parce que s’étant déjà remémoré qu’elle avait des failles idiomatiques au sujet de ce secteur, sans parvenir à se décider pour une origine pour Ellan. Toutes les langues qu’elle avait passé en revue s’obstinaient à ne pas correspondre avec son objet de recherche et elle n’y pouvait rien. Au moins pouvait-elle désormais supposer que son interlocuteur venait de trois parties du monde : l’Asie, l’Europe de l’Est et l’Afrique, ce qui faisait de larges parcelles de territoire et ne l’aidait pas réellement, en fin de compte.

Elle s’aperçut brusquement qu’elle avait omis d’analyser les dialectes océaniens et se jeta mentalement sur eux avec l’énergie de l’égo contrarié, pour être une énième fois déçue par son manque de connaissance sur les différentes langues mondiales. En vérité, dans ce cas précis, ce qui lui faisait défaut étaient les dialectes propres aux petites îles autour de l’Australie, car elle était tout à fait au courant de ceux directement parlés au pays des Kangourous. Mentalement, elle nota de rapidement pallier aux entraves qu’elle venait de se découvrir et calma le rythme de ses doigts qui avaient continué de tortiller sa mèche de cheveux tout au long de sa réflexion pour revenir progressivement dans l’instant présent. Coïncidence ou instinct animal, ce fut le moment que choisit Ellan pour reprendre la parole avec un gentil sourire :

- Je trouve cela tout à fait normal de se poser la question.

Cette première phrase conforta Sophia dans son jugement du jeune homme : c’était définitivement bien l’un des êtres les plus charmants qu’elle avait eu l’occasion de côtoyer jusque là. Distraitement, elle se demanda si elle en aurait connu davantage en faisant plus attention à son entourage mais estima que non en se souvenant de toutes les déconvenues amoureuses que ses collègues se racontaient lors de leurs pauses. En terminant de régler cette question sans importance, elle réalisa avec une certaine brutalité que si elle avait choisi de se la poser, c’était pour éviter de constater que le sourire de son interlocuteur avait fait disparaître tout l’agacement naît en elle de ses raisonnements silencieux au sujet de son origine. Ce qui ne faisait que souligner une fois encore que quelque chose de spécial émanait d’Ellan et la touchait de plein fouet. La possibilité que cela soit lié à l’origine de son accent était importante et la brune se prit à espérer que ce fut le cas afin d’en plus soulager son égo meurtri par son incompétence en matière de langages, même si elle savait qu’elle ne rayerai pas pour autant le mémo mental qu’elle s’était précédemment fait à ce sujet.

- Je vais donc y répondre avec franchise, et je tiens à vous prévenir que vous risquez de douter. C’est inévitable.

La suite de la phrase était empreinte de bon sens mais aussi d’une certaine appréhension sous-jacente, que Sophia identifia comme étant la peur d’être incompris, voire rejeté. La surprise qui apparut en elle sitôt qu’elle eut compris cela fut si vive qu’elle ouvrit la bouche dans le but de rassurer son interlocuteur mais se reprit à temps et redevint attentive à ce qui lui était dit. Néanmoins, son attention non-feinte ne l’empêchait pas de réfléchir à ce qui pourrait inévitablement la faire douter, sans trouver de réponse. Dans les origines qui pourraient la laisser incrédule, il n’y avait rien. Même si Ellan lui disait qu’il était né dans un laboratoire d’expériences étranges, elle le croirait parce que cela expliquerait qu’elle ne puisse identifier précisément son secteur d’origine. A cette pensée, son égo se restaura comme elle l’avait précédemment prédit parce que soulagé de ne pas être qu’une victime de son incompétence. Cela ne l’aidait toutefois pas à cerner ce qui pourrait être si incroyable alors elle musela ses pensées et se refixa sur son vis-à-vis qui recommençait à parler :

- Je viens d’un endroit répertorié sur une seule carte, d’une ville dont personne ici même n’a jamais entendu parler excepté un petit lot de personnes.

Le premier mot qui vint à l’esprit de Sophia lorsqu’elle eut fini d’appréhender pleinement cette phrase fut « Pardon ? » puis elle se mit à évaluer quel secteur planétaire pourrait être aussi inconnu que le laissait sous-entendre le jeune homme, plaçant l’Amazonie en tête de liste, sans être réellement convaincue à cause d’une nouvelle certitude inconsciente. Sourcils froncés, elle finit par rapidement interrompre sa recherche de crainte de louper la suite des paroles de son interlocuteur qui ne tarda pas à poursuivre, son expression étant devenue plus concentrée depuis qu’il introduisait véritablement sa réponse :

- Je parle un dialecte que vous aurez bien dû mal à comprendre et à apprendre tant sa difficulté est élevée. Je n’ai appris l’anglais que depuis peu, ce qui explique mon accent que j’essaie de dissimuler autant que possible.

Qu’il remette ses capacités d’apprentissages en doute contraria la jeune femme mais elle essaya de calmer son offuscation en se disant que bientôt elle saurait où était né cet être étrange qu’était Ellan et qu’il avait peut-être raison en disant cela, que ce n’était que lucidité de sa part. N’avait-il pas après tout eu raison lorsqu’il avait dit qu’elle serait surprise de sa réponse, un peu plus tôt ? Certes, ce n’était que le début de la réponse qui lui avait été fourni pour l’instant mais ça comptait tout de même. Même s’il apparaissait comme étant parfaitement normal, voire légèrement supérieur aux niveaux physique et comportemental, Ellan était ainsi indéniablement bizarre parce qu’il la réduisait à un état presque végétatif, tant elle censurait son comportement pour ne pas lui déplaire et également parce que, pour la première fois de la vie de la brune, quelqu’un arrivait à prévoir véritablement ses réactions, ce qui achevait de la déstabiliser.

Heureusement, pour éviter qu’elle ne commence à se sentir misérable de réagir de cette façon au châtain, celui-ci prit une profonde inspiration et trahit ainsi l’appréhension qu’il avait quant ce qu’il allait dire, ce qui remit en tête à Sophia que l’être face à elle était un être humain, comme elle, et que grâce à cela, elle finirait bien par reprendre le dessus dans leur discussion. Sûrement quand ça serait à son tour de parler, d’ailleurs. La voix agréablement masculine mais tendue d’Ellan recommença soudain à résonner dans l’air et elle cessa de pérorer mentalement pour l’écouter avec toujours plus d’attention, sentant que le voile était sur le point d’être levé :

- Mes origines ne sont pas terriennes. Je… je viens d’une autre planète. Vénus pour être exact.

Les connexions synaptiques de la jeune femme se figèrent une seconde, certaines d’avoir mal traitées ce qu’elles venaient d’entendre avant de finir par admettre qu’elles avaient parfaitement bien retransmis les paroles du jeune homme. La stupéfaction s’épanouit aussitôt sur le visage de Sophia tandis que son cerveau était déjà passé à autre chose et tâchait de traiter l’information avec le plus de rationalité possible. A en croire ce qui venait d’être dit, elle se trouvait face à un… Vénusien ? Bien. Il avait eu raison de dire qu’elle allait être surprise de sa révélation mais ça ne répondait pas à sa seconde interrogation muette : était-ce vraiment si difficile d’apprendre le Vénusien ? Si elle se lançait dans une telle entreprise, échouerait-elle ? La perspective d’un échec glaça la brune aussi efficacement que si elle venait d’être larguée au pôle Sud et elle préféra la mettre entre parenthèses, le temps de finir d’assimiler globalement ce que le fait d’être face à un être venant d’une autre planète, impliquait. Son apparence était humanoïde, c’était clair, mais était-elle comme ça aussi sur Vénus ? Cette première question directement liée à la nouvelle que Sophia venait d’apprendre fut aussitôt suivie d’une autre : existait-il, sur Vénus, autant de langages que sur Terre ou n’y avait-il qu’une unique langue ? Etant donné qu’il avait employé le mot « dialecte » pour désigner la langue qu’il utilisait sur Vénus, elle supposa qu’il en existait une multiplicité, comme sur Terre, avant de passer à un tout autre sujet : le lien entre l’influence qu’il avait sur elle et son statut de Vénusien. Le code génétique des Vénusiens devait fatalement être différent de celui des Terriens, du fait des différences d’atmosphère existant entre les deux planètes, même si elles étaient souvent qualifiées de jumelles, et c’était à ces différences qu’elle était sensible. C’était avec ces différences que ses hormones flirtaient, si l’on pouvait dire cela de cette manière.

Comprendre cela soulagea la brune, même si elle n’appréciait toujours pas d’être ainsi sensible à un être autre qu’elle-même, puis elle s’amusa du fait qu’elle avait du attendre de croiser le chemin d’un individu naît à 43,2 millions de km d’elle pour ressentir des émotions banales pour toute autre personne. Une nouvelle question naquit dans son esprit à la suite de ces pensées : Ellan était-il aussi un « cas » auprès de ses congénères ou étaient-ils tous aussi courtois et instruits que lui-même paraissait l’être ? La question méritait une réponse, c’était certain, parce que tant qu’à tomber sous le charme de quelqu’un, autant en savoir le maximum sur lui. Songer à cela ne surprit même pas la jeune femme : elle venait d’accepter sans trop de difficultés avoir à faire avec un Vénusien donc après tout, pourquoi s’offusquer de ses propres réactions hormonales ? Un soupir échappa d’ailleurs au dit-Vénusien et Sophia se rendit compte qu’il attendait plus que certainement une réaction verbale à ce qu’il venait de dire, après tout sa déclaration était loin d’être anodine et elle, elle n’avait jusque là fait que débattre intérieurement avec elle-même. Subitement, alors qu’elle venait de décider de répondre à Ellan pour le sortir de l’état d’incertitude dans lequel il paraissait se trouver, elle s’interrogea sur ce qui l’avait poussé à lui répondre aussi franchement sans trouver de réponses autre que « il est victime, lui aussi, de l’alchimie de nos hormones » et « c’est un menteur », la seconde paraissant tout à fait improbable à la jeune femme. Un sourire contrit éclaira soudainement le visage de l’homme qui occupait toutes ses pensées et elle comprit qu’il allait de nouveau lui faire don de quelques mots, ce qui ne manqua pas :

- Je vous avais dit que vous douteriez.

Il se trompait mais avant qu’elle ait fini de formuler mentalement une phrase qui aurait démontré qu’elle le croyait sincèrement tout en lui expliquant ce qui avait occupé son esprit jusque là, il recommençait à parler. Son débit était rapide mais il articulait bien, ce qui fit qu’elle continua à le comprendre sans difficultés mais en étant quelque peu frustrée de ne pas avoir le cran de l’interrompre, chose qu’elle faisait en temps normal sans problèmes. Elle devait vraiment se mettre en tête que la normalité n’existait pas lorsqu’elle se trouvait en présence d’Ellan Kyper. Surtout que ce n’était pas plus mal ; un peu de nouveauté était toujours appréciable.

- Vous avez toutes les raisons de ne pas me croire. Mais vous êtes intelligente et envers et contre toute logique, je suis pourtant Vénusien tout comme vous êtes Terrienne. Nous sommes humains tout comme vous, mais nous avons quelques capacités en plus. Peut-être est-ce dû au fait que notre métabolisme soit adapté à respirer du dioxyde de carbone ou est-ce complètement autre chose. Toujours est-il que nous existons bel et bien. Vous avez pu vous apercevoir vous-même d’une brève absence de ma part lorsque nous montions prendre un café. Eh bien c’est dû à ma vitesse qui est plus importante que n’importe quel habitant de Terre. Je ne peux vous montrer concrètement ici-même ce dont je suis capable. Libre à vous dorénavant de me croire ou non.

Malgré le fait que l’articulation verbale du jeune homme demeurât intacte, Sophia ne put faire autrement que de décrocher du flot de paroles sous lequel elle était noyée. Trop d’informations, dites avec trop de ferveur, lui étaient délivrées pour qu’elle puisse faire pleinement la part des choses alors elle choisit de faire confiance à sa mémoire et lorsqu’elle fut certaine que son interlocuteur avait dit tout ce qu’il avait à dire, elle repassa dans sa tête sa déclaration en la morcelant afin de pouvoir l’appréhender complètement, même si elle se doutait déjà que la dite déclaration était un plaidoyer fait pour finir de la convaincre que son vis-à-vis venait bien de Vénus et pas de l’asile du coin. Elle apprécia ainsi les informations qu’il lui fournissait au sujet des différences de constitution de leurs métabolisme et hocha la tête pour elle-même en se remémorant l’épisode qu’il évoquait, se disant distraitement que c’était elle qui devait désormais passer pour une folle, avant de chercher une raison qui pourrait expliquer la vitesse plus importante des Vénusiens… Sûrement une histoire de gravité… Celle de Vénus devait être plus importante que celle de la Terre et ainsi, Ellan devait se sentir moins « entravé » d’évoluer dans l’atmosphère terrestre, de la même façon que l’on bougeait moins rapidement dans l’eau qu’à l’air libre à cause des différences de densité… Dès qu’elle l’aurait rassuré sur sa confiance à son égard, elle lui demanderait son avis à ce sujet.

Un sourire amusé se forma ensuite sur ses lèvres et son regard abandonna l’expression lointaine qu’il avait lorsqu’elle réfléchissait pour redevenir aussi direct qu’au début de ses « retrouvailles » avec son vis-à-vis tandis qu’elle réalisait qu’elle se sentait réellement bien. Elle se demanda si c’était du à la réaction chimique qui liait définitivement ses hormones à celles d’Ellan mais son corps coupa court à tout raisonnement en lui faisant tendre la main droite à travers la table pour la lui faire poser sur les mains jointes du jeune homme. Presque tendrement, elle caressa ensuite leurs dos de son pouce durant quelques secondes, en appréciant sentir la peau chaude et masculinement douce sous sa paume, avant de la retirer, gênée par ce qu’elle venait de faire.

Les yeux désormais baissés sur la table, elle sourit largement sans pouvoir s’en empêcher et passa une main dans ses cheveux bouclés en prenant soin de ne pas emmêler ses doigts dans leur masse épaisse. Elle qui n’avait pas véritablement eu d’adolescence réagissait présentement comme une adolescente. Peu désireuse de tomber un peu plus dans le jeunisme, elle releva rapidement son regard et croisa immédiatement celui de son charmant interlocuteur. L’expression « échapper à la noyade pour mourir écraser sous un dix tonnes » lui traversa l’esprit lorsqu’après s’être laissée aller à la contemplation des orbes bleu changeant qui formaient le regard d’Ellan, elle s’émerveilla silencieusement devant elles, sans véritablement réussir à lutter contre son émerveillement. Si, comme le laissa entendre le poète français Yves le Guern, les yeux étaient le miroir de l’âme, celle du jeune homme face à elle était aussi pure, solide, unique, complexe et fascinante qu’un diamant venant d’être taillé... Une pièce rare à laquelle elle se savait déjà profondément attachée. Revenant sur Terre grâce à l’évocation de ses sentiments naissants pour son interlocuteur, Sophia décida qu’il était peut-être temps pour elle d’enfin répondre à celui-ci et ouvrit ainsi la bouche pour parler :

- Vous savez… Je vous ai cru dès le début, annonça-t-elle en souriant légèrement.

Sa voix était aussi assurée que d’habitude mais avait également une dimension plus douce que d’accoutumée qui la surpris étrangement plus que ne l’avait fait la révélation d’Ellan. Au moins ce dernier ne prendrait-il pas son sourire comme une preuve de moquerie, grâce à cette douceur imprévue, pensa-t-elle avant de reprendre plus malicieusement :

- Etes-vous tous aussi agréable sur Vénus ou êtes-vous une exception parmi vos pairs ?

La question, agrémentée d’une enveloppe séductrice, était très sérieuse et la brune craignit que son interlocuteur la prenne seulement pour une tentative de drague assez moyenne alors elle fronça les sourcils et secoua doucement la tête comme pour effacer ce qu’elle venait de dire avant de corriger sa formulation :

- J’ai l’impression d’accumuler les gaffes, aujourd’hui… Déjà ce matin, même si vous avez eu la courtoisie de dire qu’il n’y avait eu aucun mal et d’ensuite continuer sur ma lancée pour m’éviter un malaise…

En terminant sa phrase, elle se sentit stupide et ne la poursuivit ainsi pas. Elle avait la désagréable impression de s’emporter pour rien, simplement par crainte de ne pas être à la hauteur du châtain et paradoxalement aussi par refus de ressentir cette crainte susnommée. Inspirant profondément pour remettre de l’ordre dans ses idées, elle planta son regard directement dans celui toujours aussi chavirant de son vis-à-vis et sourit avec une certaine résignation :

- Veuillez pardonner mes propos confus, monsieur Kyper, je dois dire que même si votre compagnie m’est très agréable, elle me rend également un peu nerveuse… Pour être tout à fait franche, j’ai peur de vous apparaître comme superficielle et fausse, ce que je ne suis évidemment pas ! assura-t-elle avec détermination en se redressant instinctivement pour appuyer ses propos. C’est d’ailleurs pour cela que je vous crois lorsque vous dites que vous venez de Vénus : nul humain avant vous ne m’a rendue si embrouillée. Et c’est aussi pour cette raison que je me demande si vos pairs sont à votre niveau… acheva-t-elle pendant que sa main droite se saisissait une nouvelle fois d’une de ses mèches de cheveux pour la triturer avec anxiété.

Elle savait que l’expression de son visage trahissait sûrement le trouble de son âme et se maudit de perdre ainsi le contrôle dès que c’était à elle d’ouvrir la bouche. Elle devait sembler pathétique au jeune homme à défaut de lui apparaître comme superficielle ou fausse, et ce n’était pas forcément mieux. Par chance, une des serveuses vint faire diversion en leur apportant des cartes et Sophia se saisit de la sienne avec reconnaissance, son regard parcourant immédiatement la liste des plats proposés pour éviter de se fixer sur son interlocuteur silencieux. Désormais, elle se rendait compte du malaise dans lequel elle l’avait précédemment placé en mettant autant de temps à lui répondre et s’en voulut, même si elle savait qu’il lui était tout à fait impossible de remonter le temps pour corriger cela.


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MessageSujet: Re: Le choix d'aimer || Sollan ; Partie Deux   Jeu 23 Juin - 20:03

Le silence était de retour parmi nous mais j’étais désormais certain qu’en la compagnie de Sophia, il ne pourrait qu’être de courte durée ou étonnant cocktail de bénéfices en termes de satisfaction. En effet, bien des gens pensaient, et le pensent toujours actuellement d’ailleurs tout comme ils continueront de le penser, que tout silence ne peut être que source d’ennui, d’embarra ou d’un quelconque autre sentiment que l’esprit analyse en une fraction de seconde et attribue au silence. Mais bien des actions se déroulent sans que le moindre mot n’ait le besoin d’être fourni. Il n’y a parfois d’ailleurs pas de mots qui ne puissent décrire une certaine émotion transmise entre les prunelles de différentes personnes qui seraient venues à se rencontrer. Certes, les silences avec Sophia promettaient d’être assez rares, du peu que je connaissais de sa personne. Car j’étais comme convaincu que nous trouverions toujours quelque chose à nous dire. Son esprit vif et ouvert et empreint d’une intelligence à laquelle je n’avais encore jamais eu à faire face promettait bien des conversations sur divers sujets avec la brune. Ce qui n’était certainement pas le cas de tout le monde. J’avais appris à expliquer avec des mots relativement simples, ou du moins que je jugeais ainsi, des choses en réalité bien plus compliquées. Aller au plus court, au plus important et n’apporter des détails seulement lorsque la situation le nécessitait. Il semblait que ceci allait enfin changer en la présence de Sophia. Mais de plus, j’aurais sans nul doute droit à une réponse à la hauteur de ce que je puisse espérer. Mais pour ne revenir au silence, il me semblait que certains étaient agréables voire même nécessaires. L’absence de mots, de dialogue, de questions et de réponses, permettait à l’esprit de davantage explorer une pensée, un fait en particulier ou au contraire, à le laisser dériver à sa guise. La quiétude prenait place, des regards s’échangeaient, on pouvait observer les lieux et les personnes ou plus simplement, sourire. Sourire de l’instant, du calme, de la personne qui partage ce moment en votre compagnie. Non, certains silences n’étaient que source de bienfait. Du moins, telle était ma vision des choses. Mais plusieurs paroles s’étaient échangées avant cet instant. Remontons donc le temps de plusieurs minutes…

La question de Sophia m’avait évidemment perturbé et je n’avais su le cacher suffisamment pour qu’elle ne le remarque pas. Tout plongé dans mes pensées que j’étais à réfléchir à la façon dont formuler une réponse à la demoiselle, je la surveillais du coin de l’œil. Et il me semblait que son cerveau tournait à plein régime. Son visage passait par diverses expressions que je n’aurais su décrire pour la plupart. Mais il me semblait que ce à quoi elle pensait la contrariait. Sans doute cherchait-elle d’elle-même une réponse plausible à sa propre question. Bien des langues m’étaient inconnues sur Terre, je me concentrais actuellement uniquement à l’anglais, langue universelle et de loin l’une des plus parlées. Mais j’avais vaguement entendu parler de quelques autres dialectes. Ils étaient donc un certain nombre sur Terre. J’avais déjà dans l’intention d’en apprendre quelques autres mais je préférais tout d’abord commencer par m’approprier le plus de connaissances possibles sur la culture anglaise et plus précisément britannique puisque j’avais élu domicile en son pays. Au fur et à mesure que les jours filaient, je me rendais compte de bien des différences auxquelles j’étais forcé de m’habituer. Mais également aux bien nombreuses ressemblances. Nous restions humains, quoiqu’en disent les Terriens dans les années 3000 qui n’acceptaient toujours pas notre existence et que nous puissions être plus développés au niveau technologique que cette bonne vieille Terre. Mais ce qu’ils ne comprenaient pas, c’est que les paysages de Vénus étaient en ruine, n’avaient plus lieu d’être. De plus, certaines inventions n’avaient fait que détériorer encore plus la nature qui se dégradait déjà à une vitesse affolante. Certes du point de vue de notre respiration, nous n’en avions pas besoin, du fait que nous absorbions du dioxyde de carbone et non du dioxygène. Mais nous étions en train de courir à notre perte en continuant ainsi…

Au vu de la météo du moral qu’affichait le doux visage de mon vis-à-vis, j’avais visiblement choisi le bon moment pour reprendre la parole. L’ayant assurée qu’il y avait de forts risques qu’elle soit surprise et qu’elle douterait sans nul doute en premier lieu, elle voulu certainement me rassurer à ce sujet puisque je la vis ouvrir la bouche pour répliquer mais elle se ravisa. Son intérêt soudain me poussa à poursuivre sur ma lancée même si j’avais conscience qu’elle continuait de réfléchir en analysant tout ce que je lui disais. Du moins, c’est ce que je pensais. L’esprit humain est relativement complexe mais une fois le principe de base acquis, le reste vient de lui-même par pure logique. Bien que certains mots mettent parfois plus de temps à atteindre notre cerveau, il analyse en quelques secondes le sens que prennent les phrases, les informations données et les trie de lui-même selon leur importance. Nous lions parfois certains propos à d’autres pensées par le biais d’images ou souvenirs, nous donnant raison ou tort quant à la réponse présupposée que nous venions d’élaborer, consciemment ou non. C’est là qu’interviennent la surprise, l’étonnement voire la stupéfaction. On enclenche alors une sorte de répétition, nous repassant les paroles en tête jusqu’à complète admission que, non, nous ne venions pas de rêver. Tout n’est que logique lorsqu’il est question de l’esprit humain. Seul persistait l’inconscient. Mais ça, c’était une autre paire de manches.

Sophia écoutait avec attention chaque mot que je pouvais prononcer. Je ne cherchais pas à cacher plus que cela le fait que je sois tendu, que sa réaction m’inquiétait. A vrai dire, je ne comprenais pas de moi-même la raison d’une telle appréhension. Je pouvais disparaître à la vitesse de la lumière simplement en voyageant dans le temps. Certes, le boîtier si précieux me permettant de revenir en une fraction de seconde sur ma planète d’origine était rangé en sureté dans mon appartement. Mais le fait que je puisse voyager dans le temps avait pris toute son importance lorsque je l’avais découvert. Je ne maîtrisais pas encore parfaitement les sauts dans le temps et tout ce qu’il m’était possible de faire mais j’avais au moins appris à contrôler à peu près l’époque dans laquelle je voulais atterrir. Car en l’absence d’anneau pour régler la date, je me devais d’y penser avec le plus de précisions possibles, imaginant le lieu dans lequel je me trouvais tel qu’il pouvait l’être que ce soit dans le passé ou dans le futur. Parfois, faute d’informations, je me devais de concerter certaines photos prises à l’insu des humains pour visualiser selon le contexte. Mais je n’avais pas fait énormément de voyages dans le passé jusqu’à présent, je préférais le futur qu’il m’était possible d’imaginer plus aisément. De plus, je n’avais pour le moment visité que quelques fois le lieu appelé communément Quartier Général pour les Vagabonds qui se tenait à Buckingham. Je n’avais pu cacher ma différence, de par le fait que je ne possédais pas d’anneau mais on m’avait promis la plus grande discrétion à ce sujet. Ainsi donc aucune rumeur ne circulait quant à la présence d’une personne étrangère à la planète bleue dans le milieu des Vagabonds. Du moins, pour le moment. J’étais conscient que je ne pourrais cacher éternellement ce secret mais je tenais pour le moment à ma tranquillité. Les quelques personnes dans la confidence avaient été curieuses de savoir la façon alors dont j’avais pu découvrir un tel don. Ceci, il m’avait été simple de l’expliquer. Je m’étais un jour amusé à imaginer un futur à l’endroit où je me trouvais, avec force de détails tout en pensant à une date bien précise. Et par un heureux hasard, je m’étais retrouvé dans l’endroit que je venais de me créer. Croyant d’abord à un rêve, je dus pourtant admettre que tout était réel, répétant l’opération plusieurs fois. La nouvelle m’avait abasourdie durant quelques temps mais mon esprit étant ouvert à toutes sortes de propositions, je m’étais lancé dans de longues recherches, étudiant tout article prouvant que je n’étais pas fou. J’avais conclu du fait que je puisse voyager dans le temps sans être originaire de cette planète, qu’au moins une partie de ses habitants avaient ce don. C’était un raccourci assez dangereux et un jugement qui pouvait se révéler faux par bien des moyens mais c’était tout ce que j’avais. Finalement, ce fut lors d’une promenade que je puis me prouver que mon raisonnement n’était pas à dormir debout. Central Park à une heure avancée de la soirée n’était peut-être pas conseillé mais cela ne m’empêchait en aucun cas de le parcourir en long et en large. L’air frais et le fait de bouger, d’avancer d’un pas toujours assez rapide, laissait libre cours à mon imagination. De plus, être seul impliquait que je pouvais parfois utiliser ma vitesse largement supérieure sans crainte d’être vu selon l’endroit du parc. Mes pensées en étaient aux Etats-Unis où j’avais fait la connaissance de celle qui devint par la suite ma filleule lorsque je percutais une personne que je n’avais pas vu venir. Me précipitant pour l’aider à se relever, je m’interrogeais. Mes oreilles, certes humaines, s’étaient habituées à n’entendre que les bruits de la nature. Et j’étais certain de pouvoir entendre le bruit d’un pas lorsqu’un être humain venait à ma rencontre, de par l’espèce de gravier qui avait une certaine sonorité sous les pieds. Aidant le jeune homme à se relever, je pris conscience de son état étonnant de fatigue. Et de son effarement lorsque je lui demandais d’où il arrivait. Ce n’était qu’une plaisanterie, je n’étais pas parfait après tout, je pouvais ne pas l’avoir entendu arriver tant j’étais plongé dans mes pensées. Mais il manifesta alors une peur palpable qui donnait du sérieux à ma question. La patience étant l’une de mes qualités, je pus par la suite lui faire avouer : il venait de voyager à travers le temps. Certes cet événement auquel j’avais été témoin sans le vouloir n’était qu’un fruit du hasard mais c’était précisément ce dont j’avais besoin pour me conforter véritablement dans l’idée que je n’étais pas seul dans ce cas. Et ce cas-ci me permettait de pouvoir m’éclipser simplement en songeant à un endroit du futur de cette année de 2011.

Comme je m’y attendais, Sophia fut ahurie lorsque je lui révélais enfin mes origines, et ne chercha même pas à le cacher. Pour l’une des premières fois de ma vie, je doutais. Je craignais la réaction qu’elle pouvait avoir. Elle n’était pourtant pas la première au courant de cette simple différence de planète, mais sa réaction plus que n’importe quelle autre me touchait. Et je venais seulement de me rendre compte que c’était le cas depuis ce matin-même. Certes, j’avais exploré toutes les options, jugé les pour et les contre avant de l’avouer à Jill et ses parents dont j’étais resté très proche et j’avais redouté ce comment ils pouvaient réagir durant de longues secondes parce que je pouvais perdre leur précieuse amitié simplement en leur révélant mon secret. Mais ce n’était rien comparé à ce que je ressentais à cet instant précis. Et je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle j’avais peur de ce qu’elle pourrait en dire. Cette jeune femme n’était décidément pas n’importe laquelle et influait sur mes réactions comme personne ne l’avait jamais fait. Et ce fait n’était pas à prendre à la légère, oh que non. Je lui fournis donc des détails, suite à un sourire désolé, et, maintenant que j’y pensais, certainement assez piteux en la matière. J’enchaînais les phrases les unes après les autres sans qu’elle n’ose m’interrompre. Je lui fournis des détails qu’il m’était déjà arrivé d’évoquer mais sans plus aux autres. J’avais en quelque sorte besoin qu’elle m’écoute, réagisse mais surtout, qu’elle me croit. Je m’interrompis enfin et je songeais au flot important d’informations que je venais de fournir. Tout être normal devait prendre le temps de réfléchir et de pouvoir prendre en compte tout ce que je venais de dire. Et ce fut le cas même de Sophia qui n’avait toujours fait aucun commentaire. Elle avait eu la politesse de me laisser finir sans jamais me couper et je me demandais si c’était une bonne chose.

Enfin, un sourire fit écho au mien que je m’étais quelque peu forcé de faire apparaître pour dissimuler ce qui s’agitait en moi. Sans préavis, je pus soudain sentir des doigts fins effleurer les miens que j’avais posés au préalable sur la table que nous occupions. J’évitais le réflexe de retirer mes mains, et ressentis bizarrement un frisson me parcourir l’échine tant le geste m’étonnait de par sa rapidité mais surtout parce que je n’avais rien vu venir. J’occultais tout le reste tandis que son pouce caressait avec douceur les dos de mes mains. Je ne pouvais détacher mon regard de ses gestes. Un sourire avait pris place sans que j’y prenne garde sur mes lèvres et mon regard se posa sur la si jolie jeune femme qui me faisait face lorsqu’elle retira ses doigts. Je parvins à distinguer qu’elle était gênée, ses joues prenant une teinte rosée avant qu’elle ne baisse les yeux vers le sol. Je pus voir un grand sourire s’emparer de ses lèvres alors qu’elle passait une main dans ses longs cheveux sans qu’elle ne s’accroche une seule fois à un quelconque nœud. Aussi soudainement qu’auparavant, elle se décida à relever légèrement la tête et nos regards se croisèrent, une nouvelle fois. Ses prunelles d’un terre d’ombre brûlée que l’on viendrait de foncer encore plus au moyen de noir dégageaient quelque chose auquel je ne pouvais échapper. J’aurais voulu que l’instant dure une éternité et c’est d’ailleurs l’impression que j’eus sur le moment. Comme je l’avais pensé plus tôt, il y avait de ces silences que l’on n’avait le besoin de combler, un échange de regard suffisait amplement. Et cet instant en faisait partie, venant même se placer en tête de liste. Je revins sur Terre avec autant de douceur que la voix de Sophia lorsque je pus enfin l’entendre à nouveau :

- Vous savez… Je vous ai cru dès le début.

Le soulagement me submergea en premier lieu bien que le sourire de la brune soit une preuve qu’elle n’allait s’enfuir en hurlant au fou. Les mots en eux-mêmes ne me parvinrent que quelques fractions de seconde plus tard et qu’elle puisse croire en un tel fait depuis le début de mes explications me sembla assez étonnant bien qu’au fond, c’était ce que j’espérais depuis plusieurs minutes. Son sourire avait une curieuse façon de faire alliance au ton de sa voix mais ce dernier acheva de me convaincre qu’elle ne se moquait nullement de moi mais qu’elle était bien sérieuse. Je ne ratais pas d’une miette la moindre de ses réactions comme de ses intonations que j’essayais de ne pas manquer.

- Etes-vous tous aussi agréable sur Vénus ou êtes-vous une exception parmi vos pairs ?

La façon espiègle qu’elle avait de le dire m’amusa autant que la question en elle-même qui me fit rire intérieurement. Pourtant, elle fronça assez brusquement les sourcils, certainement qu’elle avait parlé sans trop y réfléchir auparavant et poursuivit donc :

- J’ai l’impression d’accumuler les gaffes, aujourd’hui… Déjà ce matin, même si vous avez eu la courtoisie de dire qu’il n’y avait eu aucun mal et d’ensuite continuer sur ma lancée pour m’éviter un malaise…

Elle secoua légèrement la tête, ce qui m’apparaissait assez comique. Venais-je de me faire draguer ? J’en avais l’impression bien que la brune tentât d’effacer ce qu’elle venait de dire et même plus généralement les quelques actions qui pourraient apparaître avec une certaine connotation. Mais j’en avais fait de même et de mon plein gré bien que je sois convaincu que je réagissais d’instinct sans trop écouter mon sens logique. Ainsi, j’avais en effet continué sur sa lancée, mais ce n’était pas uniquement pour lui éviter un quelconque malaise mais également parce qu’elle était différente, qu’elle avait une emprise sur moi dont je ne pouvais me défaire et que j’avais comme la sensation que j’aurais sans doute à m’excuser par la suite pour un éventuel comportement que je n’adopterais pas habituellement…

Elle inspira profondément suite à ce qu’elle venait d’énoncer comme pour remettre un peu d’ordre dans ses idées et en revenir à un sujet plus principal. Son regard avec glissé au passage de nouveau sur la table mais j’eus le plaisir de pouvoir me plonger de nouveau dans ses magnifiques iris sans pour autant perdre pied, cette fois.

- Veuillez pardonner mes propos confus, monsieur Kyper, je dois dire que même si votre compagnie m’est très agréable, elle me rend également un peu nerveuse… Pour être tout à fait franche, j’ai peur de vous apparaître comme superficielle et fausse, ce que je ne suis évidemment pas !

Ce qui me sauta aux oreilles fut tout d’abord l’appellation qu’elle utilisa pour me parler directement. Je notais qu’il faudrait lui faire remarquer qu’elle pouvait utiliser avec bien plus de simplicité mon prénom, le « monsieur » sonnant étrangement dans sa bouche lorsque c’était pour m’adresser directement la parole. Mais je rangeais cette remarque dans un coin de mon cerveau puisque ce qui suivit refléta parfaitement ce que je ressentais quelque peu moi-même mais que je cachais toujours avec autant de soin qu’il m’était possible d’avoir. Elle n’argumenta pas la fin de ses propos mais je la cru incontestablement tandis qu’elle se redressait par automatisme tout pendant que le ton de sa voix se fit plus déterminé. Je ne pouvais empêcher l’amusement que m’inspirait ses paroles et ses mimiques. Il était certain que je ne la croyais pas ainsi, j’étais sûr qu’elle était loin d’être l’une de ces pimbêches arrogantes qui se croyaient tout permis et qu’elles avaient le pouvoir de contrôler toute chose et toute personne. Souvent accompagnées de leurs semblables, elles se prenaient pour les reines dans leurs tenues qui n’étaient à l’œil agréables à regarder seulement pour les personnes de la gent masculine intéressées uniquement par les formes du sexe opposé. Critiquant allègrement par derrière leurs prétendues amies, elles m’apparaissaient toujours comme des échappées d’un asile spécialisé pour les spécimens à enfermer avec des vêtements les plus simples possibles et qu’on nourrirait par des trappes pour éviter d’entendre leurs gémissements atroces quant au fait que, ô mon dieu, elles ne seraient pas à telle fête à l’heure et sans une tenue en particulier. Non, Sophia était bien loin d’être ainsi. Je ne l’aurais pas invitée à me revoir et elle n’aurait d’ailleurs eu aucun effet sur moi, comme les femmes du genre évoqué ci-dessus, si cela avait été le cas. Je vis qu’elle allait continuer sur sa lancée et abandonnait le type de femmes appelées assez familièrement « poufs » pour m’intéresser à ce qui allait suivre.

- C’est d’ailleurs pour cela que je vous crois lorsque vous dites que vous venez de Vénus : nul humain avant vous ne m’a rendue si embrouillée. Et c’est aussi pour cette raison que je me demande si vos pairs sont à votre niveau…

Une fois de plus, je fus amusé de ce qu’elle évoquait tout en appréciant le compliment qui se trouvait être sous-entendu. J’étais fier d’une certaine façon mais aussi quelque peu soulagé d’apprendre que je ne la laissais pas indifférente. J’étais conscient de sa franchise et lui en étais reconnaissant. Qu’elle soit aussi honnête me perturbait un peu mais je me devrais alors de faire de même par la suite. J’attendais pour le moment patiemment qu’elle finisse ce qu’elle avait à dire sans l’interrompre, notant au passage ce que j’aurais à lui faire part à mon tour. J’avais comme la sensation que nous étions à une sorte de jeu où le but était de parler chacun son tour sans se couper, et que nous avions un temps de parole à respecter. Je levais discrètement les yeux au ciel d’une telle pensée parfaitement absurde mais en souriais intérieurement. Revenant sur Terre, je notais que mon interlocutrice triturait de sa main droite une mèche de cheveux, signe que je savais être comme exprimant une certaine gène, appréhension ou peur. Elle était troublée et visiblement c’était ma présence qui en était la cause, bien que j’aie rien fait pour. Mais serait-il égoïste de penser que cela me plaisait puisque que je ressentais avec une similarité presqu’étonnante la même chose envers elle ? Une serveuse vint interrompre le cours de mes pensées en nous apportant la carte des plats. En tendant tout d’abord une première à Sophia, je remarquais que celle-ci se plongea directement dans la lecture de la liste de ce que l’on nous proposait pour dîner. Je pris la mienne et après avoir remercié la jeune femme qui repartit aussitôt et parcourais d’un œil distrait le nom des plats que je connaissais déjà pour la plupart. Je n’en étais pas à ma première venue en ces lieux et je savais que quel fut mon choix, je me régalerais. Après tout, ce n’était pas pour rien que j’avais donné rendez-vous en ce lieu à celle qui avait changé le cours de ma journée et certainement des semaines à venir.

Je détachais mon regard des différents menus pour le porter sur la jeune femme assise en face de moi et que je trouvais définitivement comme étant absolument ravissante. Par souci de ne pas la perturber davantage encore, je parcourus des yeux nos voisins tout comme les tables qui demeuraient vides pour le moment. J’adressais un sourire et un signe de tête au gérant qui passait par là puis reportais mon attention sur Sophia qui s’obstinait à garder le regard rivé sur le papier qu’elle tenait entre ses mains.

- Vous êtes vraiment belle, vous savez ?

La phrase m’avait échappée mais je ne me corrigeais pas pour autant, étant parfaitement honnête. Je m’en voulais simplement d’avoir peut-être fait en sorte que la jeune femme puisse se sentir à nouveau mal à l’aise. Néanmoins, je m’étonnais franchement à faire de telles remarques et à les exprimer de plus tout haut. Ce n’était pas dans mes habitudes ni dans mon comportement habituel de me comporter comme tel. Mais cela avait au moins eu le mérite de faire se détacher Sophia de sa lecture et même relecture depuis le temps que ses yeux lisaient et parcouraient à une vitesse stupéfiante la carte. Je souris en la voyant rougir à nouveau mais cette fois, elle ne se désista pas et nos prunelles restèrent encrées les unes dans les autres. Je la vis du coin de l’œil poser à son tour la liste des plats proposés sur la table et ses bras se placer de part et d’autre de ses couverts. Je me détachais de ses prunelles pour glisser mes paumes sur les siennes et prendre ses deux mains d’un geste parfaitement normal. Je me tenais légèrement penché mais cela ne me dérangeait nullement et tout en effleurant tout en douceur comme elle l’avait fait plus tôt, je repris la parole en me plongeant de nouveau dans ses prunelles :

- Appelez-moi Ellan, s’il vous plaît. Je sais que j’ai passé la majorité depuis quelques années déjà mais j’ai toujours trouvé que me donner du « monsieur » me vieillissait plus qu’il ne fallait.

Mon sourire se faisait très présent en cette soirée, mais il était sincère, plus qu’il ne l’avait jamais été. Lentement, je retirais mes mains de celles de Sophia qui, d’abord quelque peu moites s’étaient détendues et avaient même serré les miennes. Je sentis alors quelque chose de froid et métallique qui contrastait avec la chaleur de ses paumes. Je repérais sans trop de mal l’anneau qu’il me semblait avoir aperçu plus tôt et je me promis de lui faire part de ce que je savais au sujet de cet objet bien peu commun.

- Toutes mes excuses pour les gestes et les paroles qui peuvent paraître déplacées et qui semblent vous mettre dans l’embarra. Ce n’est pas franchement dans mes habitudes de réagir ainsi, fis-je d’un air désolé. Mais je le pense sincèrement, vous êtes vraiment ravissante, comme j’ai déjà dû vous le dire. Et je dois vous avouer que vous suscitez en moi de drôles de réactions. Que je n’avais jamais ressenti jusqu’à présent, à vrai dire.

Il était temps que je sois sincère à mon tour et de par ces quelques mots je tâchais de faire comprendre à Sophia qu’elle était loin d’être comme les autres. Peut-être n’était-ce qu’une simple réaction de mon corps, de certaines hormones qui ne s’étaient pas manifestées jusque-là et qui se décidaient soudainement à se montrer. Mais toujours était-il que, face aux faits, je ne pouvais que laisser aller les choses comme elles venaient et réagir d’instinct et non en y réfléchissant vraiment au préalable.

Songeant à la question très sérieuse qu’elle m’avait posée puis reformulée par la suite, je décidais en quelques secondes seulement à lui apporter une réponse. Je m’étais rendu compte du long moment que j’avais mis à réagir et combien cela pouvait être assez désagréable de devoir attendre. Certes, la nature m’avait affublé d’une certaine patience qui m’était bien souvent utile mais il n’en était pas de même avec tout le monde et Sophia méritait une réponse dans les temps et non pas de longues minutes plus tard.

- Et en ce qui concerne votre interrogation, j’aurais tendance à dire que nous restons humains avant tout et que nous sommes donc tous différents. Ce n’est pas parce que je viens de Vénus que je n’ai pas connu de fous, de personnes malpolies ou au contraire très à cheval sur les principes de vie en société, voire très pointilleuses à ce sujet. Je pense que vous trouverez de vous-même la réponse si je vous demandais à mon tour si vous êtes tous aussi charmants que vous, l’êtes, mademoiselle ?

Mon raisonnement était logique en tous points et je répondais, même indirectement, à la question qu’elle m’avait posé. Sans me départir de mon sourire, je l’observais plongée dans ses pensées et n’entendis pas la serveuse arriver mais en l’absence de lumière d’un certain côté, je me rendis compte de sa présence. D’un ton aimable, elle nous demanda ce que nous désirions tout d’abord comme entrée tout en sortant un calepin et un stylo de sa poche. Je me tournais vers Sophia, et inclinant légèrement la tête sur le côté, je la désignais de la main.

- L’honneur aux dames !

J’avais dans l’intention de prendre le même plat qu’elle, n’ayant pas la tête à réfléchir au plat qui me ferait plaisir en cette soirée. Cela éviterait ainsi au cuisinier de devoir faire des plats complètement différents bien que cela soit son métier. Mais je ne le préciserais que plus tard à la serveuse. Sophia avait été, par ma faute, bien assez gênée pour cette soirée. Mieux valait attendre qu’elle commande puis que je signale à la serveuse que je prendrais de même.

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- Amour : sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes. Ils oublient la jalousie, le manque, l'envie constante d'être avec l'autre... Tu te rends compte que ce truc a complètement pris possession de mon esprit ?
- Belle façon de me déclarer que tu m'aimes, ma chérie.



Dernière édition par Ellan Kyper le Mar 9 Avr - 20:43, édité 1 fois
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