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 Suddendly I see || Aylmett ♥

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    Date de Naissance : 03/05/1989







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MessageSujet: Re: Suddendly I see || Aylmett ♥   Mer 7 Sep - 15:16

Toujours enfermé dans mon silence, j’attendais que la situation évolue tout en sentant l’anxiété grandir patiemment en moi. Je la percevais prendre de plus en plus de place dans mon estomac, jusqu’à commencer à écraser les autres organes à sa portée et me demandais comment la gérer. Je n’avais jamais été confronté à une telle situation d’attente. Ou du moins, nulle situation d’attente ne m’avait paru si cruciale donc je ne savais pas comment réagir. Aussi étrange que cela puisse paraître, je me refusais cependant à réutiliser mon don, voulant me comporter aussi normalement que ma cécité le permettait, et j’avais de toute façon l’impression qu’il était tout simplement désactivé ; dans l’impossibilité d’être utilisé, même si je l’avais sollicité. Ce sentiment me déconcerta et me permit d’oublier un instant mon anxiété. Un mal contre un mal, comme on disait dans ces cas-là. Une seconde alarme, provenant du micro-onde, retentit soudain et cela me permit de comprendre que le temps entre mon dernier mot et le moment présent avait été de quelques infimes secondes. Malgré cette information infaillible, je ne pus faire totalement taire ce que se disait mon cœur : des heures devaient s’être écoulées depuis mes paroles. Un bruit léger, un petit peu humide, apparut dans l’air, prélude sensuel à des paroles qui ôtèrent de mon estomac le poids qui s’y était crée :

- À vrai dire, parler est réellement une thérapie car je peux vous assurer que j’ai les yeux tout aussi ouverts et que ma fatigue, bien qu’encore un peu présente, s’est envolée pour la plus grande part. Continuez donc et en cas de non-réponse, je vous autorise même à me secouer !

L’humour qui transparaissait dans ses mots me fit un bien tout à fait étrange et une chape de chaleur parut enfermer mon cœur dans son étreinte affectueuse. C’était une sensation vraiment très agréable qui ne fit que raviver le pourpre de mes joues, en même temps que mon sourire devenait un peu plus tendre. Je tentai d’éviter cela mais ma bouche ne voulait rien savoir alors j’abandonnai. Avec un peu de chance, la tendresse de mon expression n’était présente que dans ma tête.

- Par contre, je crains que le micro-ondes, qu’on le secoue ou non, ne réchauffe désormais pas plus votre plat. Je ne voudrais pas que vous y voyiez une quelconque prise en pitié, je sais que c’est détestable, mais sincèrement, si vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à faire appel à moi.

La proposition fort aimable d’Amy m’enchanta autant qu’elle me perturba. Qu’elle accepte de faire cela témoignait de sa sympathie pour moi, ce qui était un réel plaisir pour moi, mais j’avais encore peur de nous impliquer dans une relation trop intime. Et même si la plupart des gens présents dans à Buckingham m’avaient un jour aidé, je sentais confusément que ça serait différent si c’était ma vis-à-vis. Pour cette raison, je déclinai l’aimable offre qui m’avait été faite et partis récupérer mon plat, le regard à tout jamais inaccessible de la jeune femme dans mon dos. Je le sentais sans même avoir à utiliser mon talent. C’était comme une évidence. Une perception aussi claire que précise. Quelque chose de nouveau mais que j’appréciais encore. Le rectangle en plastique dur qui servait d’emballage extérieur au micro-ondes fut subitement sous mes doigts et je l’ouvris avec mille précautions avant de récupérer mon assiette légèrement chaude et de fermer la porte de l’appareil. Il ne restait plus qu’à revenir en faisant attention à l’inclinaison de l’assiette et à mon environnement. J’étais tout à fait capable de le faire. Le regard d’Amy, éclipsant ceux de toutes les autres personnes présentes dans la pièce, paraissait muettement m’encourager, ou alors hallucinais-je, et je repris ma progression en sens inverse pour retrouver ma compagne de déjeuner. Mon don s’était activé de lui-même, combiné à mon hyper sensibilité, et j’évitais les obstacles sans heurts, mon assiette tanguant parfois mais ne libérant jamais un morceau de ce qu’elle contenait. Au bout de quelques longs instants qui me parurent cependant moins long que l’attente qui avait suivi ma flagellation verbale, j’atteignis la table et posai mon assiette aussi doucement que possible avant de me réinstaller devant elle, aux côtés d'Amy qui ne tarda pas à parler pour accueillir mon exploit :

- Vous pourrez désormais vous vanter de savoir faire réchauffer un plat sans une autre aide que celle de savoir si la température voire la durée sont bonnes. Ce que ne peuvent affirmer tous les aveugles ayant à faire à un micro-ondes tel que celui-ci.

Le sourire dans sa voix décontracta mon visage figé par la concentration et j’hochai la tête en souriant aussi largement que précédemment. Elle avait raison et j’étais plutôt fier d’avoir fait ce que je venais de faire même si je ne pouvais m’empêcher de me sentir un petit peu ridicule d’en faire un tel étalage. Plantant ma fourchette dans la nourriture récemment réchauffée, j’en pris une bouchée et fut soulagé de ne pas me brûler avec. C’eut été vraiment embarrassant et même si ça m’arrivait souvent quand j’étais en présence de Kylan, du fait de mon impatience à manger et de l’insouciance que j’avais vis-à-vis de mon mentor, j’aurais été pétrifié que ça m’arrive avec Amy. Après quelques fourchetées avalées, je me sentis l’envie de relancer la conversation et à peine les premières syllabes sortaient-elles de ma bouche qu’elles rencontraient celles que mon interlocutrice venait de laisser échapper. Rougissant légèrement, bien moins que précédemment néanmoins, je répliquai aux excuses qu’elle m’adressa que c’était à moi de m’excuser et bien à elle de commencer du fait de son genre que la courtoisie plaçait à raison en avantage. Et aussi parce que j’étais vraiment curieux de savoir ce qu’elle allait dire, même si je me gardais de le lui dire.

- Bien mais à la condition alors de me dire ensuite ce que vous étiez sur le point de me faire part.

Sa voix me paraissait tellement expressive que je crus voir le sourire qui flottait dedans et j’hochais la tête pour confirmer notre accord, en rapprochant mes jambes. L’un de mes genoux heurta le pied qu’elle avait en l’air et le mouvement étrange qui avait déjà sévi dans mon champ de vision mental réapparut aussi bizarrement que soudainement. Rapidement, je remis une certaine distance entre nous, à peu près sûr qu’elle n’avait rien remarqué et écoutai avec tout mon sérieux ce qu’elle commençait à formuler :

- Comment faites-vous pour travailler en tant que Vagabond alors que votre cécité ne doit pas vraiment vous aider à voyager dans le temps ?

Un petit rire m’échappa lorsqu’elle eut fini et je me calai contre le dossier de ma chaise en posant le bout de mes doigts sur le bord de la table. La question qu’elle venait de me poser était usuelle car logique. J’avais à y répondre assez régulièrement et avais même songé à écrire une réponse toute faite que je distribuerai ou apprendrai mais ne l’avais jamais fait par respect pour mes questionneurs. Ils ne posaient pas cela méchamment et ce n’était pas parce que j’avais fourni la réponse à une multitude d’autres avant eux qu’ils avaient à souffrir de ma lassitude. Je devais également avouer que j’appréciais, d’un côté, leur répondre parce que j’avais la sensation d’être vraiment leur égal dans ces cas-là, lorsque je leur parlais de choses auxquelles ils n’auraient jamais accès, malgré ou à cause de leur absence d’handicap. En ce qui concernait la réponse que j’allais faire à Amy, j’avais déjà la certitude que ce serait la plus complète que j’aurais jamais faite à quelqu’un et déjà les mots se pressaient dans mon esprit, prêts à se bousculer sur ma langue :

- Je ne suis pas un Vagabond comme les autres, vous l’avez remarqué, donc il est normal que mes qualifications soient différentes aussi, vous en convenez, mademoiselle Hilnavy ? demandais-je calmement, sans la moindre trace d’aménité ou d’hauteur dans mes paroles.

Un « oui » prononcé avec un peu du retard du à l’habitude qu’ont les voyants à hocher la tête, habitude que je leur avais pris, confirma mes paroles et je repris, mon plateau poussé sur le côté, mes bras croisés sur le plateau de la table :

- Ainsi, je ne quitte quasiment jamais Buckingham et lorsque je le fais, je suis constamment accompagné. Mon binôme peut être mon mentor, Kylan Owenned, ou bien une jeune femme du nom d’Alice Sullivan que vous avez peut-être déjà croisé, d’ailleurs… ?

Cette fois-ci, ce fut un « non » qui répondit à ma question et je souris sans même savoir pourquoi. Je me sentais juste heureux, sans raison claire. La tendresse qui pliait mes lèvres devait être clairement discernable, là, mais je ne m’en inquiétais pas. Amy pourrait toujours l’attribuer à l’évocation d’Alice, étant donné que je venais juste de la mentionner. Quelque chose, le même souffle inlocalisable qui s’était déjà manifesté un peu plus tôt, picota quelques points au fond de moi, quelques points que j’identifais comme du braille et lus presque sur mes entrailles. Sauf que si elle le prend pour Alice, tu risques de perdre tes chances de la séduire. Le choc fut vif lorsque j’eus fini de décrypter le message que m’envoyait mon inconscient et je me répliquai à moi-même que je ne ferai jamais rien pour séduire mon interlocutrice parce que je n’avais aucune envie de lui faire porter le poids d’un compagnon aveugle. Mes sourcils s’étaient froncés durant ma brève escapade mentale et je rougis en le constatant, lorsque je revins au moment présent.

- Excusez-moi, je crois que je me suis laissé attraper dans la toile de mes pensées. Donc voilà pour votre question. Et au cas où cela vous intéresse : lorsque je reste à Buckingham, je suis dans une sorte de brigade spéciale pour les interrogatoires. Cela fait assez pompeux dit comme cela mais ce n’est vraiment rien de glorieux.

L’amusement s’imposa sur mon visage, vite chassé par l’appréhension lorsque je réalisai que c’était à mon tour de parler. Offrant un large sourire à Amy dans une tentative étrange de me rassurer, je laissai l’un de mes avants-bas appuyé sur la table et levai le second pour passer ma main dans la masse sombre de mes cheveux bouclés, quelque peu gêné par ce que j’allais dire même si je savais avec une assurance venant du fond des âges que mon interlocutrice ne le prendrait pas mal.

- Au sujet de ce que j’allais dire lorsque je vous ai coupé la parole une première fois, c’est aussi une requête mais d’un tout autre genre que la vôtre et vous pourrez évidemment refuser de vous y prêter sans aucun problème.

Ma gorge s’était nouée tandis que j’approchais du moment où je serai au pied du mur et je repris la parole en inspirant profondément :

- Voyez-vous, commençais-je en faisant bouger ma main libre sans but précis, simplement pour appuyer les mots que je prononçais, les voyants voient avant de toucher, ça leur permet de faire comme une sorte de présélection instinctive mais nous, les aveugles, nous ne le pouvons pas alors nous nous fions aux attitudes, aux tons de voix, ce genre de choses et lorsque nous pensons à quelqu’un ce sont ces caractéristiques qui nous parviennent. Ca plus autre chose : le souvenir que nous a laissé le visage de la personne lorsque nous l’avons effleuré de nos doigts. Ce sont eux nos yeux et nous parvenons à recomposer une forme grâce à eux.

Je fis une pause pour respirer profondément avant d’apaiser les battements de mon cœur et le débit de mes paroles. Répéter ce que je venais de dire aurait été au-dessus de mes forces. Déjà, je me sentais impoli, intrusif mais le même souffle qui m’avait écrit en braille revint, plus affirmé que jamais, et me poussa à terminer ma demande.

- Donc je me demandais si vous me laisseriez vous voir à la façon des aveugles, pour compléter le tableau que j’ai de vous, si je peux dire cela ainsi, finis-je en tournant la tête sur le côté, mes doigts abandonnant mes cheveux pour se crisper sur mon poignet opposé.

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Aylmett

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MessageSujet: Re: Suddendly I see || Aylmett ♥   Mer 14 Sep - 20:54

Je n’avais pas souvenir d’avoir vu auparavant quelqu’un d’aussi souriant qu’Eliott. Ses pommettes se teintèrent plusieurs fois d’une teinte rosée entre le moment où le micro-ondes sonnait encore pour avertir au propriétaire que sa nourriture mise à réchauffer était prête à être mangée et celui où nous commençâmes chacun une phrase, ce qui donna suite à des excuses. Je ne savais s’il se rendait compte qu’il rougissait, mais de mon point de vue, c’était absolument charmant, bien que je me gardais d’en faire la remarque. Un air assez tendre et amical se faisait toujours présent sur son visage et au fur et à mesure que les minutes s’engrenaient dans l’horloge du temps, je me sentais changer quelque peu. Je voyais enfin qu’au fond, je n’aurais dû me plaindre tant que cela, et que je devais passer à côté de choses merveilleuses. Et silencieusement, je remerciais Eliott, que j’espérais bien avoir pour ami par la suite et non comme simple connaissance, car il était à la base de cette sorte de révélation intérieure. Je prenais enfin conscience qu’il fallait que je prenne sur moi et de continuer. Il était temps, après tout.

Je ne m’attendais pas vraiment à un rire suite à ma question qui était parfaitement sérieuse et je doutais un instant de moi. Se pouvait-il que cela passe pour une plaisanterie ? Je ne pensais pourtant pas, à mon ton, avoir fait deviner pareille chose, et surtout fausse. Un réflexe m’avait fait légèrement reculer et redressée lorsqu’intriguée, je l’avais entendu rire. Je n’étais pas franchement douée en termes d’impassibilité – même si ces derniers temps, me fichant de tout, ce n’était pas franchement difficile – et je ne me rendais parfois même pas compte que certains sentiments passaient tant par mon visage. Et sur le coup, je me suis dit que discuter à un aveugle avait certains avantages, remarquer certaines expressions pouvant vous faire perdre le fil de ce que vous alliez dire. Eliott ne s’arrêta pas donc en si bon chemin et, calé contre le dossier de sa chaise, posa le bout de ses doigts sur la table, bien que je ne pris note du détail qu’un peu plus tard. Un large sourire illuminait son visage, plus certain et confiant, peut-être. Certainement que le fait que nous, voyants, ne pouvions que poser cette question puisque ne l’expérimentant pas, le fait d’être plus dans son élément, si l’expression convient, le faisait sans doute se sentir plus à l’aise. Du moins, ses joues avaient repris un coloris moins rosé et prendre compte de ce détail m’amusa. Mais voyant qu’il allait me répondre, je me concentrais sur sa réponse, les mains posées de chaque côté de mon assiette, couteau dans l’une, fourchette dans l’autre, mon attention toute tournée vers le jeune homme.

- Je ne suis pas un Vagabond comme les autres, vous l’avez remarqué, donc il est normal que mes qualifications soient différentes aussi, vous en convenez, mademoiselle Hilnavy ?

Je hochais la tête, et toute absorbée dans la logique qu’il y avait à suivre et que je ne voulais rater, je ne réalisais que je pouvais tout aussi bien acquiescer autant que je le voulais, qu’Eliott n’en saurait rien. C’était la seconde fois que, habituée à parler à des gens dénués de cécité, mes gestes n’étaient pas adaptés à la situation et je me promis intérieurement de prendre garde à ce fait par la suite. Après tout, le jeune homme avait démontré – dans les méandres de mon esprit seulement mais c’était suffisant – qu’il était loin d’être comme les autres, et ce n’était pas seulement son handicap qu’il fallait prendre en compte, mais son entière personne. Il était donc temps de faire quelques efforts. A commencer par lui répondre par l’affirmative, ce que je fis juste après.

Repoussant son plateau dont il avait fini de manger chaque aliment, il se redressa, se décollant ainsi de sa chaise, et croisa ses bras sur la table, la tête tournée vers moi.

- Ainsi, je ne quitte quasiment jamais Buckingham et lorsque je le fais, je suis constamment accompagné. Mon binôme peut être mon mentor, Kylan Owenned, ou bien une jeune femme du nom d’Alice Sullivan que vous avez peut-être déjà croisé, d’ailleurs… ?

Je venais d’avoir une première partie de ma réponse, mais mon esprit resta concentré sur la tâche que je m’étais promis de réaliser et je répondis cette fois quasiment aussitôt par la négative. Peut-être que l’un des deux noms m’évoquait vaguement quelque chose, mais cela n’allait pas plus loin. Le nom de celle qu’il désignait pour mentor n’était pourtant pas commun. Si elle était une sorte de guide pour lui, elle devait sans doute être quelque peu plus âgée, sans toutefois faire partie des plus anciens. Mais j’imaginais qu’elle devait être régulièrement aux côtés d’Eliott, et en conclus sans la connaître que cela devait certainement être quelqu’un de charmant. Quant à la seconde femme nommée, le nom ne m’évoquait absolument rien. Mais je remarquais le sourire plus tendre et que l’on aurait presque pu qualifier de rêveur lorsqu’il évoqua le prénom et mon cerveau en fit un lien logique. Ils devaient à coup sûr être proches. De quelle manière, je ne le savais. Je doutais d’un éventuel lien de parenté, et il l’appréciait plus que Kylan, si l’on comparait ses réactions. Un curieux pincement au cœur me saisit, pour je ne sais quelle raison et une fois de plus, j’étais quelque peu soulagée que mon compagnon, si un tel terme puisse désigner mon voisin de table, n’ait la capacité de s’en rendre compte.

En silence, je terminais rapidement mon assiette, et jetant un coup d’œil à Eliott, je remarquais que ses sourcils étaient dorénavant froncés ce qui donna une suite curieuse à un rougissement. L’alliage des deux me laissait perplexe, bien que je m’en fis la réflexion qu’intérieurement.

- Excusez-moi, je crois que je me suis laissé attraper dans la toile de mes pensées. Donc voilà pour votre question. Et au cas où cela vous intéresse : lorsque je reste à Buckingham, je suis dans une sorte de brigade spéciale pour les interrogatoires. Cela fait assez pompeux dit comme cela mais ce n’est vraiment rien de glorieux.

Je savais qu’il ne pouvait le voir, mais je ne pouvais m’empêcher de sourire, ce qui était assez curieux si l’on faisait le rapport de mon nombre de sourires dernièrement. Mis à part à Anaël, je ne voyais pas trop, et encore. Je rangeais l’information donnée dans un coin de mon cerveau, et bien que d’autres questions me viennent à l’esprit, je me tus et bus silencieusement un verre d’eau. J’avais entendu parler vaguement des interrogatoires et ne m’étais jamais posé la moindre question aux personnes qui les pratiquaient.

Eliott était quelqu’un de très expressif au niveau de son faciès, car même en étant à côté et non en face, je voyais une bonne part de ses sentiments passer sur son visage. Il semblait dorénavant un brin soucieux tout en réfléchissant sans doute activement en même temps. Je l’observais en souriant légèrement passer une main dans ses cheveux bruns, l’autre étant posée sur la table. Repoussant par la même occasion mon propre plateau un peu plus loin, je me tournais de trois quarts face vers lui, un genou toujours sur l’autre.

- Au sujet de ce que j’allais dire lorsque je vous ai coupé la parole une première fois, c’est aussi une requête mais d’un tout autre genre que la vôtre et vous pourrez évidemment refuser de vous y prêter sans aucun problème.

Il s’arrêta, et je n’eus le temps de me passer des possibilités de demandes qu’il reprit la parole, la voix peut-être un peu moins assurée qu’auparavant :

- Voyez-vous, les voyants voient avant de toucher, ça leur permet de faire comme une sorte de présélection instinctive mais nous, les aveugles, nous ne le pouvons pas alors nous nous fions aux attitudes, aux tons de voix, ce genre de choses et lorsque nous pensons à quelqu’un ce sont ces caractéristiques qui nous parviennent. Ça plus autre chose : le souvenir que nous a laissé le visage de la personne lorsque nous l’avons effleuré de nos doigts. Ce sont eux nos yeux et nous parvenons à recomposer une forme grâce à eux.

Sa main se mouvait d’elle-même, sans former de choses précises, comme pour appuyer ses paroles, et cela me rappela mon père qui avait souvent recours à ses mains pour parler, ce qui m’amusait beaucoup, petite. Mon cœur se serra à cette pensée et je grimaçai. Eliott me ramena à l’instant présent, en s’exprimant de nouveau, bien qu’ayant été attentive à ses propos, je savais d’avance la demande qui allait donc suivre et que je me voyais bien mal refuser.

- Donc je me demandais si vous me laisseriez vous voir à la façon des aveugles, pour compléter le tableau que j’ai de vous, si je peux dire cela ainsi.

Sa main quitta ses cheveux pour former un étau autour du poignet de son autre bras, et sa tête revint face à la table, me donnant un aperçu délibéré de son profil. Tout aussi charmant que le reste, certes, mais preuve de sa gêne. Je ne prenais vraiment conscience de l’effort de cette demande, mais au vu de sa réaction, il ne comptait pas se répéter et je ne pouvais lui en vouloir.

- J’accepte volontiers ! Lui répondis-je avec un grand sourire qu’il était peut-être capable discerner au ton de mon voix assez enjouée. Et cela ne me dérange absolument pas.

J’avais ajouté la seconde partie presqu’à suivre, voulant par la même occasion le rassurer quant au fait qu’il n’avait à s’inquiéter que je le fasse par pitié, ou je ne sais quelle autre chose, mais bien parce que je le souhaitais aussi, d’une certaine manière. Je me tournais sur ma chaise de façon à faire à peu près face à mon interlocuteur, lequel avait fait de même, et nos jambes se cognèrent indéniablement. Une fois de plus, les excuses fusèrent des deux côtés, me faisant rire brièvement. La distance était trop importante pour qu’il puisse rester droit tout en touchant mon visage, et je craignais de devoir garder une position précaire trop longtemps. Je m’avançais donc un peu avec ma chaise et nos jambes s’intercalèrent d’elles-mêmes. Le sourire du jeune homme était un peu crispé mais toujours présent, comme s’il essayait de se rassurer lui-même. Je coinçais des mèches de cheveux derrière mes oreilles et pris délicatement ses deux mains posées sur ses genoux. Comme il se laissait faire, je les amenais doucement jusqu’à mes joues. Mes mains s’attardèrent quelques secondes sur les siennes, plus grandes et plus chaudes, avant que je ne les croise sur mes cuisses, reprenant mes réflexes. Mes épaules se relâchèrent tandis que je fermais les yeux.

Ses paumes se décolèrent quelques instants plus tard de mes joues et seules les premières phalanges de ses doigts se promenèrent sur mon visage, comme une douce caresse. A une première inspection globale d’abord se succéda une sorte d’examen plus approfondi, s’attardant sur les différentes parties de mon visage, sans toutefois appuyer davantage sur ses doigts. Arrivé à mes lèvres, je ne pus m’empêcher de sourire, assez amusée au fond bien que je savais que la situation ne prêtait pas vraiment au registre du comique. De nouvelles fossettes se creusaient donc irrémédiablement et je ne pouvais voir la réaction d’Eliott, si cela le dérangeait ou non que mon visage ne soit plus aussi régulier que lorsque je le gardais impassible, et je pus me mettre, même rien qu’un bref instant, à sa place. Je me calmai donc intérieurement et mes lèvres ne restèrent étirées qu’en un léger sourire.

Finalement, au bout de quelques minutes, je sentis qu’il retirait ses mains et rouvrait les yeux, papillonnant quelques secondes des paupières pour me réhabituer à la luminosité environnante. Eliott affichait un air bien plus serein et un sourire s’était à nouveau dessiné sur ses lèvres, reflet du mien.

- Alors, que vous dit votre instinct suite au toucher de mon visage ? Lui demandais-je, assez amusée.

Je ne bougeais pas d’un iota, bien que la position puisse s’avérer assez embarrassante. Mais je me trouvais bien là où j’étais. Et puis, être face à face aide bien plus à une discussion que de le faire de côté. Ce qui au fond, m’arrangeait bien en cet instant même si je commençais à me dire que je finirais psychopathe à vouloir à tout prix rester aussi proche de lui.

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MessageSujet: Re: Suddendly I see || Aylmett ♥   Jeu 15 Sep - 21:59

Le visage fixé devant moi, j’avais presque du mal à déglutir tant mon corps était tendu. Ma main toujours serrée sur de mon poignet n’arrangeait rien mais je ne me sentais pas de me lâcher. C’était comme un repère, un point d’amarrage pour ne pas partir dans les flots de l’angoisse. Repensant à ce que m’avait dit un jour Kylan sur la signification de l’eau dans l’inconscient, je jugeai que la mention des flots était amplement adaptée et perdis un petit peu de mon stress grâce à cet interlude. Par chance, la voix enjouée d’Amy s’éleva aussitôt dans l’air, adorable de fraîcheur et de compréhension :

- J’accepte volontiers ! Et cela ne me dérange absolument pas.

Je pouvais discerner un sourire dans sa voix, un sourire si fort qu’il ne pouvait pas être menteur. Un petit peu soulagé que ma demande ne soit pas mal prise, je relâchai mon poignet et me tournai vers ma voisine. Celle-ci faisant la même chose, au même moment, nous nous cognâmes légèrement et nous excusâmes simultanément. Le rire d’Amy vint accueillir le fait et j’eus l’impression que je pourrais tout faire pour ce rire. L’effet qu’il me faisait était aussi fort que le reste de sa personne. Aucune rougeur ne vint cependant envahir mes joues, mon esprit étant déjà passé à ce qui allait se dérouler sous peu. J’allais toucher de mes doigts le visage que je devinais déjà charmant de la Vagabonde. Une boule de nervosité naquit dans ma gorge, écrasant les tuyaux de mon œsophage comme s’ils n’avaient pas été là et accroissant ma difficulté à déglutir librement. Difficulté qui s’augmenta quelques instants plus tard, quand Amy rapprocha sa chaise de la mienne et que ses jambes s’intercalèrent avec les miennes, comme les pièces d’un puzzle enfin reconstitué. Déstabilisé par la situation que je n’avais jamais vécue ainsi, j’en venais presque à regretter ma proposition mais n’oralisai rien. Il aurait été plus que stupide d’émettre un quelconque trouble si la situation était normale pour Amy. Je n’aurais fait que passer pour un pauvre garçon qui n’avait pas l’habitude de la proximité des femmes. Ce que je n’étais pas. Je n’étais simplement pas habitué à la proximité d’Amy. Et même si je désirais développer cette habitude, je n’étais pas convaincu que cela soit bénéfique à la jeune femme. Avec un peu de gêne, je me souvins de l’envie que j’avais eu de rapprocher nos jambes, un peu plus tôt, et trouvai presqu’amusant qu’elle ait fini par le faire. Comme si cela devait inéluctablement arriver… Entraîné à trouver les symptômes amoureux chez mon entourage, je ne pouvais manquer ceux qui commençaient à s’éveiller en moi, qui transparaissaient presque dans chacune de mes pensées, et m’en inquiétai. Il ne fallait absolument pas que je me laisse aller à tomber amoureux. Être sensible au charme passait encore, après tout je n’avais pas vraiment le choix, mais mêler l’amour à cela était inconcevable. Fort de ma résolution, j’essayai de décoincer le sourire crispé qui modelait mes lèvres mais ne tardai pas rapidement à avouer mon échec. Je ne pouvais pas me détendre pour l’instant. Quand je serai concentré sur les traits à reconstituer mentalement, peut-être, mais pas pour l’instant. Amy me bouleversait trop. J’avais envie de la serrer contre moi, de sentir les mouvements de son cœur, de sa respiration contre moi et de l’embrasser mais savais que ça n’arriverait jamais. Premièrement parce que je n’étais absolument pas convaincu de lui plaire. Deuxièmement parce que si je le faisais sans avoir la certitude d’être bien accueilli, je deviendrai presque un prédateur sexuel et mon envie à ce sujet me faisait toujours défaut. Surtout avec Amy. Même si c’était la seule jeune femme qui me tournait autant la tête.

Inconsciente de l’effet qu’elle me faisait, celle-ci prit avec légèreté mes mains, jusque là posées sur mes genoux et les portai à ses joues. Le contact avec la peau velouté me plut aussitôt. Presque autant que celui des mains d’Amy, s’oubliant quelques instants, sur les miennes. Attendant durant une seconde qu’elle soit prête, je la sentis se détendre et commençai doucement à observer à ma manière son visage. Mes paumes m’handicapant dans cela, je laissai seulement mes premières phalanges partir à la découverte de ce visage offert, l’effleurant aussi doucement que si ça avait été la chose la plus précieuse au monde. Mon esprit s’égarant, je songeai que c’est ce qu’elle était pour moi avant de me rattraper, le sang brûlant mes pommettes. Ce genre de pensées était tout à fait indécent, étant donné que je ne la connaissais que depuis quelques infimes minutes. Il fallait que je cesse de les avoir et que je me concentre plutôt sur le visage à ma disposition. Sans me presser, je remontai donc sur ses tempes, son front, traçant sa forme, appréhendant son plein, avant de descendre par son nez et de revenir sur ses joues, en évitant soigneusement ses lèvres, puis de finir avec ses mâchoires et son menton. Tout m’apparaissait petit et fin, exactement comme ses mains. Je ressentis immédiatement un besoin instinctif de mettre à l’abri toute cette délicate fragilité mais m’en abstins, reprenant plutôt mon inspection avec plus de facilité maintenant que j’avais la carte mentale de son visage esquissée dans mon esprit. Cette fois, je n’éviterai pas ses lèvres. Il fallait que je sache si elles correspondaient au reste de son visage. Intuitivement, je savais que oui mais l’envie que j’avais de vérifier terrassa l’intuition. Tout aussi légèrement, je repris donc ma découverte, effleurant avec plus d’assurance la rondeur de ses pommettes, le creux léger de ses joues, la courbe de son front, de son nez et la finesse de sa bouche. Bouche qui s’étira immédiatement en un sourire que je m’empressai de découvrir avant de filer sur ses joues, lesquelles me laissèrent deviner des creux correspondant à des fossettes avant que le sourire ne s’efface. J’espérai que ce n’était pas parce que j’avais gêné ou contrarié Amy à réagir ainsi et, attendant de voir si elle parlait, me stabilisait sur ses joues avant de me remettre à dessiner son visage, la réprimande ne venant pas, jusqu’à avoir l’impression de le connaître par cœur. Tout s’était bien passé. Tout s’était même très bien passé. Le soulagement né de cela dans ma poitrine me donna l’illusion d’avoir des ailes. A moins que ce soit l’image mentale que j’avais d’Amy qui me portait ? Je ne le savais pas. Je savais juste que ce que je venais de découvrir me plaisait tout autant que le reste et que le fait qu’elle se soit laissée faire était plutôt positif. Je savais que je n’aurais pas du réagir ainsi, penser ainsi, mais je ne pouvais m’en empêcher. Son charme me troublant, je voulais instinctivement que la réciproque soit vraie. Alors même que c’eut été la pire des choses pour cette jeune femme au-dessus de la moyenne. Me forçant à me calmer pour ne pas alerter la jeune femme en question, j’accentuai le sourire né sur mes lèvres durant mon exploration.

- Alors, que vous dit votre instinct suite au toucher de mon visage ?demanda Amy avec amusement.

Hochant la tête à ma propre encontre tout en agrandissant franchement mon sourire, je repassai une main dans mes cheveux avant de poser mon bras sur le haut de mon dossier.

- Il me dit que les voyants doivent vous trouver un visage sympathique et touchant. Vous avez l’air d’être dotée d’une physionomie très délicate, mademoiselle Hilnavy.

Le ton doux de ma voix me surprit bien qu’habituellement je n’étais pas du genre à tonner. J’avais l’impression d’être résolument calme. Comme si j’étais sur le point de m’endormir dans une mer d’ouate. La sensation était étrange mais très agréable ainsi ne fis-je rien pour la chasser. Amy m’inspirait décidément plus de bons sentiments que personne auparavant. Si Kylan avait été là, il y avait fort à parier qu’elle se serait gentiment moquée de moi. Et aurait été impressionnée par l’influence qu’avait Amy sur moi. Désireux d’essayer de transmettre à la source de mon bonheur ce qu’elle m’apportait, je tendis soudain ma main gauche devant moi, le bras légèrement plié pour éviter qu’il la heurte et la paume offerte au ciel.

- Me feriez-vous le plaisir de me donner votre main? J’aimerais expérimenter quelque chose… La transmission d’énergie, pour être précis.

Faisant abandonner le haut du dossier de mon siège à ma seconde main, je la plaçai près de sa jumelle et attendis quelques secondes avant que mon interlocutrice n’accepte de répondre à ma demande. Contrairement aux autres fois qui m’avaient plutôt stressée, la sensation d’apaisement qui était arrivée en moi, après que j’eus répondu à Amy, n’avait pas disparu et je me sentais l’âme d’un Dalaï-lama. Mes doigts emprisonnant doucement ceux de la jeune femme, je fermai les paupières, m’obscurcissant davantage le Monde, et me concentrai pour effectuer le transfert. Comme je l’aurais prédit si j’avais été dans mon état normal, ce fut un échec. Néanmoins, je ne lâchai pas les mains de ma vis-a-vis et les déposai juste à la frontière que nos jambes encore collées formaient.

- Désolé, cela n’a vraisemblablement pas été très concluant… commentais-je en souriant, plutôt amusé de l’échec de notre expérience.

Quelque chose au fond de moi me souffla que j’avais fait cela dans l’unique but de toucher encore la jeune femme et je ne pus que le concéder, sans toutefois ressentir une once de culpabilité. Oui, il ne fallait pas que je tombe amoureux d’elle. Oui, il ne fallait pas non plus que je profite de mon handicap pour « profiter » d’elle. Mais rien ne m’empêchait d’essayer de trouver les limites que m’imposait notre amitié naissante. Car c’était bien ce que je comptais devenir pour Amy : un ami. Quelqu’un sur qui elle pourrait compter dans n’importe quelle situation, autant que je le pourrais. Mes mains toujours dans les siennes, nos jambes encore accolées, je me sentais plus à ma place que jamais jusque là.

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MessageSujet: Re: Suddendly I see || Aylmett ♥   Lun 3 Oct - 18:35

Le sourire d’Eliott, toujours présent comme à son habitude, s’accentua davantage encore lorsqu’il entendit ma question. Il me semblait que nous étions seuls mais je ne pris pas le soin de vérifier ma supposition, toute occupée que j’étais à ne pas perdre une miette des réactions de celui qui me faisait face. J’étais curieuse de savoir ce que mon visage au toucher pouvait lui indiquer quant à ce que j’étais. Me revint à l’esprit l’étude de textes du dix-neuvième que j’avais eu à faire plus jeune, où un auteur réaliste associait à des parties du corps un trait du caractère. Bien que je ne pensais pas que par le physique on puisse deviner la personnalité de la personne en question, la curiosité l’emportait et me tenaillait l’esprit quant au fait que pour les non-voyants, cela se révèle être le cas. Heureusement, Eliott mit un terme à mes réflexions et me fournit la réponse presqu’aussitôt, d’une voix relativement douce :

- Il me dit que les voyants doivent vous trouver un visage sympathique et touchant. Vous avez l’air d’être dotée d’une physionomie très délicate, mademoiselle Hilnavy.

Je souriais en inspirant, amusée par la sorte de coïncidence avec ma pensée envers l’écrivain et sa façon de mettre un lien entre corps et adjectifs correspondant au caractère, bien qu’Eliott n’ait parlé que de mon physique. Je n’avais pas tellement l’habitude des compliments, aussi ne fis-je aucune remarque, l’appréciant tout en ne pouvant m’empêcher d’en douter quelque peu, puisque je n’avais franchement pas eu une attitude sympathique justement, et qu’irrémédiablement, cela se voyait à mon visage que je ne voulais pas approcher les autres. Jusqu’à maintenant, visiblement.

Le jeune homme dont la main avait glissé dans ses cheveux bruns pour se reposer sur le dossier de sa chaise, tendait dorénavant la seconde devant lui, repliée vers lui, sans doute pour éviter qu’elle ne me heurte sans le vouloir, ses yeux morts ne pouvant l’aider à déterminer la distance. Ouverte, comme attendant qu’on y dépose quelque chose dedans, cette main brusquemment avancée m’intriguait. Et bien évidemment, son propriétaire m’expliqua immédiatement sa venue soudaine en une simple demande :

- Me feriez-vous le plaisir de me donner votre main ? J’aimerais expérimenter quelque chose… La transmission d’énergie, pour être précis.

Je n’avais aucune idée de ce qu’il entendait par « transmission d’énergie », mais je lui faisais confiance et sitôt que sa main droite se détachait pour se placer à côté de sa jumelle, les miennes vinrent se placer dans celles masculines d’Eliott. Je le laissais faire, les serrer comme on prend quelqu’un par la main et mon regard se détacha de nos mains pour observer son visage. Ses paupières fermées sur ses magnifiques iris, son visage parfaitement concentré dans sa tâche me firent sourire légèrement. Puisque nous pouvions voyager dans le temps au moyen d’anneaux, il était, après tout, tout à faire concevable que l’énergie puisse se transmettre. Quoi que cela veuille dire. En ce but, j’essayais de me concentrer également, en me vidant quelque peu l’esprit, sans grand succès. Je ne ressentais rien de particulier, mis à part cette curieuse sensation au ventre, mais celle-ci était apparue depuis le début ou presque de ma rencontre avec Eliott, je n’attribuais donc pas cela à cette transmission. Et les paupières de celui-ci révélant à nouveau ses prunelles bleutées, nos mains toujours liées posées sur nos genoux encore collés, il confirma mes doutes.

- Désolé, cela n’a vraisemblablement pas été très concluant…

J’avais donc raison quant à la sensation qui m’habitait : cela n’avait aucun rapport. Et je notais une fois de plus le sourire du Vagabond qui démentait quelque peu ses paroles. Mais à vrai dire, ce dysfonctionnement, si l’on pouvait appeler cela ainsi, ne me posait pas franchement de problème. Je n’avais pas connaissance de cette envie de transmission d’énergie, bien que les termes indiquaient qu’il voulait donc me donner un peu de son énergie. A cause de ce que j’avais dit concernant ma fatigue au tout début ? C’était ce qu’il y avait de plus plausible et je ne me posais donc pas plus de questions à ce sujet. De toute manière, une autre préoccupation me venait à l’esprit dans l’immédiat. J’étais de toute évidence très heureuse d’être là en ce moment précis. Mais justement, comment cela se faisait-il ? Comment Eliott était arrivé à m’approcher alors que je rejetais la plupart des personnes au quotidien, lassée de ce que je vivais ? Il n’avait pas conscience de l’exploit que c’était. Et bien que j’aurais voulu que ce moment de quiétude où je n’avais à m’inquiéter de rien dure aussi longtemps que possible, je ne pouvais m’empêcher de me poser des questions. Le contact de nos mains et de genoux en lui-même n’était pas habituel et presque déplacé. Eliott était quelqu’un d’adorable, et je n’avais pas eu besoin de plus de temps pour me rendre compte de la pureté de son âme. Mais justement, je n’avais pas à entamer sa joie et son enthousiasme certainement permanant et de l’accaparer alors que bien d’autres le méritaient plus que moi.

Des bruits de pas précipités me sortirent de ma bulle et ma tête se tourna par automatisme en direction du bruit. La salle était en effet vidée de tout occupant, excepté Eliott et moi-même. Une jeune fille fut bientôt visible dans le cadre d’une des portes et son regard passa en revue tous les coins du réfectoire avant de s’arrêter sur nous. Jenna, puisque j’étais quasiment sûre qu’il s’agissait d’elle, s’avança de quelques mètres, plus lentement en reprenant son souffle et m’apostropha suffisamment fort pour que je puisse l’entendre :

- Amy Hilnavy ?

Répondant aussitôt par l’affirmative, Jenna, car c’était effectivement elle, expliqua en quelques mots que l’on avait besoin de moi dans le passé, assez urgemment. Fermant une seconde les yeux, je soupirais silencieusement avant de lui répondre que j’arrivais et elle tourna les talons. Me tournant de nouveau vers Eliott resté silencieux, je lui adressais un sourire désolé qu’il ne pouvait voir. La pensée qu’il serait quasiment impossible que je puisse revoir l’aveugle avant un bout de temps, du fait que Buckingham se voyait fréquenté par nombre de personnes, eut à peine le temps de s’exposer clairement à moi qu’une idée contrecarrant ce mauvais plan, si l’on peut dire ainsi, me fit reprendre pleinement l’usage de mes mains et sortir des poches de mon manteau laissé sur le dossier de ma chaise un stylo et une feuille de papier. Il y avait parfois du bon à se promener avec cela en poche, surtout en hiver où je ne tenais pas plus que cela à devoir exposer mes mains au froid dans l’espoir de trouver un crayon et quelque chose sur quoi écrire pour une tierce raison. J’en déchirais un morceau où rien n’avait encore été inscrit dessus et m’appuyant sur la table, y écrivait mon numéro de portable que je dictais en même temps oralement à un Eliott qui devait certainement se demander quelle mouche m’avait piquée.

- Je suis désolée de partir ainsi, vraiment. Et comme je serais ravie de vous revoir à nouveau, mais que nous n’avons pas le temps de convenir de cela dans l’immédiat, je viens de vous dire mon numéro et si jamais vous l’oubliez, puisque vous avez certainement bien d’autres choses plus importantes à retenir, je vous l’ai écrit sur ce papier. Après tout, avec votre charme, si vous voulez bien m’appeler, vous allez bien trouver quelqu’un pour le lire, lui expliquais-je, tout à fait sérieuse avec un brin de malice pour la dernière phrase.

Joignant le geste à la parole, je pliais en deux ledit papier et le glissais dans la paume toujours ouverte du brun dont je repliais doucement les doigts dessus. Je ne me posais pas de questions sur ce qui m’avait pris de réagir ainsi, alors que j’avais tout juste pris conscience qu’Eliott méritait de côtoyer des personnes bien meilleures à la mienne. Mais en même temps, ma part égoïste voulait le revoir. Alors au diable ma petite voix. Après tout, cela ne tiendrait qu’à lui de décider si une nouvelle rencontre aurait lieu ou non.

- Merci en tout cas de votre accueil si chaleureux. Passez une bonne journée, monsieur Saint-James, le saluais-je en souriant tout en lui serrant la main comme moins d’une heure auparavant.

En quelques secondes, je fus debout, ma chaise remise à sa place et je me revêtais de mon manteau tout en marchant à grandes enjambées. Dans le couloir, je croisais Jenna qui venait à ma rencontre, croyant que j’avais oublié ce que je devais faire, et je lui demandais d’aller aider Eliott que j’avais été forcée de laisser en plan. Elle parut étonnée, sans doute que ma sollicitude n’avait pas dû la toucher auparavant – à juste titre –, mais m’affirma qu’elle y allait. La remerciant, je me remis en route. Je ne doutais pas que le jeune homme serait aidé comme il se doit avec Jenna, laquelle était promise à être Vagabonde mais qui n’était pas autorisée à se servir de cette capacité à cause de son jeune âge. Comme elle était tout de même engagée, elle faisait bien régulièrement les commissions comme celle à laquelle j’avais eu droit et prenait son rôle très à cœur. Je souriais en y pensant, mais encore plus à me remémorer rien que quelques instants avec Eliott. J’espérais bien pouvoir parler de nouveau avec celui qui venait, sans même s’en rendre compte, de me redonner goût à la vie.


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Dernière édition par Amy Hilnavy le Sam 6 Avr - 21:59, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Suddendly I see || Aylmett ♥   Ven 11 Nov - 19:29

L’affection que j’éprouvais pour Amy, cette inclination irraisonnée et irraisonnable, paraissait s’accroître au fil des secondes et j’eus bientôt le sentiment que je ne pourrais jamais me défaire d’elle. Que ce soit physiquement ou sentimentalement. La lâcher me paraissait inconcevable. Je savais bien, pourtant, qu’il me faudrait le faire à un moment ou un autre. J’y avais même déjà pensé mais tout ce qui s’était passé auparavant n’avait pas autant de poids que l’instant que nous vivions, présentement. J’étais le genre de personnes à me dire que rien n’arrivait pas hasard. J’étais également du type à me dire que je finirais ma vie, seul. Mais avec Amy Hilnavy, c’était comme si le premier précepte effaçait le second tant je me sentais lié à elle. Le son clairement identifiable d’une course dans notre direction me permit de me mettre à distance de mes élans affectifs et je fis en sorte de me concentrer sur elle pour ne pas serrer Amy contre moi. Vu la légèreté des pas et leur souplesse, ils devaient appartenir à une femme plutôt légère et jeune. Je me posai la question de ce qu’elle pouvait chercher quand elle s’arrêta avant de se remettre à avancer mais avec moins de hâte qu’elle n’était arrivée. L’objet de sa quête me fut bientôt révélé à travers le nom de celle qui m’avait envoûté et je me dis que ce n’était pas plus mal, comme un rappel pour m’empêcher de soupirer après ce que je ne pourrais jamais obtenir. Amy répondit, s’en suivit quelques paroles qui achevèrent de casser mon entrain amoureux. Pour reprendre une formule universellement connu : le devoir l’appelait. Et je n’avais rien à faire contre cela. Il m’était impossible de lutter contre cela. Mon côté altruiste parfois trop développé me l’aurait de toute manière empêché, notais-je en me concentrant pour ne pas perdre mon sourire et trahir mes pensées. Le pas de la jeune fille reprit soudain tandis qu’elle s’éloignait après qu’Amy lui eut assuré qu’elle la rejoignait et je me demandais comment nous allions nous dire au revoir, Amy et moi, au vu de notre posture un petit peu trop proche pour des gens venant de se rencontrer alors que c’était ce que nous étions. Malgré l’attirance indicible que j’éprouvais pour elle, je ne la connaissais pas. Si cela avait été réciproque, j’aurais pu dire que nous avions été l’objet d’un coup de foudre. Les mains de la jeune femme m’échappèrent soudain et je fis de mon mieux pour ne pas les rattraper. Quelques secondes plus tard, j’entendis un bruit un peu étouffé que je ne parvins pas à rattacher à quelque chose avant que le son d’un papier déchiré, rapidement suivi de celui d’une bille glissant sur le dit-papier ne me parvienne. Elle m’écrivait quelque chose. Je faillis lui faire remarquer à voix haute que j’étais aveugle mais sa voix dictant des chiffres que je compris être son numéro me fit taire. Elle me donnait son numéro… Elle me donnait son numéro. Elle me donnait son numéro ! L’euphorie que me procura ce constat rendit plus authentique le sourire qui était mes lèvres.

- Je suis désolée de partir ainsi, vraiment. Et comme je serais ravie de vous revoir à nouveau, mais que nous n’avons pas le temps de convenir de cela dans l’immédiat, je viens de vous dire mon numéro et si jamais vous l’oubliez, puisque vous avez certainement bien d’autres choses plus importantes à retenir, je vous l’ai écrit sur ce papier. Après tout, avec votre charme, si vous voulez bien m’appeler, vous allez bien trouver quelqu’un pour le lire.

Avouer que je crus m’étouffer de bonheur était amoindrir ce que je ressentais. Elle pensait que j’avais du charme. Pire, elle avait l’audace malheureuse de croire qu’elle n’était pas importante pour moi alors qu’elle était déjà devenue le centre de mon monde. C’était à ne pas y croire. Comme si je vivais un rêve éveillé. Le contact du papier dans ma paume m’assura que je me trouvais bien dans la réalité et celui de ses doigts sur les miens, pour me les faire replier, me fit admirer la réserve de self-control que je paraissais posséder. Elle m’électrisait.

- Merci en tout cas de votre accueil si chaleureux. Passez une bonne journée, monsieur Saint-James me salua-t-elle en me serrant la main. Je savais que c’était sûrement le dernier contact que j’aurais avec elle avant un temps indéterminé et je me pris à me dire qu’elle me manquait déjà, alors même que nos paumes ne s’étaient pas décollées.

Mais cela finit par arriver et en quelques instants, ce fut comme si Amy Hilnavy n’était jamais entrée dans ma vie pour la remettre inconsciemment en question. Un peu sonné, je ne lâchai pas le papier qui m’avait été remis, la seule chose tangible que j’avais de cette rencontre. La seule chose qui m’assurait que cela s’était effectivement passé. Ma tête paraissait être remplie de papillons, mes pensées bourdonnaient et les éclats confus qui traversaient mon esprit était tous tournés vers Amy. Des pas se firent brusquement entendre, des pas délicats et durant l’espace d’une seconde, je crus que c’était elle qui revenait. Néanmoins, je ne pus m’aveugler davantage. C’était simplement la jeune fille de tout à l’heure, une certaine Jenna, si je ne me trompais pas. Elle s’avança sans la moindre hésitation vers moi et se présenta. Rendossant mon sourire coutumier, je fis de même et lui demandai, en m’excusant de la déranger, si elle pouvait ramener mon plateau, ce qu’elle fit en m’assurant qu’il n’y avait vraiment aucun problème. Son dynamisme me plut. Elle devait avoir mon âge ou un peu moins et je me dis que c’était exactement le genre de personnes qu’il me plairait d’avoir pour amie. Alors que je n’avais jamais sincèrement envisagé Amy sous cet angle. Me saisissant de ma canne, je me levai doucement et rejoignis Jenna qui m’attendait à quelques pas de là. Sans que je ne lui pose la question, elle m’avoua que c’était Amy qui lui avait demandé de venir compenser son brusque départ et ce fut à mon tour de lui répondre qu’il n’y avait vraiment aucun problème. Pour sa présence ou le départ d’Amy. L’un comme l’autre avait des raisons que je comprenais parfaitement. Et les raisons de sa présence achevaient de me faire tourner la tête. Amy. Demain, j’essaierai de la contacter. Elle aurait sûrement fini sa mission et de toute manière, je ne pouvais attendre davantage. Son manque se faisait déjà ressentir, presque physiquement. Finalement, nous avions bien été les objets d’un coup de foudre.


Fin de la première partie



"Her face is the map of the world"



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