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 Don't move, time is slow ; MICAH

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    Date de Naissance : 25/07/1985







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MessageSujet: Don't move, time is slow ; MICAH   Mar 1 Jan - 22:32


MICAH


Michael sortait de l’hôpital Gordon avec soulagement. Depuis qu’il avait été retrouvé en compagnie d’un cadavre, deux semaines plus tôt, il devait voir hebdomadairement un psychologue basé à l’hôpital. Aujourd’hui était le premier rendez-vous qu’ils avaient ensemble et, d’après les dires du Dr. Collins, un homme qui pourrait être son père et qui avait su le mettre à l’aise dès le début, il ne serait certainement pas nécessaire de poursuivre la thérapie plus de trois-quatre mois. Cela vous laissera amplement le temps de cauchemarder de l’évènement et à nous de réagir en conséquence. Au besoin, je vous rajouterai quelques séances. Jusque là, portez-vous bien, monsieur Comanech, et à la semaine prochaine, avait ajouté le praticien en le reconduisant à la porte. Une poignée de main plus tard, Michael s’était éloigné rapidement pour quitter l’atmosphère stérile du lieu. Il appréciait la propreté mais uniquement quand elle était équilibrée par un minimum de bazar. Or, dans cet hôpital, le bazar était dissimulé encore plus soigneusement que la méthadone.

Relevant le col de sa veste pour protéger son cou d’un courant d’air, il avança jusqu’au passage piéton le plus proche et appuya sur le bouton d’appel. Il n’était pas pressé. Les voitures pouvaient bien continuer à défiler devant ses yeux, cela ne le dérangerait pas le moins du monde. Son esprit était bien loin d’elles. Il parcourrait sa mémoire, réfléchissant pour la millième fois à ce qu’il aurait pu faire pour empêcher le suicide de son ravisseur. Le feu passa au vert pour lui au moment où une voix désormais familière lui murmurait qu’il n’aurait rien pu faire puisque, comme l’avait relevé le mort, il était mou, dépendant et facilement bouleversé. Honteux, il baissa les yeux sur le trottoir encore humide de la pluie qui était tombée le matin même et laissa ses pieds le diriger là où bon leur semblait. Le regard vide, il croisa ainsi une foule de personnes qu’il remarqua à peine, foula le pavé de nombres de rues en éclaboussant parfois ses pantalons d’eau mais c’est uniquement quand il arriva au niveau de Vauxhall Bridge qu’il sentit qu’il appartenait bien à la réalité. Cette sensation avait été provoquée par la présence solitaire d’un homme habillé d’un long manteau en laine beige qui, debout sur la bordure du pont, fixait la Tamise avec intensité.

Michael sentit son estomac se renverser et, sans plus réfléchir, les images du suicide de son ravisseur se superposant aux images du présent, il se précipita vers l’inconnu qu’il saisit à la taille et attira vers lui. Déséquilibré par son poids, il s’écroula sur le sol, l’homme sur lui libéré de son étreinte, et ressentit une vive douleur au niveau de son coccyx. Un large sourire s’inscrivait pourtant sur son visage quand il rouvrit les yeux pour voir les nuages grisâtres qui habillaient le ciel. Le corps fourmillant d’adrénaline, il se redressa, jeta un coup d’œil au suicidaire, qui se relevait en s’appuyant au sol, et l’imita. Ses pantalon étaient encore plus mouillés qu’avant et sa veste était en piteux état mais il s’en fichait. Il avait agi. Il n’avait pas laissé une seconde personne se suicider devant lui et c’était tout ce qui importait.

L’inconnu leva la tête vers lui à ce moment précis de ses pensées et ses yeux de chat donnèrent à Michael l’impression d’avoir attrapé un fil électrique à pleines mains. Son sourire disparu, il attendit qu’il dise quelque chose mais l’homme se contenta de le fixer en silence. Son manteau beige ouvert battait l’air au rythme du léger vent que charriait la Tamise et Michael se demanda ce qu’il était convenu de dire en telle situation.

Une illumination le frappa soudain et il parla sans peur.

- Je vous offre un café ?

L’inconnu parut surpris de sa proposition mais Michael sourit, étrangement confiant. Il avait la sensation inhabituelle de faire ce qu’il fallait et cela lui plaisait beaucoup. Peut-être que la voix s’enfuirait après cela. Certainement pas, lui susurra-t-elle aussitôt.

Chance ou destin, ce fut le moment que choisit son coccyx pour se rappeler à lui et il sentit une pointe douloureuse se frayer un chemin dans ses nerfs, chassant par le même coup son bourreau intérieur. Il savait toutefois qu'il n'en avait rien laissé paraître.

Il était peut-être mou et peureux, il n'en restait pas moins qu'il savait se contrôler quand il le fallait. Or, dans le cas présent, il avait la conviction que le self-control était plus qu'exigé.


Dernière édition par Michael Comanech le Mar 8 Jan - 2:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Don't move, time is slow ; MICAH   Mer 2 Jan - 21:22


I can't say "no" to you


Allongé dans un lit perché sur une mezzanine, Noah observait avec circonspection le monde extérieur à travers la vitre d’une lucarne. Les nuages gris qui s’amoncelaient à l’horizon annonçaient de fortes pluies dans le courant de la journée ainsi qu’un vent glacé pour quiconque flânerait trop près de la Tamise. C’était le temps idéal pour rester au lit avec Tamsin Wallace, la fille du nouvel associé de son père qu’il avait fait l’erreur de lui présenter à la dernière soirée mondaine de la saison. La fratrie Wenstone ne s’était pas montrée, occupée ailleurs mais désolée de ne pas être là selon les dires de leurs parents, et Tamsin avait rapidement distrait Noah de la pensée d’Anastasia.

Bébé, tu fais quoi ? demanda d’ailleurs la jeune femme en revenant se coucher près de lui.

Elle avait de vaporeux cheveux blonds qui tendaient vers le rose pâle et la délicatesse de ses traits la faisait ressembler à une poupée. Tendant la main pour caresser sa joue, Noah croisa ses yeux verts clairs. Tout en elle paraissait délavé de lumière. La peau bronzée de sa propre main ressortait d’autant plus dorée sur la joue blanche de Tamsin.

Je regardais le ciel, murmura-t-il avant de l’attirer à lui pour embrasser son front. Elle se laissa glisser contre lui et écouta attentivement la suite de ses paroles : Je me demandais ce que j’allais faire… Est-ce que je reste avec toi jusqu’à ce que tu me jettes dehors ou est-ce que je pars tout de suite ?

Il prononça ces mots la bouche presque enfouie dans sa chevelure et sourit lorsqu’elle tordit la tête pour le regarder. Ses yeux paraissaient encore plus grands qu’ils ne l’étaient, vus ainsi.

Je pense que tu devrais partir.

Sous le choc de la réponse, Noah resta quelques secondes bouche bée avant de froncer les sourcils. Il n’avait pas pour habitude de se faire rejeter et ce n’était pas cette fausse poupée de chair et de sang qui allait faire sa loi. Elle parut le comprendre parce qu’elle s’empressa de justifier sa déclaration en disant que s’il pensait à partir, c’était qu’il en avait besoin et qu’elle ne devait pas le retenir. A ces mots, il se sentit rempli d’une étrange affection pour cette fille faible et fragile. Il se promit de prendre régulièrement de ses nouvelles et de coucher plusieurs fois encore avec elle avant de l’oublier dans un coin, pour la récompenser de son mode de pensées.

Fier de ses résolutions, il se pencha en souriant pour l’embrasser et elle se laissa faire sans protester, comme elle ne fit rien pour l’empêcher de quitter la chaleur accueillante de son lit au profit de la salle de bains. Quand il en sortit, elle était toujours là où il l’avait laissée et il se sentit comme un collectionneur de poupées géantes. Elle se redressa en le voyant, allant jusqu’au bord du lit pour l’embrasser une dernière fois. Au moment, où il sentit qu’elle l’attirait à elle, il s’en détacha et descendit rapidement les escaliers de la mezzanine après un dernier salut à son attention. Quelques secondes plus tard, il foulait le sol en marbre du couloir et gagnait l’ascenseur le plus proche. Au moment où les portes se refermèrent sur lui, il sut ce qu’il allait faire.


Comme il l’avait prévu, le vent soufflait au bord de la Tamise et il n’y faisait pas bon de se promener. Tant mieux, cela éviterait de croiser trop de monde. Noah avait horreur des gens quand il se suicidait. Sauf si cela faisait partie de l’évènement, évidemment. Mais cela arrivait rarement étant donné que justifier une résurrection était toujours délicat.

Un coup d’œil circulaire autour de lui confirma sa solitude et il attrapa un bout de son manteau pour éviter d’être déséquilibré tandis qu’il se mettait debout sur la rambarde rouge de Vauxhall Bridge. C’était loin d’être le pont préféré du jeune homme mais il n’était pas trop emprunté donc, dans le cas présent, c’était tout à fait parfait. Un courant d’air plus fort que les autres faillit le précipiter au sol aussi choisit-il rapidement de quitter sa place actuelle au profit des larges rectangles de briques qui interrompait la rambarde pour signaler à la fois les pieds du pont et les statues en bronze qui les ornaient, lesquelles avaient l’air terriblement fausses aux yeux de Noah.

Debout sur son nouveau perchoir, il se félicita de son changement et s’étira tranquillement avant de laisser tomber son regard sur l’eau sombre de la Tamise. Quelques courants étaient visibles, trahis par la mousse blanche qu’ils produisaient en surface, et les mouettes criaient à tue-tête que ce soit sur la berge ou en volant au-dessus de lui. Noah se sentait bien milieu de tout ça. C’était la première fois qu’il allait se jeter d’un pont mais il avait déjà expérimenté la noyade et la sensation de suffocation promettait d’être délicieuse couplée à l’apaisement que les profondeurs souillées lui apporteraient fatalement.

Tout à ces pensées, le regard fixé à l’étendue aqueuse, il ne remarqua pas l’homme à la veste noire qui avançait vers lui. Cela l’empêcha de prévoir ce qu’il allait faire et il s’en mordit les doigts dès qu’il sentit deux bras vigoureux enserrer sa taille étroite pour le faire descendre de force de la bordure. D’abord, il s’en trouva décontenancé mais son cerveau ne tardant pas à additionner deux et deux, sa surprise laissa rapidement place à une certaine exaspération, surtout lorsque son « sauveur » et lui-même tombèrent sur le sol glacé et humide du trottoir.

Affalé sur le sol, il retint un soupir, satisfait de ne plus avoir les bras de l’autre sur lui, mais un second lui échappa lorsqu’il remarqua le sourire béat qui décorait le visage de la bonne âme. Visiblement, sauver des désespérés était la consécration de sa vie. L’héritier Richardson le plaignit presque en se relevant puis il remarqua l’humidité de ses vêtements et se dit qu’il allait lui être compliqué de faire payer la note de pressing à son sauveur puisque du point de vue de ce dernier, il lui devait la vie et que la vie, pour ceux qui n’avaient pas la chance d’être immortel, ça valait quand même plus qu’un pressing. Un autre soupir lui échappa tandis que celui qui avait gâché un moment qui aurait du être grandiose finissait de constater l’état de ses vêtements à son tour. Ils étaient pires que les siens mais il ne paraissait pas s’en soucier, son expression radieuse ne quittant pas son visage une seule seconde. Noah s’en sentit d’autant plus exaspéré. Il était tombé sur le ravi de la crèche. Chouette.

Cessant de le regarder du coin de l’œil, à moitié dissimulé par ses cheveux, l’immortel dégagea son visage et planta son regard dans celui de son vis-à-vis sans la moindre hésitation. Malheureusement, un blanc se fit dans son esprit quand il se demanda ce qui l’avait conduit à faire ça puisque, désormais, une unique question l’intéressait : les yeux de son sauveur, qu’il décida dans le même temps de rebaptiser Superman, étaient-ils noirs ou bleus ? Les réponses ne cessaient de s’interchanger, effleurant parfois le gris, et Noah bénit l’absence de soleil qui aurait rendu encore plus difficile l’interrogation. Préoccupé qu’il était par la question, il ne remarqua pas la disparition du sourire de Superman, ni même la gêne qui paraissait l’agiter, à présent. Non, vraiment, ce qui l’intéressait était de déterminer de quelle couleur était le regard ancré au sien.

Celui-ci changea soudainement, prenant une apparence plus claire qui permit à l’héritier de discerner une teinte diluée de bleu foncé et l’intrigua d’autant plus. Il n’avait jamais vu quelqu’un possédant des yeux bleus aussi foncés. Habituellement, les yeux bleus ou gris étaient réputés pour leur transparence. Or, là, Noah aurait au premier abord juré que Superman avait les yeux noirs avant qu’un reflet ne s’égare dans ses prunelles.

- Je vous offre un café ?

La question interrompit brutalement l’immortel dans ses pensées mais il ne s’en offusqua pas. Superman avait mystérieusement gagné toute son estime avec ses yeux bizarres et son expression de joie enfantine. En réalisant ça, il fronça les sourcils mais le sourire que lui adressa aussitôt Superman l’incita à repousser le traitement de la question à plus tard. S’il ne l’avait pas oubliée d’ici là, évidemment. Se souvenir des choses qui n’étaient pas ses morts, la composition de cocktails, le numéro de ses comptes bancaires ou encore l’endroit où il avait rangé ses clés n’était définitivement pas son fort. Il avait des gens qu’il payait pour le faire à sa place, quand la situation le requérait. Présentement, toutefois, il n’y avait personne à qui il pouvait dire : faites-moi penser à reconsidérer à l’étrange fait qui a placé Superman comme étant une personne fréquentable alors qu’il m’a empêché de mourir, qu’il a sali mes affaires et que je ne sais même pas si ce café qu’il me propose ne va pas l’empêcher de manger pour les six mois à venir. C’est d’ailleurs peut-être grâce à cette absence qu’il se surprit à accepter l’invitation d’un hochement désinvolte de la tête, comme s’il n’avait rien de mieux à faire de sa vie. En y repensant à deux fois, il n’avait effectivement rien de mieux à faire de sa vie (puisque mourir n’entrait pas dans cette catégorie) et il songea alors qu’il devait passer trop de temps avec Anastasia Wenstone pour avoir tant de mépris en lui. Comprenez, il était hautain, arrogant et dans une réalité différente de celle de la plupart des gens mais il restait un type sympa. Anastasia Wenstone, elle, était une belle garce ; c’était d’ailleurs pour cela qu’il l’aimait et qu’il n’avait de cesse de la vouloir pour lui seul.

- Vous vous appelez comment ? demanda-t-il abruptement à Superman pour arrêter de penser à la jeune femme. Il savait qu’il risquait d’oublier le nom qui allait lui être donné dans les quinze prochaines secondes mais il lui fallait une diversion et ceci en était une bonne.

Il referma les pans de son manteau sur lui tout en posant sa question et laissa ensuite ses bras ballants le long de son corps. Ce mouvement couplé à la non-réponse immédiate de Superman l’encouragea à se demander où son sauveur et lui allaient prendre un café. Faussement préoccupé par cette pensée qui avait surtout pour but de le distraire, il n’entendit clairement que la fin de la réponse que Superman lui fit, un instant après. Manech ? C’était son prénom, ça ? Ou bien son nom ? Osh…

Maudissant sa frivolité qui le faisait agir avec légèreté et presque irrespect avec quiconque lui adressait la parole et ne parvenait pas à s’imposer dans la seconde qui suivait, Noah se força à s’excuser et à répéter sa question pour ne pas se trouver dans une situation encore plus embarrassante par la suite puisqu’il avait bien l’intention d’aller boire un café avec Superman et qu’il y allait bien y avoir un moment où il serait obligé de le désigner d’une façon ou d’une autre. Il pouvait toujours l’appeler « Superman », évidemment, mais il n’avait pas envie de dévoiler à ce parfait inconnu les associations bidons que faisait parfois son esprit. D’ailleurs, il n’avait envie de dévoiler cela à personne. Cela ne concernait que lui, exactement comme le phénomène de la mort.

La pensée qu’un véritable suicidaire aurait sûrement agi différemment dans la situation où il se trouvait se manifesta soudain à lui et il l’éloigna en bénissant sa mère. Grâce à elle, elle savait qu’au milieu du dix-neuvième siècle, la jeunesse aussi dorée que désabusée de France n’avait aucun respect pour la vie. Il pouvait très bien arriver à se faire passer pour l’un de ses héritiers avec son beau manteau et sa belle gueule. Surtout que, dans le fond, jeune, riche et désabusé, c’était bien ce qu’il était.

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MessageSujet: Re: Don't move, time is slow ; MICAH   Mer 9 Jan - 20:05


Here I dreamt I was your savior


La douleur dans le coccyx de Michael se faisait plus sourde au fur et à mesure que le temps passait, ce qui le rassura. Il allait se retrouver avec un gros hématome mais rien de plus grave, fort heureusement. Il lui suffirait de faire attention à la façon dont il s’asseyait et tout irait bien.

Loin de se douter de ses problèmes de postérieur, son interlocuteur hocha la tête pour accepter la proposition qu’il venait de lui faire et Michael ne put que noter l’indifférence qui transparaissait dans le mouvement. De ce qu’il lui semblait, l’inconnu acceptait comme il aurait pu accepter n’importe quoi d’autre. Sans y accorder d’importance voire même de sens. Le brun supposa que c’était cette attitude qui l’avait conduit à essayer de se suicider et il se promit de faire en sorte de le réveiller un peu. Il aurait été dommage de laisser quelqu’un en détresse alors qu’on pouvait faire en sorte de le réconforter. Surtout que l’infortuné en question paraissait à peine avoir vingt ans. Il avait toute sa vie devant lui, il devait s’en rendre compte.

- Vous vous appelez comment ? demanda brusquement le jeune homme en fermant son manteau.

Ses gestes étaient précis, habiles. Il paraissait sortir d’un quelconque rendez-vous plutôt que d’une tentative de suicide. Malgré lui, Michael tiqua mais il fit de son mieux pour se détendre : après tout, ce n’était pas parce qu’il imaginait un suicidaire devant être d’une telle façon, selon un modèle précis, que tous étaient pareils. L’humanité était un exemple incroyable de diversités et les suicidaires y appartenaient, morts ou vifs. De plus, le désintérêt qui paraissait caractéristique à son interlocuteur pouvait fort bien expliquer l’habileté de ses gestes. Fort de cette pensée, Michael salua d’un sourire engageant la question qui venait de lui être posée avant d’y répondre verbalement. Il ne tendit pas la main vers l’autre, estimant que s’il ne l’avait lui-même pas fait, c’était pour une bonne raison.

Quelques secondes après qu’il eut parlé, les yeux de chat cillèrent et il comprit qu’il n’avait pas été écouté une seule seconde. Mettant cela sur le compte de l’état clairement en décalage de son interlocuteur, état qui paraissait aller en s’accentuant et ramenait le suicidaire vers une vision plus conforme de son état du point de vue de son sauveur, celui-ci ne s’en formalisa pas. De toute façon, il n’avait jamais été du genre à oser dire quand quelque chose lui déplaisait alors il n’allait pas commencer avec quelqu’un d’aussi fragile que son vis-à-vis.

Celui-ci s’excusa d’ailleurs très vite de son manque d’attention. Michael lui pardonna de suite. Il n’arrivait pas très bien à saisir son état d’esprit précis mais sa tentative de suicide lui faisait éprouver de la compassion à son égard. Pour cette raison, quand il lui demanda de répéter ce qu’il venait de dire, il s’exécuta sans attendre et lui renvoya la question tout en commençant à marcher vers Westminster, d’où il venait. Il y avait certainement des cafés à proximité du pont qui iraient très bien pour une discussion posée avec son interlocuteur.

Ils marchaient tous les deux paisiblement mais Michael ripa soudain à cause de l’humidité du sol et ne put retenir un cri de douleur quand son coccyx cogna de nouveau le bitume. Serrant les dents, il croisa le regard impassible de son toujours anonyme interlocuteur et s’en sentit légèrement blessé jusqu’à ce qu’il lui tende une main pour l’aider à se relever. Il la lâcha sitôt l’opération effectuée mais Michael n’en fut pas dérangé. Il était tout à fait disposé à suivre les règles d’interaction de l’inconnu, si cela lui permettait d’entrer en contact avec lui. Il le remercia ainsi pour son aide et ne lui rappela pas qu’il ne lui avait toujours pas répondu. La réponse qu’il attendait finirait certainement par venir, le moment venu.

Ils repartirent, Michael clopinant du mieux qu’il le pouvait pour ne pas être trop ridicule et l’inconnu lui jetant régulièrement des regards en coin qu’il ne savait pas comment interpréter. Au bout de plusieurs mètres durant lesquels ce manège persista, il commença à se sentir mal à l’aise. Heureusement, ils étaient presque arrivés au bout du pont et l’enseigne facilement identifiable d’une chaîne de restauration rapide brillait face à eux.

- Là-bas, ça vous convient? s’enquit-il en désignant, de la façon la plus naturelle qu’il put, l’endroit, au moment où le suicidaire l’observa de nouveau à la dérobée.

Un nouveau hochement de tête lui répondit et ils continuèrent à avancer vers leur destination. Michael observait désormais, lui aussi, son acolyte, intrigué qu’il était par son comportement. Toutefois, lui veillait à le faire à un rythme moins fréquent. Tous les sept pas, environ, contrairement aux deux et demi de l’inconnu.

Il avait l’impression de participer à une sorte de jeu et le malaise qu’il ressentait au début se transformait progressivement en amusement ; même si le manque de communication du jeune homme le perturbait de plus en plus.

Il ne lui restait plus qu’à espérer que la langue du jeune homme se délierait devant une tasse de café. Dans le cas contraire, il pourrait toujours monologuer mais ne voyait pas comment il ferait pour le laisser, une fois leur café pris. Il aurait bien trop peur qu’il reparte aussitôt sur le pont pour finir ce que lui avait interrompu. Et ayant déjà une mort sur la conscience, Michael jugeait que c’était tout à fait inacceptable.
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MessageSujet: Re: Don't move, time is slow ; MICAH   Ven 8 Fév - 7:24


Happiness is a warm gun



« Superman » était ainsi Michael Comanech. Pourquoi pas ? Ce n’était pas plus mauvais que « Clark Kent ». C’était différent, moins claquant. Superman avait gagné des syllabes. Et lui demandait présentement comment lui s’appelait. Noah fit la moue. Il n’avait pas envie de répondre. Le suivre ne lui posait aucun problème, il n’avait rien de mieux à faire dans l’immédiat puisqu’il semblait que les suicides soient reportés à plus tard, mais lui parler… Non, cela ne lui disait vraiment rien du tout. Pour cette raison, tandis qu’ils marchaient, il conserva le silence et se demanda le temps que mettrait Michael à se trouver gêné de cela. Il fut interrompu dans ses prévisions par la chute soudaine dudit Michael, qui perdit au même moment son statut de super héros étant donné que les super héros ne criaient pas comme des fillettes quand ils se heurtaient à quelque chose ; bitume effroyablement dur et glacial ou non.

Un petit peu déçu, Noah l’observa placidement pendant quelques instants avant de décider de faire un geste pour lui. Main tendue dans sa direction, il attendit ainsi que Michael s’en saisisse pour le relever et le relâcha aussitôt que cela fût fait. Il n’aimait pas toucher les hommes. Pour lui, le toucher était un sens beaucoup trop sensuel pour être utilisé à tort et à travers. Dans son esprit, les seuls êtres touchables étaient les femmes. Et les animaux. Mais ces derniers l’étaient uniquement parce que leur animalité, justement, annulait toute sensualité.

Michael le remercia de son geste et Noah ne répondit toujours pas. A la place, il se contenta de repartir, son interlocuteur à ses côtés. Celui-ci paraissait d’ailleurs avoir quelques difficulés à marcher et l’Immortel supposa que c’était à cause de sa chute. Peut-être s’était-il fait plus mal que ce qu’il pensait au premier abord ? Dans ce cas, pourquoi ne le disait-il pas ? Il y avait un petit hôpital à proximité. Ils auraient tôt fait de s’y rendre. En plus, cela permettrait à Noah de ne pas avoir trop longtemps à attendre sa prochaine mort.

Sans s’en rendre compte, il commença à dévisager Michael, son regard ne le quittant que pour mieux lui revenir. Il se demandait ce qui le poussait à ignorer son propre mal-être pour s’occuper d’un type, lui en l’occurrence, qui ne faisait rien pour le mettre à l’aise. La stupidité, sûrement. Mais une stupidité différente de celle qu’il rencontrait fréquemment dans son cercle de fréquentations. Une stupidité altruiste, le genre de stupidité qui vous plaçait d’office en bas de l’échelle et vous empêchait de ne serait-ce que penser à gravir un échelon. Noah se sentit désolé pour Michael, même s’il comprenait maintenant pourquoi il l’avait trouvé dès le début fréquentable en dépit de multiples points qu’il n’aurait pas pardonné à la plupart des gens : c’était parce que Michael était quelqu’un de fréquentable. Un type prêt à se couper en deux pour vous. Sauf si vous aviez besoin de plus de morceaux, évidemment.

- Là-bas, ça vous convient?

La question venait à point nommée pour étayer l’opinion de Noah et celui-ci hocha la tête sans même regarder ce que ce « là-bas » désignait. Michael avait une belle tête de victime, dès qu’on le regardait de plus près et cela le fascinait. Le personnage de Superman lui allait comme un gant, finalement. Le cri qu’il avait poussé en tombant ne l’excluait plus des super héros. Tout en prenant cette décision, Noah se rendit compte qu’il n’était désormais plus le seul à scruter l’autre : en effet, Michael l’observait lui aussi avec curiosité, même si ses regards étaient moins appuyés que les siens.

Un fin sourire habilla son visage mais il ne sortit pas de son mutisme. Ce n’était pas le moment. Michael devait rester sur la brèche quelques instants encore. Son clopinement de plus en plus marqué n’y changerait rien : tant qu’il ne se déciderait pas à en parler, Noah ferait semblant de ne rien remarquer.

Ils arrivèrent au bout du pont et continuèrent leur avancée vers le café qui ne semblait attendre qu’eux en cette fin d’après-midi. Une jeune femme déjeunait en vitrine, un journal sous les yeux, et un serveur bidouillait la machine à expressos lorsqu’ils passèrent la porte vitrée. Sans jeter un regard de plus à l’employé, Noah s’approcha d’une table pour deux accolée à un mur et accrocha son manteau à la patère fixée derrière sa chaise. Quand il se retourna pour voir ce que faisait Michael, il se rendit compte que le jeune homme l’observait, figé devant la portée d’entrée du magasin.

- Vous ne me rejoignez pas, Michael ?, demanda-t-il, une vague expression de surprise sur le visage.

Il avait parlé sans réfléchir et cela parut faire comme un déclic chez son interlocuteur parce qu’il lui offrit un large sourire avant de s’avancer vers lui. A peine était-il installé que le serveur venait leur demander ce qu’ils voulaient. Noah laissa Michael leur commander deux cafés puis, au moment où l’autre allait ajouter quelque chose, lui coupa la parole sans le moindre scrupule :

- Je m’appelle Noah, dit-il en l’obligeant à soutenir son regard. Pourquoi m’avez-vous empêché de sauter ?

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