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 If you can’t go through an obstacle, go around it. Water does. || Hanner

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MessageSujet: Re: If you can’t go through an obstacle, go around it. Water does. || Hanner   Lun 18 Mar - 23:15

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Le sourire d’Hanna disparut, signe qu’elle allait répondre, et Asher se demanda si elle avait entendu sa véritable question. Après tout, il y avait des formules consacrées à ce genre de sujet qui empêchaient parfois d’écouter ce qui était vraiment dit… La jeune femme le rassura bien vite en reprenant la parole avec un certain entrain. Visiblement, ce qu’elle faisait lui plaisait et Asher en fut satisfait tandis qu’il écoutait ce qu’elle disait :

- Je ne suis pas à l’université à proprement parler. Je suis à ma deuxième année à l’école de cascade de Londres. Tout en lui attribuant un âge d’environ vingt ans, Asher noua ses doigts sous son menton, attentif. Là étaient des études peu banales. Là était de l’intérêt. Disparue la folle furieuse qui lui avait enlevé son bien. Désormais, seule l’image d’Hanna telle qu’elle s’esquissait dans leur conversation demeurait. Invincible. Je suis des sortes de « cours », continuait-elle en ponctuant sa phrase de guillemets aériens, qui s’apparentent plus à ce qu’on pourrait nommer des stages ou quelque chose s’en approchant, en fait.

Tout en reposant ses bras sur la table, Asher consigna soigneusement ces informations. Il y avait bien l’un de ses employés qui pourrait le renseigner plus en détails sur ce cursus tellement atypique, si besoin était. Pour le moment, il n’avait pas envie de laisser la conversation dériver sur cela. C’était sûrement égoïste mais il savait que son interlocutrice pouvait contrecarrer ses intentions facilement aussi n’eut-il aucun remord. Cette absence de remord s’accrut lorsque, sans tarder, Hanna lui renvoya la question, Et vous ? Que faites-vous ?. L’histoire qu’il savait convenir à la situation s’imposa instinctivement à son esprit, cette histoire où nulle trace de sa maladie n’était décelable et où l’argent évoqué pouvait rester dans des sommes raisonnables, et il s’empressa de la libérer.

Pour l’instant, je suis un oisif : je teste différentes choses, tant dans la reconstitution de situations à échelles diverses que dans les sciences-politiques, et je profite effrontément de la pension que mes parents ont la bonté de me verser mensuellement. J’ai jusqu’à septembre prochain pour décider du cursus universitaire que je suivrai enfin.

Mentalement, il ne put s’empêcher de se noter de commander un nouveau cercueil. Le dernier en date ne lui convenait plus. Trop de satin.

J’espère que vous réussirez à faire ce que vous voulez, en tout cas, dit-il en attrapant de nouveau sa tasse pour la porter à ses lèvres.

Il la vida d’une gorgée avant de sentir une vive douleur l’étreindre au niveau du thorax, juste entre ses côtes. Ses doigts lâchèrent son chocolat qui alla s’écraser sur la table en se reversant joyeusement, sans, toutefois, briser la porcelaine, et il se replia sur lui-même. Il avait l’impression de suffoquer. La pensée qu’il avait de la chance d’avoir pu avaler sa gorgée avant de souffrir lui traversa l’esprit mais il ne put s’étendre dessus. Un nouveau pic de douleur l’avait assailli et, yeux fermés, il se forçait à le surpasser. Il détestait l’idée qu’on pût le voir ainsi. Il détestait l’idée qu’il fût vulnérable. Et ces détestations l’aidèrent à prendre le contrôle sur son mal. Relâchant la crispation de ses doigts sur son pull, il se redressa pour constater que la place de son interlocutrice était vide. Les yeux brillants des larmes de douleur apparues par sa crise et un désagréable bourdonnement dans les oreilles, il songea que c’était peut-être mieux ainsi avant de se rendre compte que, loin d’être partie, Hanna s’était simplement mise debout, à côté de lui, prête à lui venir en aide si besoin était. Il ne put s’empêcher d’en être surpris. Même s’il avait l’habitude que l’on s’occupe de lui, généralement, il s’agissait de personnes payées pour cela.

Il la vit esquisser des mots mais ne parvint pas à en saisir le sens. Le bourdonnement dans ses oreilles n’avait pas encore disparu. Il inspira profondément, attentif aux signes avant-coureurs d’une crise bien pire et fut soulagé de n’en trouver aucun. Quelques secondes plus tard, sa respiration retrouva un rythme normal, le bruit lui revint nettement et il se sentit mieux. Epuisé mais mieux. Hanna parut le comprendre car elle retourna s’asseoir sans tarder, adorable silhouette après ce monde douloureux qui l'avait assailli.

Il lui sembla qu’elle lui demandait comment il se sentait et il lui répondit machinalement, son regard fixé au serveur qui essuyait leur table. Au vu de l’attitude maîtrisée de la jeune femme, Asher supposa que c’était elle qui l’avait appelé et qui avait fait en sorte que personne ne s’affole puisqu’après avoir lancé un regard circulaire, il s’était aperçu qu’il n’y avait finalement que peu de regards fixés sur eux. Apaisé, il attrapa sa serviette, s’essuya les lèvres avec et se força à se remettre droit.

Comme vous l’avez précédemment remarqué, je ne suis en effet pas au meilleur de ma forme. Excusez-moi pour ce désagréable spectacle. J’aurais préféré vous l’épargner, à vous ainsi qu’à notre entourage, dit-il d’une voix plus rauque. Il avait envie de lui demander si elle avait bien fait ce qu’il pensait mais n’en eut pas la force. Si cela ne vous dérange pas, reprit-il rapidement, je vais régler nos consommations dès à présent. Je ne crois pas que je serais de bonne compagnie si je restais.

Dire cela l’ennuyait quelque peu. Le moment qu’il passait avec Hanna était différent de ceux qu’il vivait habituellement et il aurait aimé le prolonger mais il savait qu’au vu de son état actuel, cela n’était pas recommandé ; surtout que la jeune femme pouvait se sentir mal à l’aise, à présent, même s’il en doutait. Elle ne paraissait pas prête à partir. Pourtant, elle acquiesça, compréhensive, et il fit signe à l’un des serveurs de leur apporter la note. Il la régla rapidement, remis écharpe et manteau tandis qu’Hanna faisait de même de son côté et l’aida à réajuster son armée de sacs avant de lui tenir la porte menant à la sortie. Il tenait à terminer leur « rendez-vous » sur une note moins pathétique que lui s’étouffant pour une raison inconnue.

Une fois qu’ils furent sortis et après s’être excusé auprès de son interlocutrice, il s’empressa d’appeler l’une de ses employées, Almen Perón, seule au courant de son problème suite à un incident du même genre et qui s’était proposée pour l’aider à être pris en charge si quelque chose lui arrivait dans l’après-midi. Il lui expliqua brièvement la situation, appréciant l’éloignement poli d’Hanna et étant navré de la retenir, avant de raccrocher aussi vite qu’il le put. Il se rapprocha alors de sa compagne de marché et la remercia pour le temps qu’elle lui avait consacré.

Du peu que j’ai vu de vous, Hanna, vous n’êtes pas banale mais cela vous sied bien, dit-il, mains enfoncées dans ses poches pour essayer de maîtriser les tremblements qui venaient de les prendre et écharpe soigneusement enroulée autour de son cou. Je ne regrette pas que vous ayez eu gain de cause en ce qui concerne la crèche.

Elle lui sourit, toutes fossettes apparentes, et il fit de même tandis qu’elle lui répondait quelques mots polis qui lui firent plaisir malgré tout. Almen arriva à ce moment-là et Asher remarqua qu’elle avait réquisitionné l’une des voitures de « service », aux plaques immatriculées à Monaco, une magnifique berline noire à la ligne élégante et discrète. Sans se focaliser sur ce détail, il proposa à Hanna de la déposer quelque part mais elle refusa gentiment. Il n'insista pas et lui adressa un dernier sourire avant de se diriger vers la voiture de laquelle sortit Almen pour l’aider à s’installer. Une fois assis sur le siège passager avant, il ne put s’empêcher de chercher la silhouette d’Hanna parmi les passants ; sans succès. La jeune brune avait été avalée par la foule.

Almen démarra et ils s’en allèrent vers l’appartement qu’occupait le jeune homme quand celui-ci se souvint qu’il n’était pas allé récupérer le cadeau précédemment acheté au Père Noelandais. Il soupira, trop fatigué pour manifester sa contrariété de façon plus visible, et Almen, inconsciente de ce qui se passait dans sa tête, augmenta la température du chauffage le faisant par là-même reconsidérer ce qui le préoccupait.

Il trouverait bien autre chose ou demanderait à quelqu’un d’aller le récupérer plus tard. Pour le moment, c’est lui-même qu’il devait récupérer.

Au moins savait-il maintenant que la normalité était un état qui ne lui allait pas longtemps.

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MessageSujet: Re: If you can’t go through an obstacle, go around it. Water does. || Hanner   Mar 19 Mar - 21:55

- Pour l’instant, je suis un oisif : je teste différentes choses, tant dans la reconstitution de situations à échelles diverses que dans les sciences-politiques, et je profite effrontément de la pension que mes parents ont la bonté de me verser mensuellement. J’ai jusqu’à septembre prochain pour décider du cursus universitaire que je suivrai enfin.

Je finissais mon chocolat chaud tout en écoutant toujours aussi attentivement les propos d’Asher. Le type d’études qu’il testait ne m’étonnait pas, au vu de ce qu’il avait annoncé précédemment. Mais justement, je l’aurais plutôt cru dans un cursus bien avancé et déterminé. Comme quoi, il ne faut pas juger aux apparences. Quant à sa référence à l’argent, je ne la notais que distraitement. J’avais remarqué qu’il était bien habillé, et me doutais par avance qu’il faisait partie d’un milieu assez aisé. Mais ce n’était pas ce qui importait, de ce que j’en pensais. Loa aussi recevait mensuellement de l’argent de ses parents, et avait même un sacré compte en banque, dorénavant. Mais, comme elle, ce n’était pas un facteur que je jugeais comme si conséquent dans mes rapports avec les autres. C’était utile, oui, mais on ne choisit pas la famille dans laquelle on tombe, ni son milieu. Aussi ne fis-je aucune réflexion là-dessus et préférais parier sur les études qu’Asher risquait de finalement choisir.

- J’espère que vous réussirez à faire ce que vous voulez, en tout cas.

Je n’eus même pas le temps de le remercier et de lui renvoyer la pareille qu’il lâcha soudainement la tasse qu’il venait juste de prendre pour en boire une gorgée. Réagissant aussitôt, je me levais en quatrième vitesse de mon siège pour faire signe à un serveur de venir nettoyer et détournais rapidement l’attention des autres clients. Je ne savais pas précisément ce qu’il s’était passé, puisqu’Asher ne semblait pas avoir avalé de travers ou quoi que ce soit, mais il avait le droit en tout cas de ne pas être fixé de toutes parts. C’était un accident, ça arrivait à tout le monde. Postée à côté du jeune homme, je remarquais que ses doigts relâchaient doucement son pull, qu’il avait sans doute agrippé au passage. N’ayant pas la moindre connaissance en médecine et ce qui aurait donc pu provoquer l’état du brun, je me sentais réellement inutile, à côté de lui, mais préférais être prête à intervenir. Je ne savais pas ce qu’il convenait de faire, dans une telle situation, mis à part attendre les bras ballants. Ce que je détestais.

- Comment je peux vous aider, Asher ? demandai-je doucement, alors qu’il tournait la tête vers moi.

Je n’étais pas certaine qu’il m’ait entendu, puisqu’il s’appliquait à prendre une respiration lente et profonde, plus régulière, et que je n’eus pas le droit à la moindre réponse. Quelques secondes plus tard, constatant qu’il retrouvait une respiration normale et qu’il n’était plus aussi tendu qu’auparavant, je retournai me glisser sur ma chaise, restant néanmoins en alerte, pour le cas où une crise le reprendrait. Je ne savais pas si c’était une crise, en fait, mais, de mon point de vue, c’était ce qui semblait le plus approprié.

Remarquant que j’avais retrouvé son attention, je lui demandais comment il se sentait, ce à quoi il me répondit machinalement que ça allait. Je n’en étais pas convaincue mais n’insistais pas. Je pouvais toujours lui poser à nouveau la question si j’en doutais. Je l’observais envelopper du regard la salle, avant de prendre sa serviette et de s’essuyer. Il ne semblait vraiment pas en très grande forme. Sans doute regrettait-il d’être venu, surtout après ce qui venait de se passer. Mais cette pensée n’eut que le temps de me traverser l’esprit puisque déjà Asher confirmait ce que je pensais concernant sa santé vacillante, et ainsi de la fin imminente de notre rencontre :

- Comme vous l’avez précédemment remarqué, je ne suis en effet pas au meilleur de ma forme. Excusez-moi pour ce désagréable spectacle. J’aurais préféré vous l’épargner, à vous ainsi qu’à notre entourage.

Sa voix était différente, sans doute sous l’effet de ce qui venait de se passer. Peut-être avait-il bien failli s’étouffer, finalement. J’étais heureuse que ça ne soit pas arrivé, ne connaissant que globalement les gestes pour aider dans un tel cas de figure. J’aurais bien été en peine de réellement le secourir, ce que j’aurais abhorré plus que tout.

- Si cela ne vous dérange pas, reprit-il rapidement, je vais régler nos consommations dès à présent. Je ne crois pas que je serais de bonne compagnie si je restais.

J’acquiesçais en souriant doucement, lui répondant qu’il n’y avait aucun mal et que je comprenais parfaitement. Mais ça non plus, je n’étais pas sûre qu’il l’ait entendu. Il régla rapidement la note que le serveur apportait et m’aida même à placer tous mes sacs sur mes épaules, une fois qu’il eut retrouvé ses propres affaires. J’aurais pu me débrouiller seule, comme je l’avais fait auparavant, mais ne jugeais pas utile d’en faire la remarque, préférant le remercier chaleureusement. Il me tint également la porte, en sortant, ce qui m’arrangeait bien, étant donné qu’avec la crèche dans les bras, j’aurais bien été en peine d’y arriver, même si je savais que j’aurais bien trouvé une solution pour cela. Sans doute tenait-il à prouver qu’il n’était pas encore au bout du rouleau, ce qui était admirable, en un sens.

Je restais à l’écart tandis qu’il passait un coup de téléphone à une tierce personne. Probablement pour qu’on vienne le chercher, étant donné que je doutais qu’il soit en état pour rentrer ainsi. J’aurais sans doute tenu à l’accompagner, si ça avait été le cas. J’étais déjà assez agacée de ne pas avoir pu proprement réagir lors de sa « crise ». La simple idée qu’il puisse en refaire une sur le chemin du retour sans que je ne puisse intervenir ne me plaisait absolument pas.

- Du peu que j’ai vu de vous, Hanna, vous n’êtes pas banale mais cela vous sied bien, me confia-t-il après m’avoir remercié du temps que je lui avais consacré. Je ne regrette pas que vous ayez eu gain de cause en ce qui concerne la crèche.

Un large sourire s’étira sur mes lèvres, absolument ravie des propos qu’il tenait malgré ce qui s’était passé et de ma démarche qui ne m’aurait pas valu beaucoup d’amis, au marché. Un sourire similaire fleurit sur le faciès d’Asher, ce qui m’encouragea encore davantage à le remercier, et à bien lui préciser que sa singularité m’avait également plu. Cela sonnait peut-être poli, puisque d’une certaine manière, je lui renvoyais le compliment, si on pouvait le nommer ainsi. Mais pour moi, c’était sincère et certainement pas forcé. Car Asher avait beau avoir l’air d’être comme tout être humain – et son état en témoignait d’autant plus –, il ressortait quand même quelque peu du lot, à mes yeux.

Confirmant mes pensées concernant le chemin du retour, une berline noire s’arrêta doucement à quelques mètres de nous. Je déclinais la proposition d’Asher de me déposer quelque part, n’étant pas particulièrement fan des voitures et préférant de loin la marche, même avec tout ce que j’avais acheté. Mais j’appréciais qu’il y eut pensé. Ce n’était après tout pas le cas de tout le monde.

Une jeune femme sortit du véhicule et fixa Asher, visiblement prête à l’aider et à repartir avec lui. J’en conclus qu’il était entre de bonnes mains, et sur un dernier sourire, je m’éloignais sans tarder. Mon précieux objet dans les bras, je profitais tout de même des trottoirs bien moins fréquentés que le marché pour garder un rythme assez soutenu. Souriant en repensant globalement à la tournure qu’avaient prises les choses, je manquais de percuter quelqu’un, étant relativement distraite. M’excusant prestement, je décidais de laisser de côté mes réflexions pour me concentrer sur ce que je faisais. Décidément, Asher n’était pas une rencontre comme les autres.

***

Je pressais le pas et slalomais pour la seconde fois de la journée entre les passants présents sur le marché d’Hyde Park. Il devait être aux alentours de dix-neuf heures, à présent, ou peut-être un peu moins. Mais toujours était-il que le ciel s’était bien assombri, depuis le temps, laissant la place aux hauts lampadaires et lumières de sources aussi variées que colorées. Ainsi, même si la nuit était désormais tombée, Winter Wonderland n’en restait pas moins attirant, bien au contraire.

C’était en faisant un bref récapitulatif de ce que j’avais dépensé et de ce qu’il me manquait au niveau de mes cadeaux que je m’étais soudainement souvenue de l’achat qu’avait mentionné Asher, juste avant qu’il ne m’invite à prendre une boisson chaude. Réalisant qu’il n’était certainement retourné chercher son bien, au vu de son état, l’idée m’était venue d’aller le lui rapporter, en dédommagement de mon chocolat qu’il avait payé. J’étais complètement indépendante depuis mon arrivée à Londres et tenais à l’assumer, et ainsi, à ne pas me reposer sur le dos des autres. C’était un principe, pur et simple, mais qui m’avait échappé au Café et qui me dérangeait à présent que je m’en rendais compte. Je n’étais absolument pas certaine, après tout, de revoir le jeune homme, et voulais donc lui rendre la pareille, en quelque sorte. Et c’est ainsi que je me suis de nouveau retrouvée au marché de Noël.

A quelques mètres du stand de Monsieur O’Donnell, je constatais avec plaisir qu’il n’avait pas encore fermé boutique, mais continuais tout de même d’y parvenir au plus vite, ne sachant pas encore combien de temps toute mon entreprise durerait.

- Re-bonsoir ! Je viens récupérer l’achat du jeune homme à qui j’ai un peu volé la crèche, tout à l’heure. Il n’est pas en état de venir le récupérer, et je tiens donc à le lui rapporter. Déjà qu’il n’a pas pu acheter la crèche qu’il voulait, je m’en voudrais de lui faire passer sous le nez autre chose.

Je m’exprimais avec une telle effervescence que le marchant me pria de répéter, n’ayant pas saisi l’ensemble de mes propos. J’obtempérais avec un sourire en faisant un effort pour articuler et ne pas m’exprimer trop rapidement. Je répondis brièvement aux questions de l’Irlandais quant à la santé d’Asher dont je n’avais pas plus d’informations, avant de demander s’il était possible que je puisse le lui rapporter. Si le vendeur accepta sans discuter de me remettre l’objet avec un sourire un peu bizarre, il fut plus réticent à bien vouloir me renseigner sur l’adresse d’Asher, lorsque je revins quelques secondes plus tard, en me rendant compte que je n’avais aucune idée d’où le livrer. Il ne devrait déjà pas me confier l’achat d’une autre personne sans être assuré que l’acheteur me l’autorisait, alors des informations personnelles… Néanmoins, après avoir un peu bataillé et essayé tous les arguments qui me venaient, il consentit à me montrer le chèque, qui m’indiqua que le nom d’Asher était Wenstone, et qu’il habitait dans le quartier de Kensington. Ce qui n’était pas très loin d’Hyde Park, heureusement. Parce que j’avais tout intérêt à faire autant attention à ce paquet qu’à ma crèche auparavant.

Une vingtaine de minutes plus tard, l’achat d’Asher toujours en mains, je discutais avec madame Smithervan dans le hall du bâtiment abritant l’étage où habitait le jeune homme. Ce n’est qu’en découvrant le code nécessaire à ce que je puisse entrer que j’avais réalisé qu’il n’allait pas forcément être si aisé de rentrer sans trop déranger. Heureusement pour moi, la vieille dame aux yeux d’un bleu perçant était d’une sympathie sans égales et lorsque je lui expliquais rapidement que j’avais un paquet à remettre à Asher Wenstone, elle me laissa entrer avec un sourire. J’appris que le portier, Francis, était en congé pour deux jours mais qu’il n’avait pas été jugé utile de le remplacer, ce qui s’avérait assez contraignant. C’était un très heureux hasard qu’elle soit sortie juste à ce moment et puisse ainsi me faciliter la vie en me permettant d’entrer ainsi, puisqu’elle devait retrouver une de ses petites-filles. Je pense qu’elle aurait pu me parler pendant un moment encore si elle n’avait pas été pressée par l’heure. Et d’un côté, je n’étais pas certaine que cela m’eût dérangée. Sa convivialité et son engouement la rendaient particulièrement intéressante, et pas une fois elle n’a fait une remarque sur ma constante mise en mouvement, ce qui était un réel plus. Je l’aidai donc volontiers à sortir, étant elle-même chargée. C’était bien la moindre des choses que je pouvais faire.

Après avoir toqué énergétiquement contre la porte du troisième étage où la vieille dame m’avait dit qu’Asher habitait, je pus remettre le paquet d’Asher à la jeune femme qui était venue le chercher et qui m’avait ouvert. Je lui expliquai rapidement la situation – ce que je faisais globalement pour la troisième fois en moins d’une heure –, arguant qu’il m’avait semblé normal d’agir comme je l’avais fait, étant donné qu’Asher n’était pas en mesure de récupérer ce qu’il avait acheté et qu’il fallait de toute manière que je sorte. Je refusais aimablement d’entrer, ne tenant surtout pas à m’imposer. Et puis, ça ne m’était absolument pas venu à l’esprit qu’on m’invite à rester. Je voulais simplement dédommager Asher, avec qui j’avais passé un très agréable moment, et c’était ce qui m’avait poussé à faire le trajet. Je quémandais tout de même un verre d’eau pour la route qu’elle m’apporta rapidement. Elle me remercia de la part du jeune homme qui apprécierait certainement l’initiative. Avec un sourire, je lui fis transmettre à Asher un bon rétablissement ainsi qu’une bonne soirée, et reparti presqu’aussi rapidement que j’étais arrivée.

Débarrassée de tout paquet dérangeant, je fis le retour en courant, m’empêchant ainsi de réfléchir un peu trop à ce que je venais de faire. J’avais une nouvelle fois agi par impulsion, mais celle-ci différait des autres. Je n’avais tout de même pas pour habitude de rapporter des paquets à des propriétaires ayant eu un souci de santé et dans l’incapacité d’aller les récupérer. Mais après tout, ce n’était pas non plus habituel que je tombe sur quelqu’un comme Asher. Alors pourquoi pas ?

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“There is no such thing as the biggest mistake of your existence. There's no such thing as ruining your life. Life's a pretty resilient thing, it turns out.”


Dernière édition par Hanna Sharps le Lun 22 Avr - 12:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: If you can’t go through an obstacle, go around it. Water does. || Hanner   Ven 29 Mar - 21:27

Dès qu’il était arrivé chez lui, Asher avait senti toutes ses résistances s’effondrer d’un seul coup. Almen avait à peine eu le temps de le retenir qu’il s’écroulait sur le sofa du salon, le plus grand, celui qui trônait face aux deux larges fenêtres et qui avait une vue dégagée sur l’avenue. Il s’était écroulé, endormi avant même d’avoir touché le tissu. Son système interne subissait un court-circuit.

Almen lui retira son manteau, ses chaussures, l’habitude des cadavres l’aidant à manipuler le grand corps lourd de l’héritier, le couvrit et se retira dans la cuisine. C’était l’endroit qu’elle préférait dans l'appartement et également l’endroit où Asher allait le moins, en dépit de la graisse qui recouvrait son ventre. Elle attrapa une tasse, fit chauffer de l’eau et récupéra dans son sac l’un des quatre sachets de thé qu’elle gardait en permanence sur elle. Son métier l’avait rendue prudente. Pendant que l’eau se mettait à bouillir, elle retourna vérifier l’état d’Asher. S’il avait de la fièvre, elle savait qu’elle allait devoir appeler sa mère. Sinon, il lui suffirait simplement de le laisser dormir le temps qu’il faudrait. Comme il lui payait les heures qu’elle passait à le veiller, cela ne la dérangeait pas de le faire.

Elle retourna à la cuisine, versa l’eau chaude sur son sachet, dans la tasse, et posa le tout à infuser sur la table que les quelques employés de maisons occupaient quand ils étaient là. Aucun ne résidait à demeure, en dépit de la contrariété que cela engendrait chez Esperanza Wenstone, mais l’un d’eux habitait tout près et Asher ne sortait de toute façon que très peu de chez lui. D’ailleurs, Almen avait été étonnée qu’il accepte de le faire cet après-midi là. Elle se demanda si c’était lié à la jeune femme avec qui il était quand elle l’avait récupéré mais songea que non puisqu’elle ne voyait pas comment ils auraient pu se rencontrer avant cela. Elle n’avait définitivement pas l’allure des tontas qui composaient la classe sociale de l’héritier. Après, peut-être en était tout de même une mais une qui avait la tête sur les épaules… L’idée plaisait à Almen.

Elle retira le sachet après s’être assurée qu’il avait suffisamment infusé et le jeta. Quelques secondes plus tard, elle partait récupérer un livre dans la vaste bibliothèque qui décorait tout un pan du couloir séparant pièces intimes et pièces sociales. Son choix fut rapidement fait : elle avait toujours rêvé de lire Romeo & Juliet mais n’avait jamais pris le temps d’en acheter un exemplaire.

Toujours allongé sur le canapé, recouvert d’une couverture en laine aux motifs écossais, Asher ouvrait difficilement les yeux. Il avait les pensées toutes embrouillées, un mal de tête épouvantable et une photophobie qui le contraignit à se tourner contre le dossier du sofa pour se protéger de la lumière. Ce faisant, il se rendit compte que son dos lui faisait très mal. Il grimaça, gémit et plissa ses paupières du plus fort qu’il put. Plus jamais il n’écouterait sa mère, ni même se laisserait-il culpabiliser par elle. D’autant plus que, s’il se souvenait bien, il n’était même pas allé récupérer le cadeau qu’il avait prévu pour son père et elle.

Achevez-moi, marmonna-t-il entre ses dents tandis qu’il bougeait précautionneusement dans l’espoir de soulager son dos.

Il tenta de se redresser en agrippant le dossier mais des étoiles apparurent rapidement devant ses yeux et il se sentit partir avec soulagement. Même s’il avait toujours été mal, même s’il avait pris la décision de ne plus suivre le moindre vrai traitement, il ne s’accoutumait pas à la souffrance. Cependant, il veillait à ce que cela ne se voie pas trop. L’enfant souffrant qui accapare toute l’attention d’autrui, il l’avait trop été. Ca lui avait coûté un frère et une sœur.

Dehors, progressivement, le ciel s’éteignait.
Almen en était presque arrivée à l’acte final de la pièce quand des bruits de coups tapés à la porte d’entrée la surprirent main posée dans le creux de son cou, cœur serré devant la tragédie qui attendait les deux amants. Elle savait que Juliet avait à peine quatorze ans, elle savait que Romeo était un idiot, elle savait que toute leur histoire allait trop loin mais elle s’en fichait. C’était de la fiction et la fiction était faite pour emmener loin du réel. Romeo et Juliet y arrivaient. C’est donc de mauvaise grâce qu’elle consentit à quitter sa chaise, la cuisine, son quatrième thé et l’œuvre pour aller s’enquérir de l’identité de l’intrus. En chemin, elle songea qu’il était d’ailleurs surprenant qu’un quelconque intrus ait pu parvenir jusqu’ici sans passer par l’interphone du bas. Sûrement était-ce une erreur d’étage.

En ouvrant la porte sur la jeune femme qui était avec Asher dans l’après-midi, elle réalisa que ce ne pouvait pas être une erreur. Une certaine surprise l’étreignit à l’idée que l’héritier ait pu donner ses coordonnées à quelqu’un mais cela renforçait l’idée qu’elle avait eue, à savoir que son interlocutrice était une riche qui avait su garder une certaine simplicité. Toutefois, elle n’eut pas le temps de penser davantage : déjà la jeune femme lui tendait un paquet en expliquant rapidement ce que c’était. Afin de calmer le flot de paroles, et parce qu’elle pensait que son employeur aurait peut-être aimé qu’elle agisse de la sorte, Almen invita le jeune femme à rester mais celle-ci refusa gentiment, demandant à la place un verre d’eau qu’Almen s’empressa d’aller lui chercher après l’avoir faite entrer dans le hall dont deux des trois portes menant aux entrailles de l’appartement étaient fermées. La jeune femme but la boisson aussi vite qu’elle avait parlé et Almen la remercia du plus chaleureusement qu’elle put au nom d’Asher qui, elle en était là convaincue, apprécierait certainement l’attention. Même si c’était pour compenser le chocolat qu’il lui avait payé, songea-t-elle non sans une certaine ironie. Elle se demanda s’il y avait quelqu’un qui pensait au jeune homme en-dehors d’un accord de services rendus et, hormis ses parents, n’en trouva aucun. Aucune tristesse ne l’envahit : elle savait qu’Asher se satisfaisait parfaitement bien de la situation.

Celle qui avait déclenché ces pensées lui demanda finalement de transmettre à Asher ses bons vœux de rétablissement et de bonne continuation avant de s’évanouir en vitesse dans l’escalier. Tout en refermant la porte, Almen se dit que d’où qu’elle sorte, cette fille ferait sûrement du bien à Asher si jamais elle continuait à le côtoyer. Il y avait suffisamment de vie en elle pour deux personnes, ce dont le jeune homme avait bien besoin.

Celui-ci avait été réveillé par les coups d’Hanna, bien qu’il ne sache pas encore que c’était elle. Il la reconnut très vite, ceci dit, au son de sa voix. Il l’avait oubliée jusque là et fut intrigué des raisons de sa présence mais, plus encore, ce qui lui fit se poser des questions fut la façon dont elle avait pu trouver son nom et son adresse.

On se calme, Ash, chuchota-t-il en se retournant sur lui-même pour avoir une vision sur les ténèbres de la rue, entrecoupées des lumières des lampadaires et des voitures qui passaient. Ce n’est peut-être pas elle ou, si c’est bien elle, elle vient peut-être simplement voir un des voisins et s’est trompée d’étages. Qui sait, c’est peut-être l’une des innombrables petites-filles de cette vieille pie de Smithervan.

Tout à ces pensées, il ne chercha plus à écouter ce qui se disait dans le hall. De toute manière il faisait confiance à Almen pour gérer n’importe quelle situation se présentant à elle. Une vibration soutenue lui parvint soudain et il sursauta avant de réaliser qu’il s’agissait de son portable. Il fouilla les poches de son pantalon à sa recherche mais ne trouva que du vide. Pendant ce temps la vibration continuait de se manifester. Il fit glisser son regard autour de lui, jusqu’à tomber sur son manteau, et comprit que c’était de là dont venait le bruit. Quelques secondes plus tard, il avait rejeté la couverture sur le côté et se dirigeait d’un pas vacillant vers le manteau dont il fouilla les poches rapidement avant de faire quelques pas en arrière et de se laisser retomber sur le canapé. Il décrocha sans même prendre le temps de regarder qui l’appelait mais n’eut aucun mal à reconnaître la voix de sa mère qui comprit en un instant l’état dans lequel il se trouvait et lui annonça qu’elle arrivait sans même lui laisser le temps de dire un mot.

Pas assez vigoureux pour la rappeler et la décourager dans son projet, il se contenta de laisser glisser le smartphone entre les coussins du canapé et se rallongea dessus en récupérant la couverture. Là, il se préparait à retomber dans un état somnolent quand la porte s’ouvrit sur Almen. L’inconnue à la porte, Hanna ?, lui revint alors à l'esprit et il se redressa :

Qu’est-ce que c’était?

La jeune femme avec qui vous étiez, tout à l’heure. Elle vous a rapporté ça, dit-elle en lui tendant le paquet. De ce que j’ai compris, vous l’avez acheté sans le récupérer, avant de l’inviter à prendre un café.

Il lui demanda de déposer le paquet sur le bureau situé entre les fenêtres, la remercia pour cela et pour la commission puis lui annonça qu’elle pouvait partir si elle le désirait : sa mère n’allait pas tarder à arriver, pour le meilleur comme pour le pire. Elle ne se fit pas prier pour le saluer. Moins d’une minute plus tard il entendait la porte claquer sur elle.

Certain d’être seul, il se renfonça dans le canapé, laissant uniquement sa tête émerger des couvertures, et pensa au geste d’Hanna. Décidément, cette fille était vraiment atypique.

Mais cela ne lui disait pas pour autant comment elle avait fait pour le retrouver.

Tandis que ses paupières se fermaient, il se promit d’éclaircir la situation rapidement. La première chose à faire, déjà, serait d’aller à la rencontre de l’Irlandais. Il devait certainement avoir une idée sur la situation puisque c’était chez lui qu’Hanna avait récupéré son paquet. Chez lui aussi qu’ils s’étaient rencontrés et qu’Asher avait été persuadé d’agir comme un adolescent. Certes, au final, s’il n’avait pas été malade, cela se serait sûrement mieux fini que ce à quoi il aurait pu s’attendre mais… Le Père Noëlandais n’était décidément pas clair. Il devait avoir le fin mot de l’histoire et Asher était bien décidé à l’obtenir à son tour.

Quels que soient les moyens qu’il doive employer pour cela.

Un sourire apparut sur ses lèvres en raison du cliché de sa pensée et il se laissa retomber dans les bras de Morphée.

Pour le moment, il devait surtout se reposer. L'énigme Hanna attendrait.



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