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 You knock me over ~ Alaël + Ana {1/4}

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MessageSujet: Re: You knock me over ~ Alaël + Ana {1/4}   Sam 24 Sep - 16:06

Quand Anaël se tut, il vit le jeune homme devant lui changer. Il se redressait quelque peu, levait la tête, durcissait ses traits. Il ne se laissait plus abattre, frappé dans son orgueil par les mots de l'infirmier qui souriait intérieurement, sans rien laisser apparaître sur son visage pour ne pas brusquer l'homme qui se tenait maintenant face à lui. Il le vit reculer jusqu'au plan de travail en inox installé derrière lui et s'y adossé, posant ses mains sur le métal froid. Anaël soutenait son regard glacial sans dévier le regard. Ils restèrent plusieurs instants ainsi, avant que le jeune homme prenne la parole :

- Très bien, monsieur l’infirmier. J’ai bien entendu tout ce que vous avez dit. Donc, afin d’éviter de vous faire perdre davantage votre temps, puisque tant de gens ont besoin de votre divine présence, je vais vous dire ce dont j’ai besoin : j’ai besoin d’être seul. Je ne veux pas attendre des nouvelles de ma sœur avec vous. Votre compagnie m’est vraiment intolérable. Envoyez-moi quelqu’un si vous pensez que je risque de me frapper avec le rouleau jusqu’à ce que mort s’ensuive mais vous, partez. Ou sinon, nous nous battrons et même si je ne suis pas sûr de gagner, je suis certain que cela ne vous fera pas que du bien.

- Je ne bougerais pas d'ici, rétorqua tout de suite Anaël. Et vous ne me frapperez pas, nous ne nous battrons pas. Et vous avez beau avoir fait remonter votre égo à la surface, je sais pertimment que vous êtes toujours autant effrayé au fond de vous, que vous tremblez de peur mais que mes mots vous ont piqués au plus vif de votre orgueuil. Et que vous tentez de vous protéger en agissant ainsi, froidement, en vous détachant de la situation et en jouant au gros dur. Mais vous savez, ça ne marchera pas. Parce que votre soeur est sur le billard, entrain de se faire enlever une balle du corps.

Anaël gardait ses yeux dans ceux du jeune homme, sans jamais détourner le regard. Ils étaient d'un bel émeraude, il avait toujours aimé les yeux verts. Jon avait les yeux verts. Et cette pensée lui serra le coeur. Jon... Il avait beau être arrivé à Londres depuis plusieurs mois et s'occuper toute la journée, son ancien amant revenait le hanter jour et nuit. Il avait beau ne plus être à New York, il trouvait toujours quelque chose qui le rapellait à lui. Les yeux verts du jeune homme qui se tenait face à lui, ou la Tamise qui lui rappellait le Hudson, où ils s'étaient rencontrés et sur le bord duquel ils avaient fait de nombreuses balades, ou une musique, qu'il entendait par hasard et qu'ils avaient écouté ensemble, ou un passant croisé dans la rue qui portait des affaires semblables aux siennes... Il venait aussi le rendait chaque nuit, parfois sous forme de rêves, ses meilleures nuits, mais s'était plus régulièrement sa mort qu'il revivait, leur agression, avant de voir Jon lui reprocher d'être encore vivant, d'entendre ces mots sortir de sa bouche...

Il frisonna, ferma les paupières un instant et se reconnecta à la réalité. Ne plus penser à Jon. Ne plus penser à Jon. Ses tripes étaient toutes nouées dans son estomac, il sentait la bile lui remonter dans l'oesophage, comme chaque fois qu'il revivait ou pensait à son cauchemar, mais la retint. Il devait s'occuper du frère effrayé, pour l'instant, et d'autres patients attendaient encore son aide. Ne plus penser à Jon. Il rouvrit les paupières et croisa à nouveau les pupilles du jeune homme qui se tenait face à lui. Pupilles émeraudes. Il détourna le regard et s'assit sur le fauteuil, pour se ressaisir. Ne plus penser à Jon. Il resta un moment assis en silence, le regard dans le vague, tentant d'effacer l'image de Jon ancré dans son crâne, avant de prendre la parole, regardant à nouveau le jeune fomme dans les yeux :

- J'ai cru comprendre, vaguement, que vous étiez riches et célèbres. Mais je ne te connais pas, et mes collègues, qui vous connaissent sûrement, ont autre chose à faire que s'intérésser à vos frasques. Nous ne sommes pas des journalistes assoifés par vos faits et gestes, à toi et à ta soeur. Et je ne voulais pas dire que tu ne nous intéréssais pas, qu'on se fichait de toi, de vous. Je me suis mal exprimé. Et je sais que tu n'en as rien à foutre de ma compassion, mais je cherche juste à ce que tu te sentes mieux. Même si je sais pertimment qu'aucun discours, qu'aucun mot ne pourrait te défaire de ton angoisse, de ta peur, et que tu ne pourras te sentir mieux jusqu'à ce qu'elle se réveille. Mais au moins, ta soeur se réveillera, tu sais.
Anaël poussa un soupir. Il se sentait inutile face à ce jeune homme hostile et froid, barricadé derrière son orgueil et son égo.

- Tu peux peut-être me parler d'elle, de vous, de ce qui s'est passé... Peut-être. Ne monte pas tout de suite sur tes grands chevaux. Mais je resterais ici. Comme je te l'ai dit, dans le silence, ou dans l'écoute. Et si ça t'amuse de te défouler, je ne suis pas à ça près...
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    Date de Naissance : 03/08/1989







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MessageSujet: Re: You knock me over ~ Alaël + Ana {1/4}   Jeu 10 Nov - 23:26

La réaction de l’infirmier ne se fit pas attendre. Pourtant, ce fut comme si une éternité était passée, aux yeux d’Alexander, tant il ne s’attendait pas à recevoir une quelconque résistance, chose qui advint cependant quand il entendit la réponse qui lui fut faite.

- Je ne bougerais pas d'ici, commença le jeune homme avec autant d’assurance qu’il en avait lui-même démontré, une seconde auparavant. Et vous ne me frapperez pas, nous ne nous battrons pas.

A ce moment-là, le Vagabond mourut d’envie de le cogner avec le rouleau ou son poing, peu importait, tant que cela lui faisait ravaler ses mots. Le flot verbal continu l’en empêcha.

- Et vous avez beau avoir fait remonter votre égo à la surface, je sais pertinemment que vous êtes toujours autant effrayé au fond de vous, que vous tremblez de peur mais que mes mots vous ont piqués au plus vif de votre orgueil. Et que vous tentez de vous protéger en agissant ainsi, froidement, en vous détachant de la situation et en jouant au gros dur. Mais vous savez, ça ne marchera pas. Parce que votre sœur est sur le billard, en train de se faire enlever une balle du corps.

La rage qu’il était difficilement parvenu à calmer se raviva subitement en Alexander comme un brasier tout juste alimenté et il fusilla son interlocuteur du regard, souhaitant transpercer ses orbes bleutées et le faire plier, une bonne fois pour toute. Parce qu’il n’avait pas droit de continuer à dire ce qu’il venait de dire ! Il n’avait pas le droit de frapper où cela faisait mal ! Il était un infirmier, quelqu’un qui aidait son prochain, alors pourquoi s’acharnait-il sur lui ? Profondément fatigué, autant moralement que physiquement, le Vagabond songea à partir, à rentrer chez lui mais la perspective de louper une quelconque annonce au sujet de sa sœur l’incita à rester. L’idiot du village, en face de lui, n’avait pas à prendre une place trop importante dans sa vie, même pour une courte période. D’ailleurs, que faisait-il les yeux fermés ? Le regarder l’insupportait-il tant qu’il devait se ménager une pause ? Ou, au contraire, sa beauté l’éblouissait-elle à un point quasiment inacceptable pour un simplet tel que lui ? Connaissant ses qualités physiques plutôt incontestables, Alexander estima la seconde solution plus probable, et même si au fond de lui, il se demandait sincèrement ce qui pouvait susciter cette réaction chez cet homme qui avait du cran à revendre, il n’en laissa rien paraître. Il ne faisait pas partie des services sociaux. Et aider son prochain ne faisait décidément pas partie de ses loisirs, à lui. Le teint de l’infirmier prit brusquement une teinte délavée. La perspective d’un quelconque éclat vomitif fit jeter un coup d’œil alentour au Vagabond qui ne trouva malheureusement pas de bassine pour endiguer l’éventuel flot. Relativement dépité, il ferma à moitié ses paupières tel un félin au repos mais prêt à bondir sur la moindre proie qui passerait à sa portée et attendit que son vis-à-vis cesse de faire l’autiste. Comme s’il entendait son impatience grandissante, l’infirmier rouvrit soudainement les yeux et leurs regards se rencontrèrent, s’harponnèrent, immédiatement, avant de se lâcher tout aussi rapidement alors que l’apprenti autiste allait s’asseoir sur le siège à côté de lui.

Autant qu’Alexander pouvait en juger, dire que cela n’allait pas était presque un euphémisme tant le jeune homme avait l’air bouleversé. Il en oubliait presque sa sœur, sa moitié, à cause du brusque changement d’état de son interlocuteur. L’envie de savoir ce qui avait bousculé l’infirmier se fit plus pressante en lui. L’envie de lui donner une gifle pour lui faire regagner Terre et avancer la situation, aussi. Néanmoins, une fois encore, il se contint. Par respect pour le choc que l’autre paraissait subir ? Peut-être. Par flemme de bouger jusqu’à lui ? Sûrement. Alors, durant un moment qui parut ne pas avoir de véritable repère chronologique, ils restèrent immobiles, chacun à sa place, pas trop près mais pas trop loin non plus, Alexander fixant l’infirmier qui, lui, contemplait le vide avec une expression presqu’hallucinée. Ce qu’il voyait n’était pas discernable aux yeux du Vagabond, toutefois, ce dernier n’était pas certain de le regretter. D’une façon aussi inattendue qu’il avait rouvert les yeux, l’autiste bientôt confirmé fit bouger son regard jusqu’à Alexander et reprit la parole, d’une fois un peu distante dans ces premiers mots :

- J'ai cru comprendre, vaguement, que vous étiez riches et célèbres. Mais je ne te connais pas, et mes collègues, qui vous connaissent sûrement, ont autre chose à faire que s'intéresser à vos frasques. Nous ne sommes pas des journalistes assoiffés par vos faits et gestes, à toi et à ta sœur.

Le manque flagrant de connaissance qu’avait le jeune homme sur le monde dans lequel il vivait, dans lequel ils vivaient tous les deux, titilla l’envie qu’avait le Vagabond de lui faire du mal mais il s’abstint. S’il épuisait ses dernières réserves d’énergie, il ne pourrait peut-être pas assister au réveil de sa sœur et il le refusait. Pendant ce temps, son bourreau verbal continuait de s’exprimer :

- Et je ne voulais pas dire que tu ne nous intéressais pas, qu'on se fichait de toi, de vous. Je me suis mal exprimé. Et je sais que tu n'en as rien à foutre de ma compassion, mais je cherche juste à ce que tu te sentes mieux. Même si je sais pertinemment qu'aucun discours, qu'aucun mot ne pourrait te défaire de ton angoisse, de ta peur, et que tu ne pourras te sentir mieux jusqu'à ce qu'elle se réveille. Mais au moins, ta sœur se réveillera, tu sais.

Un soupir accompagna la remarque, comme si le jeune homme regrettait cela. Une vague de haine déferla en Alexander et il crispa ses doigts sur le formica qui composait le plan de travail sur lequel il était appuyé. De quel droit ce bon à rien se permettait-il de penser ce genre de choses ? Etait-il vraiment infirmier ? Un doute surgit dans l’esprit agité du Vagabond et il se prit à considérer son interlocuteur d’un œil nouveau. Après tout, il était à la portée du premier venu d’enfiler une blouse immonde et de parler comme un abruti. Pourtant, la certitude qu’il faisait bien partie du personnel soignant de l’hôpital était ancrée en lui, au même endroit que celle disant qu’il ne dirait à aucun de ses collègues ce qu’il était en train de se dérouler dans cette salle. D’une certaine façon, ça serait leur petit secret. Alexander n’était même pas sûr d’en parler à Anastasia. Notamment parce qu’il n’était pas certain de se souvenir de tout, lorsqu’il lui serait possible de communiquer avec sa sœur, ou même de se souvenir tout court de cet entretien pourtant si particulier.

- Tu peux peut-être me parler d'elle, de vous, de ce qui s'est passé... Peut-être. Ne monte pas tout de suite sur tes grands chevaux. Mais je resterais ici. Comme je te l'ai dit, dans le silence, ou dans l'écoute. Et si ça t'amuse de te défouler, je ne suis pas à ça près...

Ces dernières phrases coupèrent le Vagabond dans son élan pensif. Il lui avait semblé comme entrevoir une faille dans ces mots, une faille profonde et douloureuse. Une faille qui n’était pas prête à cicatriser. Une faille dont il n’avait pas à se préoccuper. Il n’était pas assistante sociale pas plus qu’il n’était l’ami de l’autiste dépressif face à lui. Décrispant ses doigts du formica sur lequel ils étaient encore serrés, il reprit instinctivement son regard de félin au repos et se redressa avant de s’avancer de son pas naturellement assuré vers l’infirmier.

- Alexander Wenstone, enchanté, déclara-t-il en tendant sa main à l’homme face à lui avant d’enchaîner immédiatement. Je suis ici parce que j’attends ma sœur : elle est en salle d’opération. Un salopard lui a tiré trois balles dessus.

Il ne savait pas ce qui le poussait à faire cela. L’envie de repartir sur de nouvelles bases ? Certainement mais pourquoi ? Pour se ménager ? Ne pas user ses dernières forces ? Il préférait se dire que c’était cela plutôt qu’écouter une possibilité ô combien dérangeante : celle qu’il faisait cela pour détourner l’infirmier des idées noires, des démons prenants, qu’il paraissait avoir en lui. L’hypothèse que sa poignée de main ne lui serait peut-être pas rendue ne lui traversa cependant pas l’esprit : il n’avait pour ainsi dire jamais été rejeté et au vu de la situation, de l’effort qu’il faisait, même s’il avait envisagé le fait, il aurait trouvé incroyablement peu cordial de la part de l’homme de le faire. Un constat l’éclaboussa soudain : peut-être était-ce simplement l’utilisation qu’avait faite l’infirmier du tutoiement qui l’avait poussé à faire cela. Pour que le vouvoiement revienne. Ainsi que la distance entre eux.

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I'm just a loner, baby, and now you're gotten in my way.

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MessageSujet: Re: You knock me over ~ Alaël + Ana {1/4}   Lun 16 Juil - 15:31

Alexander réagit rapidement à ses mots. Ses doigts se décrispèrent du plan de travail et il s'avança vers l'infirmier avec une démarche féline. Le dit infirmier ne put s'empêcher son regard d'observer l'ensemble du corps de l'autre homme. Il était beau. Il détailla d'abord son visage ovale, avec ses joues soigneusement rasés et ses lèvres pulpeuses, entourait par des cheveux auburn assez long. Il était habillé d'une chemise blanche qui laissait deviner une fine musculature et d'un pantalon noir.

- Alexander Wenstone, enchanté, déclara-t-il en tendant sa main à l’homme face à lui avant d’enchaîner immédiatement. Je suis ici parce que j’attends ma sœur : elle est en salle d’opération. Un salopard lui a tiré trois balles dessus.

Anaël resta plusieurs secondes à fixer le jeune homme dans les yeux, cherchant quelque chose dans son regard, qu'il sembla trouver, puisqu'il lui serra la main. Le contact avec sa paume chaude et la poigne forte l'électrisèrent. Ses mots montraient la rage qui l'habitaient. La haine à l'égard de l'agresseur de sa soeur. Et Anaël se demanda si c'était la même rage qui l'avait habité à son réveil à l'hopital. Il ne pouvait s'empêcher, une nouvelle fois, de rejoindre ce qu'il voyait chez cet Alexander, à ce qu'ils avaient vécu. Et il ne pouvait s'empêcher d'avoir ce brin de rancoeur, en lui, cette petite voix, celle du diable , de la méchanceté, qui lui murmurait que sa soeur, à lui, survivrait. Alors que Jo n'y avait pas survécu.

- Enchanté. Anaël Das Santas. Etudiant en médecine, infirmier à temps perdu, parce qu'utopiste qui voudrait sauver le monde.

Il esquissa un sourire franc, tout en mettant fin à leur poignée de main. Il se réinstalla confortablement sur le fauteuil sans quitter le jeune homme des yeux. Il avait un regard émeraude saisissant.

- Hum... Tu veux me parler de ta soeur ? Ou de toi ? Ou de.. Je sais pas. T'as sûrement pas envie d'en parler en fait. Ca serait comme un adieu, ou quelque chose de mauvais. Hum. Et c'est pas la fin. Elle va s'en sortir. Les chirurgiens ici sont excellents. C'est vraiment des dieux. Et le Dr Rudall est vraiment bon. Même si c'est un connard. Mais ça, ça rentre pas en compte sur le billard. Il est juste un excellent médecin, un chirurgien du tonnerre qui est le meilleur de cet hopital. Ca rassure toujours. Enfin, autant que ça peut. Je sais que tu dois me trouver débile, actuellement. Mais je fais ce que je peux. Je veux dire, tu parais pas évident comme mec. Et si je parle vite tu m'interromps pas et au moins, ça t'évite d'y penser. Hum...

Il se mordit la lèvre inférieure et détourna le regard une seconde, se trouvant ridicule devant cet homme – quel âge avait-il, en fait ? – si mesuré dans ses gestes et ses paroles, dans tout. Il était riche, avait-il entendu. Alors quoi, la richesse, ça rendait tout le temps ainsi ? Froid, calculateur ? Il soupira. Il avait juste à l'occuper pendant que sa soeur était entre les mains des chirurgiens, rien d'autres. Il eut une pensée ironique pour ses géniteurs. Probable oui, que c'était une caractéristique des riches personnes...

- Alors, qu'est-ce que tu aimes faire ? Je veux dire. Hum. Cette question est aussi totalement ridicule. Un rire nerveux s'échappe de ses lèvres et il remonte son regard vers l'autre homme. Je veux dire, tu es.. Tu ressembles à un homme d'affaire. Comment peut-on poser ce genre de questions à un homme d'affaire ? Enfin, tu ressembles pas à un homme d'affaires. Plutôt à... un fils de riche. C'est pas une insulte, ou quoi. J'observe, juste. Alors donc, oui, c'est vrai que vous êtes riches et que les journalistes vous courent après. Merde, ça doit pas paraître gentil, comme ça. Je veux dire. Je fais que des observations, hein ? Te.. Te braques pas. Ca serait cool. C'est stressant, quand tu fais ce truc bizarre avec tes yeux. Comme un félin. Brr. Vraiment stressant.

Il l'avait regardé ainsi, à l'instant où il se redressait avant de lui tendre la main. Un regard sombre, mais pas agressif. Un regard... Il ne saurait comment le décrire. Il lui filait juste des frissons. Et il n'était même pas sûr que ça soit de peur. Et c'était ce qui lui faisait peur et le stresser. Il n'y avait pas que son regard. C'était aussi sa posture, sa démarche. Tout en lui, en fait.

- Bon. En fait, tu dois pas être si vieux que ça. C'est le costard, qui fait cet effet. J'adore les costards, cela dit. C'est super classe. Jo en portait lors des... Hum.

Il se tut. Détourna le regard. Qu'est-ce qui lui prenait ? Franchement, parfois, il se foutrait des baffes. Ce gars s'en foutait, de Jo. En fait, il devait se foutre de tout ce qu'il lui disait. Parce que sa soeur restait sur le billard, peu importe ce qu'il ferrait pour tenter de le distraire. Et ça ne s'oubliait pas, ce genre de choses. Surtout quand c'était votre jumelle.

Il adressa un large sourire au brun, alors que ses mains se tordaient sur son jean. L'image de Jo en costume lui restait dans le coin de la tête. Elle l'envahissaitt, déjà. Et il avait beau essayer de s'en défaire, elle tournait, là, devant ses yeux, continuellement. Il valsait continuellement dans son esprit, ne lui laissait pas une seconde de répit. Il lui rappelait que c'était sa faute... Rien que la sienne. Lui qui avait voulu sortir, lui qui avait insisté, lui qui l'avait traîné dans les rues. Alors qu'il ne voulait pas. Il ne l'aurait pas fait, il serait encore vivant. Il lui sourirait encore, le ferait rire, le prendrait dans ses bras et l'embrasserait tout doucement, tendrement. Il se réveillerait encore entre ses bras, il lui jouerait encore des musiques, rien que pour lui. Il continuerait à se disputer à propos des courses et de la vaisselle, des poils laissés traîner sur le bord du lavabo après le rasage et les lessives.

Il serra fortement ses paupières, pour empêcher la panique de monter en lui. Ce n'était pas le moment. Pas quand il essayait lui même de calmer un patient. Bordel ! Il pourrait se contrôler, un peu. Il ne faisait aucun effort, laissait les valves ouvertes pour que tout le rappelle à lui. Il devait sûrement être masochiste. Mais il ne pouvait l'oublier. Il ne pouvait s'y forcer.

Il le revoyait. La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, au premier de l'an. Il portait un costume sombre, une cravate bordeaux et une chemise blanche. Il se souvenait de chacun de ses mots. Ils s'étaient embrassés là, surplombant le fleuve. Ils avaient discuté, longuement, de tout et de rien. Et puis ils avaient quitté la digue pour se ballader dans les rues d'un New York animé. Ils avaient vu un music bar, et Anaël lui avait ouvert la porte avec un grand sourire, sans rien lui dire. Et ils étaient rentrés. Il avait dit à Jonathan de s'installer à une table. Il s'était avancé vers la scène, avait murmuré un mot au musicien et s'était installé au piano. Et il avait joué Bohemian Rhaspody, en le regardant dans les yeux. Ils se souriaient. La chanson finie, il l'avait rejoint à la table, ils avaient bu un verre. Et Johnathan l'avait mené chez lui. Et leur histoire avait commencé, cette nuit là. Il eut un petit sourire triste, et revint à la réalité. Il fallait qu'il arrive à l'oublier. A vivre avec. Sans avoir cette boule qui restait à longueur de temps planté dans son estomac.

- Donc t'as quel âge, en fait ? La vingtaine, non ? Ouais, tu semble pas si vieux, en fait quand on y regarde bien. Et bon, t'as beau être riche, tout le monde a des.. passes-temps, non ? Je veux dire, à vingt ans, qu'on soit riche ou non, on aime à peu près les mêmes choses, ou pas ? Tu aimes le cinéma ? Quel est ton film préféré ? Et la musique ? Tu en écoutes ?
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MessageSujet: Re: You knock me over ~ Alaël + Ana {1/4}   Mar 17 Juil - 22:01

Le retournement de situation parut surprendre l’infirmier parce qu’il ne répondit pas immédiatement. Son regard bleu le fixait attentivement et Alexander sentit l’exaspération grandir en lui : il venait de faire un effort pour se montrer courtois, l’autre ne pouvait-il pas faire un effort pour adopter un comportement normal afin qu’ils aient un échange banal qui balaierait leur passif actuel ? Sa main se leva finalement et entra en contact avec la sienne. Fermement, ils se saluèrent et l’infirmier se présenta:

- Enchanté. Anaël Das Santas.

Le Vagabond tiqua au nom : la consonance hispanique lui apparaissait parfaitement incongrue en raison de l’aspect physique de son interlocuteur. Ses yeux bleus n’avaient rien d’ibérique. Pensant à la figure blême de son jumeau, il se dit que la nature pouvait décidément se montrer très malicieuse. Même si Anaël avait tout de même été moins raté qu’Asher.

- Etudiant en médecine, infirmier à temps perdu, parce qu'utopiste qui voudrait sauver le monde, continua ledit Anaël.

Un sourire franc naquit sur son visage lorsqu’il dit ça et il se rassit dans le fauteuil qu’il occupait déjà précédemment pendant qu’Alexander se réappuyait contre le plan de travail. Malgré lui, le Vagabond se demandait ce qui avait bien pu créer l’aspect utopique de l’infirmier, surtout qu’il y avait cette faille en lui qui paraissait être en conflit avec son aspect généreux et positif. Réalisant qu’il procédait à une psychanalyse officieuse du jeune homme, il coupa court à ses pensées et le toisa placidement. Il avait envie de lui demander ce qui allait se passer maintenant qu’ils étaient tous les deux calmes, au moins en apparence, et qu’ils s’étaient poliment présentés l’un à l’autre. Il pourrait peut-être aller lui chercher un café pour lui permettre de filer dans son dos… Il n’eut cependant pas l’occasion de le le lui demander, Anaël reprenant rapidement la parole :

- Hum... Tu veux me parler de ta sœur ? Ou de toi ?s’enquit-il.

Le tutoiement déplut à Alexander mais il n’eut pas le temps de le signaler : l’autre s’emportait déjà.

- Ou de.. Je sais pas. T'as sûrement pas envie d'en parler en fait. Ca serait comme un adieu, ou quelque chose de mauvais. Hum. Et c'est pas la fin. Elle va s'en sortir. Les chirurgiens ici sont excellents. C'est vraiment des dieux. Et le Dr Rudall est vraiment bon. Même si c'est un connard.

Submergé par le flot de paroles, Alexander était partagé entre l’amusement et l’exaspération. Anaël faisait les questions et les réponses à toute vitesse, tapant juste dans les suppositions qu’il émettait. Le jugement de valeur qu’il venait de faire à l’égard du médecin titilla brusquement la curiosité de son auditeur. Il avait pu constater que l’infirmier n’était pas du genre à se laisser faire mais il avait tout de même l’air relativement gentil. Qu’il traitât ainsi un médecin paraissait réellement surprenant aux yeux du Vagabond et il voulut lui demander ce qui provoquait un tel point de vue mais son flot continu de paroles l’en empêcha.

- Mais ça, ça rentre pas en compte sur le billard. Il est juste un excellent médecin, un chirurgien du tonnerre qui est le meilleur de cet hôpital. Ca rassure toujours. Enfin, autant que ça peut. Je sais que tu dois me trouver débile, actuellement.

Un sourire naquit sur les lèvres d’Alexander en entendant cette dernière phrase. Il avait été rassuré de savoir que malgré son statut de « connard », Rudall était un bon médecin et se sentait un petit peu plus serein quant à ce qu’il était en train d’arriver à sa sœur. La phrase d’Anaël au sujet de l’image qu’il devait donner arrivait ainsi à point, à un moment où le Vagabond baissait légèrement sa garde et sa hauteur. Si l’infirmier continuait à parler ainsi, ça serait parfait : Alexander pourrait penser à autre chose, notamment à la façon dont Anastasia et lui-même s’organiseraient pour retrouver les tireurs et leur faire payer leurs actes ainsi qu’au prochain repas avec leurs parents, sans que l’autre ne le remarque, pris par ses propres paroles.

- Mais je fais ce que je peux. Je veux dire, tu parais pas évident comme mec. Et si je parle vite tu m'interromps pas et au moins, ça t'évite d'y penser. Hum...

Alexander ne put s’empêcher de tiquer à ce passage. Brusquement, il se rendit compte que si l’homme soliloquait, ce n’était pas parce qu’il aimait le son de sa voix. C’était pour lui permettre de ne pas se focaliser sur son chagrin et de s’évader dans un terrain neutre. De plus, l’aveu qu’il avait fait quant à son apparence lointaine et méprisante soulignait bien l’effort qu’il faisait et le courage dont il faisait preuve. Silencieux, Alexander le regarda hésiter, mal à l’aise, et se demanda s’il devait dire quelque chose pour le rassurer. Ce n’était pas une chose dont il avait l’habitude. D’ordinaire, son plaisir était plutôt de mettre mal à l’aise ses interlocuteurs pours qu’ils reconnaissent sa supériorité et se sentent menacés par les pouvoirs qu’il avait. Mais là, alors qu’il attendait des nouvelles de sa sœur et que ce presqu’inconnu restait avec lui pour lui faire du bien, sans qu’aucune menace, sans qu’aucun argent ne l’y pousse, Alexander se disait que ce serait peut-être bien de poser durant quelques temps sa personnalité distante au profit du masque charmeur qu’il employait lorsque leurs parents les coinçaient, Anastasia et lui, dans un quelconque gala de charité ou qu’il se trouvait confronté à Asher, toujours en présence de leurs parents. Un soupir échappa des lèvres d’Anaël et Alexander renonça à changer d’attitude. Une bonne partie de la scène se passait désormais dans l’esprit de l’infirmier, un endroit auquel il n’avait pas accès et cette incapacité à pouvoir savoir ce qui se tramait dans la tête de son interlocuteur lui déplaisait. Il aimait trop tyranniser les autres et avoir un ascendant quasi-total sur leurs actes et leurs pensées majoritaires pour se montrer réellement aimable avec un être comme Anaël, qui était presqu’intouchable en raison de son statut d’infirmier et qui n’hésitait pas à répliquer. Peut-être que s’il n’avait pas eu cette blouse immonde, peut-être que s’il l’avait rencontré autre part, dans un endroit où il serait allé pour calmer son chagrin, il aurait déjà tué Anaël. Mais ce n’était pas ce qui était arrivé et Anaël était toujours bien en vie, devant lui. Désirant l’aider tout en s’oubliant dans ses pensées. Il ne tarda pas à mettre à mal cette partie, revenant rapidement dans la réalité en faisant se demander à Alexander si, au final, il n’avait pas fait que réfléchir à lui, l’héritier attristé. Un certain contentement apparut au sein dudit héritier attitré : le centre du monde était bien sa place.

- Alors, qu'est-ce que tu aimes faire ? Je veux dire. Hum. Cette question est aussi totalement ridicule.

Doucement, Alexander hocha la tête pour confirmer le ridicule de ce qui venait d’être dit pendant qu’un rire nerveux échappait à son interlocuteur. Son regard bleuté revint sur lui et il reprit la parole, désireux de mettre des mots sur ce qui le perturbait :

- Je veux dire, tu es.. Tu ressembles à un homme d'affaire. Comment peut-on poser ce genre de questions à un homme d'affaire ? Enfin, tu ressembles pas à un homme d'affaires. Plutôt à... un fils de riche. C'est pas une insulte, ou quoi. J'observe, juste.

Alexander le regarda avec une attention nouvelle. Enfin l’infirmier semblait se rendre compte de qui il allait en face de lui et de ce que cela impliquait réellement. La satisfaction du Vagabond s’accrut d’autant plus et il ferma à moitié les yeux, reprenant inconsciemment son air félin tandis qu’Anaël continuait à parler.

- Alors donc, oui, c'est vrai que vous êtes riches et que les journalistes vous courent après.

Alexander ne confirma pas. C’était évident, non ? avait-il envie de répondre. C’est ce que j’essaie de dire depuis tout à l’heure, sauf que vous paraissez un petit peu trop stupide, un petit peu trop banal pour comprendre. Mais il ne dit rien. Il laissa Anaël poursuivre son défilé de mots, de phrases, de remarques, s’amusant de sa spontanéité naïve. Il donnait l’impression d’énoncer tout ce qui lui passait par la tête.

- Merde, ça doit pas paraître gentil, comme ça. Je veux dire. Je fais que des observations, hein ? Te.. Te braques pas. Ca serait cool. C'est stressant, quand tu fais ce truc bizarre avec tes yeux. Comme un félin. Brr. Vraiment stressant.

Alexander pencha légèrement la tête sur le côté, intrigué. Il voyait ce qu’il voulait dire étant donné qu’il se sentait aussi calme et puissant qu'un grand félin, parfois, ce qui se traduisait dans son expression faciale mais il était surpris que Anaël se sente stressé par cela. Précédemment, il n’avait pas paru le moins du monde stressé quand il l’avait menacé de lui intenter un procès ou de le frapper. Et là, un simple regard le perturbait. Peut-être était-ce à cause du moment où une faille s’était découverte dans ses mots… D’une façon qu’il ne saurait expliquer, Alexander se sentait vraiment attiré par le jeune homme. Non du point de vue physique mais du point de vue mental. Il avait envie de l’attraper, de l’ouvrir au niveau de la tête, au niveau du cœur et de voir tout ce qui s’y trouvait.

- Bon. En fait, tu dois pas être si vieux que ça. C'est le costard, qui fait cet effet. J'adore les costards, cela dit.

Une nouvelle fois, une phrase fit tiquer Alexander. Machinalement, il se regarda puis reporta son regard sur le visage d’Anaël. Adorait-il les costumes parce qu’il trouvait ça élégant ou parce qu’il trouvait les hommes qui les portaient élégants ? Il s’agissait d’une question à laquelle Alexander n’était pas sûr de vouloir connaître la réponse. Il n’était pas vraiment homophobe mais discuter de cela avec un membre de ce bord n’était pas dans ses projets.

- C'est super classe, poursuivait innocemment Anaël. Jo en portait lors des... Hum.

Mentalement, Alexander cocha la case « gay » à côté du nom d’Anaël Das Santas. La gêne qu’exprimait celui-ci lui confirma d’ailleurs qu’il avait raison et il le fixa, abandonnant son air félin pour quelque chose de plus froid. Il voulait qu’Anaël recommence à parler, à lui dire ce qu’il avait dans la tête, qu’il lui raconte tout ce qui lui venait à l’esprit, même les choses pas importantes, parce qu’il aimait voir comment fonctionnaient les rouages cérébraux des autres. Cela le faisait se sentir mieux parce que cela le confortait dans l’opinion qu’il avait d’être supérieur. De plus, connaître les gens permettait de prendre de plus belles photos. En connaissant leurs aspirations, leurs désillusions et leurs goûts, il était plus facile de les faire agir de façon à rendre leur être plus beau qu’il ne l’était véritablement. Les merveilleux clichés qu’il avait d’Anastasia en témoignaient bien, même si la beauté indéniable de sa sœur l’aidait considérablement. Dans n’importe quelle situation, elle était photogénique et il n’avait qu’à créer un décor ou un plan à sa hauteur, pour avoir des images fabuleuses. Dignes d’exposition qu’il ne ferait pas parce que sa sœur n’était pas un animal de foire que l’on expose à la vue de tous. Sa sœur était un merveilleux bijou que l’on conserve dans un écrin et que l’on porte sans cesse sur soi par peur de le perdre ou de se le faire dérober. Il était son écrin. Mais malheureusement, il ne pouvait pas la protéger présentement. Pas plus qu’il n’avait pu la protéger, quand la situation le demandait. Le bijou s’était trompé de rôle. Il avait servi de protection à l’écrin.

Alexander, perdu dans ses pensées, mit quelques instants à remarquer le sourire étincelant d’Anaël et encore un instant avant de constater qu’il était beaucoup plus faux que ce qu’il pouvait laisser entendre à première vue. Ses mains crispées sur ses jeans le soulignaient bien. Son regard aussi était faux : il ne le regardait pas. Il regardait autre chose. Des fantômes qu’Alexander ne pouvait pas voir et qu’il supposa être à l’origine de la faille d’Anaël. Cela ne l’intéressait plus. Plus du tout. Il se sentait vide. Il voulait voir sa sœur, la serrer dans ses bras et s’endormir avec l’odeur de ses cheveux tout autour de lui. Puis, au réveil, il l’engueulerait pour s’être interposée devant lui et lui avoir causé cette peur et ce tourment terribles. Il se laisserait pleurer, s’il en avait envie, parce qu’avec Anastasia, ce n’était pas grave de pleurer. Pas quand il s’agissait d’eux deux. Mais au fond de lui, il savait qu’il ne pleurerait pas. Cela ferait du mal à sa sœur et il ne le voulait pas. Il ne voulait que son bien et qu’elle guérisse, bien et vite, pour qu’ils retrouvent les fils de putes qui l’avaient blessée et les tuer.

La respiration d’Alexander s’était accélérée tandis qu’il pensait à ça et il s’en rendit compte en sentant une douleur dans sa poitrine, une fois où il inspira trop profondément. Sûrement était-ce du à ses muscles contractés par le stress. Il s’était légèrement décontracté, un peu plus tôt, mais pas suffisamment pour qu’il se sente bien. De toute manière, il n’avait pas envie de se sentir bien, que ce soit pour de vrai ou à cause de substance chimique, tant qu’Anastasia ne serait pas devant lui, souriante et intacte. Il ne pouvait pas se sentir bien sans elle. Un coup d’œil à Anaël l’informa qu’il était reparti dans ses pensées et il sourit pour lui-même. Quel beau tableau d’autistes dépressifs ils devaient former. L’inutilité de leur cohabitation était incroyablement flagrante. Anaël aurait sérieusement du partir s’occuper de d’autres patients au lieu de rester ici à parler pour ne rien dire. Il perdait son temps et lui faisait perdre le sien en agissant de la sorte.

Brusquement, il ferma les yeux violemment et Alexander fronça les sourcils. Ce type avait sérieusement l’air d’avoir besoin d’une aide psychologique quelconque. Il n’allait pas bien. Le Vagabond ne savait pas si c’était passager ou de longue durée mais il recommençait sérieusement à penser à quitter la pièce pour s’en trouver une autre ; de préférence très éloignée de celle-ci.

Un sourire sans joie habilla les lèvres d’Anaël et il sembla faire un effort pour quitter ses pensées. Alexander se maudit de ne pas être parti quand il en avait l’occasion.

- Donc t'as quel âge, en fait ? reprit l’infirmier comme si de rien n’était.

Le Vagabond décida que c’était une bonne chose : même s’il avait envie de connaître la faille de son interlocuteur, il n’avait présentement pas la force d’endurer le flot de lamentations que cela engendrerait sûrement.

- La vingtaine, non ? Ouais, tu semble pas si vieux, en fait quand on y regarde bien. Alexander fit une moue amusée. Et bon, t'as beau être riche, tout le monde a des.. passes-temps, non ? Je veux dire, à vingt ans, qu'on soit riche ou non, on aime à peu près les mêmes choses, ou pas ? Tu aimes le cinéma ? Quel est ton film préféré ? Et la musique ? Tu en écoutes ?

Abandonnant le fer du plan de travail, Alexander alla s’asseoir sur le divan, les jambes pendantes, ses chevilles croisées, son dos droit, ses mains le soutenant. Il fit glisser son regard sur Anaël, avec ce regard qui le mettait tant mal à l’aise, et se demanda si Jo venait de quitter l’infirmier. Si c’était à cause de ça qu’il partait parfois dans ses pensées… Cela serait véritablement décevant. La banalité de la situation donnerait envie de vomir à Alexander. Mais peut-être n’était-ce pas ça.

- Pour commencer, je vous demanderai de me vouvoyer tant que je vous vouvoierai ou que nous ne nous serons pas mis d’accord sur l’emploi du tutoiement…

Cela dit, Alexander se sentit mieux. Il avait beau ne plus être fermé à la discussion, bien qu’il doutât qu’Anaël suspecte la direction qu’elle allait prendre, ils n’avaient pas gardé les cochons ensemble et n’étaient pour le moment pas intimes, même si le Vagabond avait la certitude qu’aucune intimité ne viendrait jamais s’immiscer entre eux. Laissant passer quelques secondes pour que son message s’imprègne bien dans le cerveau troublé de l’autre, il rouvrit la bouche :

- Où est Jo ? demanda-t-il en ignorant toutes les questions qui venaient de lui être posées.

Il prenait le contrôle de la situation, maintenant qu’il avait suffisamment de matière pour savoir où appuyer, où creuser. Anaël pourrait sûrement l’aider à mettre de côté son chagrin, s’il se révélait être cassé pour de vrai. De quelque manière que ce soit.

- Parce qu’il n’est plus là, n’est-ce pas ? poursuivit-il calmement. Vous avez employé le passé pour l’évoquer. Or, vous l’aimiez… mez ? se corrigea-t-il en levant brièvement les yeux au plafond pour peser le pour et le contre de son hypothèse. Vous êtes entre les deux, finit-il par dire en observant de nouveau son interlocuteur droit dans les yeux. Ses phrases sonnaient comme des sentences irrévocables. Et lui aussi vous aimait. Vous n’auriez pas paru gêné après l’avoir évoqué, sinon. Vous ne seriez pas parti dans vos pensées, s’il n’avait été qu’un fantasme inaccessible.

Les mots venaient spontanément à Alexander. Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait appris tout ça au sujet d’Anaël mais les phrases lui semblaient cohérentes, vraies. Peut-être n’était-ce pas le cas, cependant il en doutait : il avait toujours eu un esprit logique, stratégique qui savait repérer les moindres détails pour les agencer d’une façon sensée. C’était pour cela qu’il faisait de belles photos et qu’il structurait les idées d’Anastasia. Cette capacité de raisonnement était également une des innombrables choses qui le faisaient être au-dessus du commun des mortels. Autrement dit, des gens comme Anaël Das Santas.

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I'm just a loner, baby, and now you're gotten in my way.



Dernière édition par Alexander Wenstone le Ven 7 Sep - 0:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: You knock me over ~ Alaël + Ana {1/4}   Lun 3 Sep - 14:05

« Pour commencer, je vous demanderai de me vouvoyer tant que je vous vouvoierai ou que nous ne nous serons pas mis d’accord sur l’emploi du tutoiement… »

Anaël regardait simplement son vis-à-vis dans les yeux. Le jeune homme était toujours si distant, et une seconde, il se demanda ce qu’il faisait encore là. Pourquoi s’était-il encore obstiné ? Amy lui avait déjà dit plusieurs fois, que parfois il fallait laisser couler. Que tout le monde n’avait pas besoin de lui, que tout le monde ne se laissait pas sauver. Mais il ne l’écoutait pas. Il l’écoutait rarement, en fait, constata-t-il. Elle lui avait aussi dit d’arrêter de se morfondre ainsi. D’arrêter de penser à Jo. Mais voilà, Jo restait…

« Où est Jo ? » reprit Alexander. Et Anaël frissonna, en fronçant les sourcils. La voix du jeune homme face à lui était froide. Calculatrice. Accusatrice, plutôt. Et les mots résonnaient dans son crâne. Jo. Jo. Où est Jo ? Son petit doigt tiqua sur son jean. Il serra son pouce contre son index, comme il le faisait quand ça montait en lui, ce truc plein de rage qu’il détestait. Il ouvrit la bouche pour répondre, pour se défendre. Mais l’autre ne lui en laissa pas le temps et reprit ses constatations.

« Parce qu’il n’est plus là, n’est-ce pas ? »

Il aurait aimé dire que ça ne le regardait pas. Qu’ils n’étaient pas là pour ça. Il aurait aimé qu’il se taise. Mais il continuait. Calmement, à débiter ses mots qui s’accrochaient à lui comme des griffes.

« Vous avez employé le passé pour l’évoquer. Or, vous l’aimiez… mez ?. Vous êtes entre les deux. Et lui aussi vous aimait. »

Le regard de l’autre se planta dans le sien, et ses mains tremblèrent, encore, incontrolables. Et il s’en voulut d’être si faible, encore. Pourquoi ne pouvait-il pas prendre de la distance par rapport à toute cette histoire, réussir à vivre avec ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement laisser ça derrière lui, vivre autre chose, ne pas trembler à chaque fois que l’on évoquait son nom, ne pas avoir tout le temps son image en tête, ne pas se rappeller de lui ?

« Vous n’auriez pas paru gêné après l’avoir évoqué, sinon. Vous ne seriez pas parti dans vos pensées, s’il n’avait été qu’un fantasme inaccessible. »

Il détestait l’autre d’être si clairvoyant. Il se détestait d’être si lisible. Il ferma les yeux une seconde, s’arrachant un instant au regard trop inquisiteur d’Alexander, pour tenter de se reprendre, avant de les planter à nouveau dans ceux de son vis-à-vis.

« Tu… Vous. »
Il soupira. « Je ne comprends pas en quoi ça peut vous intéresser. » Sa voix était froide. Tentait de l’être. Il ne devait pas être très convaincaint, face à cet homme aux attitudes calculatrices et si froid. Mais il s’en fichait. Lui n’était pas un connard. « Vous voulez qu’on se vouvoie. Pourquoi donc ? Parce que vous êtes trop important pour moi ? Trop riche, trop supérieur à l’être insignifiant que je suis ? » Un ricanement s’échappa de ses lèvres et il se leva pour se trouver à la même hauteur que l’autre. Son corps était tout crispé, ses sourcils froncés. « Parce que vous ne vous accordez de familiarité avec personne ? Ah, si. Pardon, Monseigneur. J’oubliais votre chère sœur. Alors quoi ? Vous ne tutoyez qu’elle ? Elle seule vous tutoie ? Vous n’avez personne d’autre dans votre vie ? Mon dieu. Je comprends pourquoi vous êtes au bord du désespoir, plutôt devrais-je dire en plein dedans. Allez vous pendre directement, ça serait mieux pour tout le monde. Pour moi, pour vous et pour les docteurs qui ne réussiront pas à sauver votre sœur. »

Il se mordit la lèvre. Sa main trembla. Toute la rage était là, à l’intérieur de lui, prête à sortir. Ellan lui avait dit de faire de la boxe, en plaisantant, un jour. Que ça l’aiderait peut-être à décompresser, à aller mieux. Peut-être qu’il aurait du l’écouter, lui aussi. Il vit un pli imperceptible se faire entre les deux sourcils de l’autre homme. Il aurait voulu se calmer, mais revoir l’autre et son masque de glace de l’énerva que davantage.

« Et quoi ? Vous faites semblant que ça ne vous fait rien ? Vous faites comme si ça ne vous touchait pas tant que ça ? Comme si elle ne pouvait pas mourir ? Comme si vous alliez forcément la retrouver dans trois heures, en pleine forme ? Vous savez quoi, vous n’êtes qu’un connard. Un connard qui se croit supérieur aux autres. Un connard qui pense être intouchable. Un connard qui pense qu’avec son fric et sa notoriété, il est au dessus de tout. Mais tu veux savoir ? T’es qu’un simple mortel. Toi, et ta sœur, vous êtes des êtres humains. Comme tous les autres. Vous n’êtes pas supérieur aux autres. Votre fric ne vous rend qu’à moitié supérieur à nous. Oui, vous pouvez acheter ce que vous voulez, obtenir ce que vous souhaitez, quand vous le souhaitez. Et alors ? Est-ce que ça vous apporte le bonheur ? Je pense pas que ca rend heureux, une sœur et du fric. Ca rend pas immortel, non plus. Ca rend juste vivant. Mais vivant, c’est quoi ? Juste respirer, chier et dépenser son fric ? C’est à ça que tu passes ton temps ? Wow. Merveilleux. Quelle merveilleuse vie. Je t’envie tellement. Je t’envie tellement à faire comme si tu ne ressentais rien, comme si ça ne te fait rien tout ça – entre autre le fait que ta sœur soit sur le billard. »

C’était décousu. Ses pensées pele-mêle de ce qu’il pensait de l’héritier sortait en vrac de sa bouche. Il n’avait jamais su parler correctement sous le coup de la colère. Mais l’autre restait là, face à lui, sans rien dire et il ne pouvait s’empêcher de continuer.

« Ne me dis pas que ça te fais rien de plus que ça, ok ? Parce que sinon je vais vraiment m’énerver. Je sais que tu ressens des choses. Tout le monde ressent des choses. Et je pense que tu n’es pas un connard à tel point que tu ne ressentes rien. Tu essaies de faire croire que tu ne ressens rien, pour servir cette image de connard froid qui pue le fric.Mais je sais très bien ce que tu ressens. Tu te sens dévasté. Tu veux juste qu’elle te revienne vivante, que tout redevienne comme avant. Tu t’en veux de ne pas avoir été celui qui s’est fait tirer dessus. Tu veux rattraper ceux qui lui ont fait ça, les torturer jusqu’à leur mort. Tu veux te venger. Tu voudrais pleurer et qu’on te laisse tranquille. Quoique ça, j’en doute. Tu es trop fier pour pleurer. Tu veux juste retrouver ta sœur, et tu n’as rien à branler du reste du monde. »

Sa voix s’était faite moins hargneuse. Plus calme, plus laconique. Comme s’il récitait une chose mille fois vue, mille fois vécue. Comme s’il se réveillait à nouveau de son coma et que Jo n’était plus là. Il se revoyait demander aux infirmières où il était, comment il allait. Et il revoyait leur visage pincé et désolé. Il réentendait leur voix qui lui apprennaient qu’il était mort. Et qu’elles étaient désolées. Et il hurlait, encore, et encore. Il hurlait en sanglotant. En murmurant que ça aurait du être lui. Que c’était sa faute. C’était lui qui avait tenu à sortir. Lui qui avait traîné Jo jusqu’au ciné. Lui qui les avait amené jusqu’à cette ruelle. C’était sa faute s’ils leur étaient tombés dessus. Sa faute si Jo était mort.

Une larme s’échappa de son œil gauche. Il l’essuya avec rage et ancra de nouveau ses yeux dans ceux de son vis-à-vis, en reprenant d’une voix à nouveau hargneuse.

« Je sais tout ça, parce que moi aussi, j’ai été toi. Un matin, je me suis réveillé dans un lit d’hopital. J’avais le souvenir d’une agression. Des coups sur mon corps et de l’éclat argenté d’un couteau. Quand on est venu me voir, j’ai demandé où était Jo. Et on m’a dit que Jo était mort. Jo était mort, et on me l’a dit d’une voix douce et un regard plein de compassion. Tu voulais savoir où était Jo. Et bien tu sais. Jo est dans un cimetière de New York. Et je l’aimais. Je l’aime. Je… »

Il se tut. Et détourna le regard en essuyant quelques larmes qui perlaient à ses cils qui dévalaient ses joues. Maintenant, il aurait juste voulu se cacher quelque part et qu’on le laisse tranquille.
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