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 Nous avons un avantage sur Dieu, nous existons - Jam.

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    Date de Naissance : 22/08/1991







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MessageSujet: Nous avons un avantage sur Dieu, nous existons - Jam.   Mer 2 Mar - 20:51



I can feel you all around me.


Une goutte. Deux gouttes. Trois gouttes. Sam regardait fixement la pluie tambouriner contre les étroites fenêtres du bar dans lequel il se trouvait depuis maintenant quelques longues heures. Assis sur une chaise haute, un verre qui ne restait jamais longtemps vide en main, il balayait du regard le spectacle familier qui se déroulait devant ses yeux. Disséminés dans la salle, les Londoniens se retrouvaient ici chaque soir dans un seul et unique but: s'oublier un tant soit peu dans cette atmosphère saturée par les effluves d'alcool mêlées à l'odeur entêtante du tabac froid. Le jeune homme percevait la tension qui les habitait, et savait bien qu'ils ne prenaient aucuns plaisirs à être là. Dans la façon désespérée avec laquelle ils agrippaient leur verre emplie d'un liquide ambrée, il devinait que la vie de ces gens-là ne se résumait pas à grand chose. Ils survivaient, ne rêvaient plus, et la seule façon pour se maintenir dans cet univers de crise était d'oublier. Ce qu'ils faisaient à merveilles. Se noyant dans cette atmosphère pesante, bruyante, impersonnelle. Et Sam, lui, tentait d'insuffler un peu de sentiments, manquants cruellement dans cet espace confiné, en chantant de sa voix grave et émouvante. Mais il voyait bien que c'était peine perdue. Trop distants, trop inexpressifs et déconnectés pour être réceptifs à sa musique, ils écoutaient toujours attentivement, mais leur comportement était loin de se modifier. « Just a Mirage ». Ce bar portait d’ailleurs bien son nom. Tout cela n’était qu’illusions, vaines tentatives pour occulter une partie de son existence. Mais elle finissait toujours par rattraper les concernés. Et Sam en savait quelque chose.

En regardant ces gens, assis, il se dit qu’il n’était pas tellement à plaindre. Il avait une famille. Il arrivait à vivre de sa passion. Il était lui-même. Heureux, en quelques sortes. Mais... Etait-ce bien ça, le bonheur ? La réponse lui fit rapidement boire une gorgée de bière avant de retourner se perdre dans la contemplation du temps qui se déchainait, dehors. Il se demanda ce que deviendrait le monde si cette pluie diluvienne guérissait les blessures à chacun de ses passages. Si, en quelques heures, tout pouvait changer. Il secoua la tête devant sa propre bêtise. Il fallait qu’il arrête de rêver. Cela ne changerait en rien ce qui se passait. Le rêve ne pouvait faire changer les choses. Seule une volonté assez forte le pouvait. Ou un sacré coup de pouce du destin. Comme ce qu'il lui était arrivé. Non. Il ne devait pas penser à cela. Il ne le voulait pas. Et pourtant, comment pouvait-il l'oublier? Comment pouvait-il oublier son visage ? Comment pouvait-il oublier que ce jour-là, il s’était senti utile, vraiment utile ? Il s’était retrouvé confronté à sa plus grande faiblesse. Et il l’avait vaincue, en quelques sortes. Contre son grès, mais vaincue tout de même. Et ce grâce, ou à cause d’elle. Son beau visage ne quittait plus ses pensées, depuis. Il ne parvenait pas à l’y chasser. Peut-être parce que, quelque part, il n’en avait pas envie. Cette soudaine prise de conscience l’énerva au plus haut point.

D’un signe de tête, Sam demanda à ce que son verre soit de nouveau rempli, et se replongea dans ses pensées. Oui, cela l’énervait. Il était en colère. Plus qu’il ne l’aurait imaginé, et plus qu’il ne l’aurait voulu. Il s’en voulait d’avoir utilisé son Don. Et il lui en voulait surtout, à Elle. Elle qu’il avait quittée sans même connaître son nom. Avec la seule certitude qu’elle était saine et sauve. Et qu’elle avait des yeux magnifiques. Pourquoi était-elle là ? Et pourquoi, lui, se trouvait-il là à l’instant même où… ? Il grimaça. Secouant vivement la tête et tentant de chasser son image de son esprit. D’une main, il saisit son verre et le vida lentement. Pour se changer les idées, il promena un regard habitué sur la salle et ses occupants. Quasiment toujours les mêmes. Avec les mêmes regards légèrement vides. Un éclat de rire trouait parfois l’atmosphère pesante du lieu. Le reste du temps, ce n’était que bourdonnement de conversations indiscernables, tintements de verres et raclements de chaises. A ce concert familier s’ajoutait le bruit de la pluie rebondissant violemment contre les vitres. Sam se remit à fixer ce spectacle qu’il jugeait apaisant. Evitant de repenser à elle. A elle et à ses yeux bleus. Il entendit la porte d’entrée s’ouvrir. Se refermer. Indifférent, il continua de regarder les gouttes d’eau s’écraser dehors. Une goutte. Deux gouttes. Trois gouttes. Alors qu’il s’apprêtait à demander son troisième et ultime verre, il sentit un regard lui brûler le dos. Sans même voir la personne qui se trouvait derrière lui, il devina instantanément que c’était elle. Lentement, il se retourna.

Elle se tenait là, debout devant la porte close. Ses cheveux trempés lui encadraient le visage, n’altérant aucunement sa beauté. C’était bien elle, ses grands yeux bleus limpides posés sur lui. Cela ne faisait aucuns doutes. Elle était comme dans son souvenir, qui, dans un sursaut imperceptible, reprit possession de son esprit.

Il marche dans l’aéroport. Déterminé. Destination Londres. Sa guitare en main, ses cheveux coiffés de son éternel chapeau noir, il est prêt. Prêt à rentrer chez lui après un an d’absence. Il marche vers la salle d’embarquement qu’il sait quasiment vide. Les gens voyagent de moins en moins. Il va emprunter un escalator quand un cri déchire le silence. Quelques marches au dessus de lui, il aperçoit une jeune femme. Blonde. De dos. Elle perd l’équilibre. Et chute, tête la première vers le sol. Vers Sam. Il ne peut rien faire pour éviter l’impact. L’impression de déjà-vu lui donne envie de crier. Il regarde les longs cheveux blonds se couvrir de sang. Non. Pas encore ! Instinctivement, il s’accroupit à ses côtés. Ses mains se posent sur le visage de la jeune femme. Il sent son Don courir dans ses veines. La plaie se referme après que le sang ait réintégré son corps. En quelques secondes, elle est comme neuve. Il sent qu’elle n’a pas de traumatisme. Abasourdi, il se lève. Perdu. Il la sent bouger. Deux prunelles bleues se posent sur lui. Il tourne les talons. Part. Sans se retourner. Il ne la reverra plus. Est-ce bien ce qu’il veut ?

Elle était là, maintenant. En face de lui. Le jeune Londonien détourna le regard et se concentra sur son verre désormais plein. Il en but ne gorgée. Lentement. Ensuite, il chercha dans la poche de son jean, et attrapa une cigarette. D’un regard, il interrogea le barman qui lui donna l’autorisation d’un signe de tête. Ne sachant pas quoi faire – Partir ? Rester ? L’ignorer ? -, Sam tira nerveusement sur sa cigarette. Il sentit avec soulagement la fumée le parcourir. Il se détendit. Et continua son manège quelques secondes dans l’espoir de retrouver totalement son attitude décontractée. Un curieux mélange de sentiments l’envahit. Un mélange d’envie et d’espoir, mais aussi d’exaspération. Elle l’avait contraint à réutiliser son Don ; il pensait ne jamais la revoir et voilà qu’elle débarquait de nouveau dans sa vie, aussi soudainement que la première fois, le mettant dans un état qu’il n’atteignait que rarement. Mais… L’avait-elle vraiment contraint à cela ? Au fond, il n’avait pas été obligé. Il aurait très bien pu la laisser se vider de son sang dans cette salle quasiment vide et… A cette idée, il vida la moitié de son verre sans réfléchir, se haïssant d’avoir pensé cela. Comment cette idée avait-elle pu ne serait-ce qu’effleurer son esprit ? Il secoua la tête. Regarda dehors. La pluie continuait de tomber. Une goutte. Deux gouttes. Trois gouttes. Elle était toujours là. Il le sentait. Et il n’aima pas la sensation qui naquit au creux de son ventre à cette idée. Non. Pas du tout.


Dernière édition par Sam Nailish le Sam 12 Jan - 13:30, édité 2 fois
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    Date de Naissance : 17/06/1991

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MessageSujet: Re: Nous avons un avantage sur Dieu, nous existons - Jam.   Lun 7 Mar - 19:09




Nous avons un avantage sur Dieu :

Nous existons



Une silhouette courait sans s’arrêter tandis que des trombes d’eau s’abattaient inlassablement sur elle et la ville alentour. Les gens étaient rentrés se mettre à l’abri, il ne restait plus que Jillian Lishanet dehors. Ses chaussures ne cessaient d’être éclaboussées par les flaques dans lesquelles elle marchait, ses longs cheveux blonds commençaient à réellement être trempés et la jeune femme n’avait pas d’autre choix que de continuer à courir pour trouver un refuge. Elle revenait de chez son parrain, le fabuleux Ellan Kyper, chez qui elle avait passé l’après-midi et ne s’était pas attendue une seule seconde à ce qu’une telle averse n’éclate sur elle. Tout récemment arrivée de San Francisco, elle n’avait pas encore réussi à s’habituer au climat anglais, si différent du sien, mais n’arrivait pourtant pas à regretter sa venue ici, étant donné que Londres la ravissait un peu plus chaque jour qui passait malgré la crise qui agitait depuis peu le Monde. L’accent british, surtout, pouvait lui faire oublier n’importe quoi, notamment lorsqu’il était allié à une voix charmante… Néanmoins, depuis son arrivée en Angleterre, la jeune blonde n’avait jamais entendu de voix réellement enchanteresse, ce qui la frustrait quelque peu étant donné que depuis toujours, elle était plus que sensible aux timbres de voix. Les lourdes gouttes aqueuses l’aveuglaient de plus en plus alors elle plaça son avant-bras en protection, ses jambes poursuivant leur course alors que son esprit se maudissait de ne pas être resté chez Ellan. Evidemment, il était trop tard pour corriger le tir, il ne lui restait plus qu’à continuer de courir en bénissant la boxe qui l’avait rendue si endurante. Relativement protégés par son bras, ses yeux cherchaient difficilement à discerner l’enseigne d’un bar ouvert, chose plutôt rare maintenant que le trouble avait envahi la ville, avant que la pluie ne finisse par avoir raison d’elle. Par chance, des lumières apparurent enfin dans la grisaille de l’averse et Jillian obliqua dans leur direction sans se poser de question, ravie d’avoir finalement trouvé un lieu dans lequel se mettre à l’abri. Tandis qu’elle approchait, elle se prit à craindre que ce soit une habitation mais à son grand soulagement, lorsqu’elle se retrouva à l’abri de la pluie grâce à l’avancée importante du toit, elle put constater que les lumières qui l’avaient guidée provenaient bien d’un bar et elle y pénétra sans prendre le temps de faire une pause, poussant fermement la porte avant de s’arrêter sur le seuil lorsque le battant fut refermé, brusquement assaillie par une sensation étrange qu’elle ne connaissait pourtant que trop bien. Quelqu’un, ici, allait la voir telle qu’elle était. Quelqu’un, ici, allait lui être utile. Du regard, elle parcourut la salle légèrement enfumée en essayant de faire abstraction de la morosité clairement perceptible des lieux ainsi que des pichets d’alcool qu’il y avait un peu partout jusqu’à ce qu’elle ne tombe sur le dos de celui qu’elle cherchait sans le savoir. Un jeune homme qu’il lui sembla avoir déjà rencontré, quelques temps auparavant… Les souvenirs confus qu’elle ne se savait pas avoir à son sujet se mirent à affluer brusquement dans son esprit et elle se retrouva clouée sur place, dans l’incapacité totale de réagir alors même qu’elle oubliait où elle était pour revivre sa première rencontre avec le brun.

Elle se trouve sur les premières marches d’un escalator, à l’aéroport de San Francisco, celui où Sophia, la compagne de son parrain, travaillait avant qu’ils ne déménagent à Londres. Elle aussi s’apprête à quitter son pays pour celui de la Reine. Elle n’a pas peur, elle a confiance en elle et en l’avenir. Les au revoir avec ses parents ont provoqué une boule dans sa gorge mais elle s’efforce de l’ignorer. Elle ferme les yeux pour s’apaiser, une seconde de trop. Un déséquilibre se saisit d’elle, elle vacille, pousse un cri de surprise puis tombe. Sa tête heurte durement le sol, son esprit coupe tout contact avec son corps par réflexe. Elle s’évanouit ainsi avant même de réaliser que le liquide chaud qui coule sous sa tête est son sang. Trou noir. Elle apprendra plus tard qu’elle est restée moins de deux minutes trente, inconsciente mais pour l’instant, elle est encore évanouie. Ses yeux se rouvrent finalement quelques instants plus tard. Elle ne sait pas que le sang qui l’avait quittée, lui ait revenue. Son regard se pose instinctivement sur le visage d’un homme qui la regarde, debout à ses côtés. Son visage est grave mais séduisant. Ses yeux verts surtout semblent vouloir lui dire mille choses. Jillian a l’impression que c’est grâce à lui qu’elle n’a rien mais elle garde cette pensée pour elle et se contente de précautionneusement se relever tandis que l’inconnu s’éloigne avec indifférence. L’allure de sa haute silhouette est gravée dans la rétine de la blonde mais elle ne le sait pas encore. Lorsqu’elle embarque, elle le revoit au moment où elle passe près de sa rangée, cette fois elle note les élégantes lunettes noires qui habillent son visage, mais lui ne la remarque pas, son attention étant offerte au hublot. Elle va alors s’asseoir à sa place comme si de rien n’était et se force à oublier l’épisode en plongeant entre les pages d’un livre.

Malheureusement, lorsque quelque chose se grave dans une rétine, c’est souvent pour l’éternité, même si ce n’était pas ça qui avait empêché les souvenirs d’être remisés au fin fond de la mémoire de la jeune femme, et c’était à cause de ce premier fait que cette dernière n’avait eu aucun mal à avoir un déclic lui permettant de reconnaître son présumé sauveur alors même qu’il était dos à elle, nonchalamment installé au bar, un verre vide devant lui. Maintenant que le souvenir s’était achevé, Jillian avait repris contact avec la réalité dans laquelle elle se trouvait présentement mais ne savait pas quoi y faire. Une moitié d’elle-même désirait partir de ce lieu, le jeune homme l’intimidant et l’inquiétant étrangement, davantage même que la pluie mais l’autre partie de son âme n’aspirait qu’à franchir les quelques mètres qui la séparait encore du brun pour lui demander des comptes, peu important qu’elle le dérange dans sa tranquillité. D’ailleurs, il lui sembla que la tenue relâchée du jeune homme venait d’être discrètement remplacée par une certaine nervosité et elle s’en demanda la cause jusqu’à ce que le même regard vert, entouré de lunettes noires, qui l’avait accueillie après sa chute, ne se pose sur elle durant un instant. Un instant qu’elle aurait aimé faire durer plus longtemps tant elle n’arriva pas à en discerner l’ensemble complexe des émotions qui l’habitaient mais qui lui avaient également confirmé que leur propriétaire était bon pour elle. Néanmoins, loin de ce que son regard venait d’avouer, l’inconnu reporta avec une certaine distance son attention sur son verre et en but une gorgée en prenant son temps pendant que Jillian hésitait sur l’attitude à adopter. Etait-elle supposée aller le voir ? Devait-elle céder à la tentation de partir de là? Avait-elle simplement à ignorer le brun ? Elle ne savait toujours pas, pour l’une des premières fois de sa vie, elle n’avait pas la moindre idée du comportement qu’elle était supposée adopter. Son côté solitaire continuer à l’exhorter de partir mais la sensation magique qui entourait l’Américaine et lui rappelait sans cesse que le jeune homme pouvait être quelqu’un de bien pour elle contrait fermement ce côté alors elle s’avança de quelques pas, silencieuse au milieu des conversations qui bourdonnaient dans le bar, tandis que le brun tirait avec un soulagement palpable sur la cigarette qu’il venait d’allumer.

Une goutte d’eau, provenant très certainement de ses cheveux humides, glissa dans le cou de la jeune femme, la faisant légèrement sursauter et elle eut la sensation de brutalement réintégrer son corps. Désormais, elle savait parfaitement ce qu’elle allait faire, de la même façon que si elle venait de lire le script d’un rôle qu’elle allait devoir tenir dans un film quelconque. Ce qui n’était visiblement pas le cas de son supposé sauveur étant donné qu’il avala d’un coup la moitié de son verre, sans ciller plus que ça. Craignant pendant une seconde d’aller à la rencontre d’un alcoolique, Jillian stoppa son avancée puis la reprit en voyant que le jeune homme secouait la tête, comme déçu envers lui-même. Elle était présentement décidée à ne plus le juger tant qu’elle ne lui aurait pas parlé alors, tandis qu’il observait la pluie continuait de s’abattre à l’extérieur, elle finit de se rapprocher de lui et s’assit gracieusement sur un de sièges libres autour de lui, sans l’ombre d’une hésitation, après avoir déposé sa veste trempée sur le siège le plus près de celui qu’elle occupait désormais. D’un geste, elle désigna ensuite au barman attentif, le verre du jeune homme qu’elle venait de rejoindre puis détailla sans aucune gêne le visage de ce dernier, appréciant les traits fins mais graves qui étaient à moitié offerts à son regard tout en attendant que leur propriétaire daigne abandonner sa contemplation pour lui accorder son attention. Elle n’était pas pressée, la chaleur du bar dont elle ne connaissait pas encore le nom avait déjà commencé à la réchauffer et maintenant qu’elle était déterminée à comprendre ce qu’il s’était passé à l’aéroport, la patience irriguait paisiblement son corps. Son verre arriva au moment où le brun tourna complètement la tête vers elle et elle leva donc le premier en direction du second en signe de salut avant de boire une gorgée sans prendre le temps de davantage faire attention à ce qu’elle avait commandé. Le goût âcre de la bière envahit instantanément sa bouche, la surprenant agréablement. Depuis qu’elle avait quitté San Francisco, elle n’avait pas eu l’occasion d’en boire, son parrain préférant le vin, et la mousseuse boisson lui avait manqué sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte. Reposant sur le comptoir la pinte encore bien pleine, elle planta immédiatement son regard azur dans celui de son futur interlocuteur et n’attendit pas plus longtemps pour engager la conversation :

- Tu te souviens de moi ? Tu m’as sauvé la vie, il y a quelques semaines.

Le tutoiement lui était venu naturellement du fait que son interlocuteur semblait avoir le même âge qu'elle et elle n'y fit même pas attention, plus concentrée sur le fond de ce qu'elle disait plutôt que sur la forme qu'elle utilisait. Elle n’avait pas réellement besoin d’une confirmation : au vu de la crispation que le corps du brun avait exprimé dès qu’elle avait pénétré dans le bar, il était évident qu’il se rappelait d’elle, tout comme il sautait aux yeux que ce qui lui avait permis de sauver Jillian était une sorte de talent, un peu plus élaboré que celui qu’elle-même possédait, et qui devait vraisemblablement le doter aussi d’une sorte de sixième sens. Si elle ne faisait pas erreur, l’Américaine devait bien s’avouer que la coïncidence était assez remarquable. Sûrement était-ce pour cela que son esprit avait bloqué les souvenirs de leur rencontre jusqu’à maintenant… Reprenant la parole quelques secondes après que son dernier mot soit sorti de sa bouche, elle continua du même ton assuré et déterminé :

- J’aimerais beaucoup savoir pourquoi et surtout, comment, tu as réussi à faire ce miracle. Je veux dire : quelle ascendance possèdes-tu pour avoir cette capacité de guérison ? Je ne connais aucun sorcier ayant cette capacité.

Elle avait prononcé le statut de ses parents sans la moindre hésitation malgré qu’eux-mêmes n’appréciaient pas vraiment être qualifiés de la sorte, convaincue qu’annoncer clairement à son vis-à-vis qu’ils côtoyaient très certainement le même monde était une bonne chose. Si elle faisait erreur, elle passerait pour une folle mais elle n’avait que faire de cela : son don avait détecté en ce lieu une présence pleine de promesses, il serait toujours temps pour elle de se manifester si le jeune homme ne lui correspondait pas. Néanmoins, Jillian ne put s’empêcher de reconnaître en son fort intérieur que s’être trompée risquerait de la décevoir fortement étant donné que le regard du brun l’accrochait bien plus que n’importe quelle voix qu’elle avait pu jusque là entendre dans sa vie. Avec ou sans accent british.

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Jam

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MessageSujet: Re: Nous avons un avantage sur Dieu, nous existons - Jam.   Dim 24 Avr - 18:57

Le temps capricieux continuait de déverser des trombes d’eau glacée sur la ville somnolente, et Sam, lui, ne bougeait toujours pas. Toute son attention était fixée sur une seule et même personne sans qu’il ne parvienne à reprendre le cours normal de ses pensées. Tout s’embrouillait, se dispersait pour se mélanger quelques instants plus tard, et même sa contemplation de la pluie diluvienne détrempant les rues ne pouvait l’arracher à se désordre qui régnait dans son esprit depuis qu’elle était arrivée. Elle non plus n’avait pas esquissée un geste ; il pouvait sentir ses yeux limpides lui bruler le dos. Il s’efforçait de conserver une attitude des plus communes tout en sachant parfaitement qu’il n’y parvenait qu’à moitié. Agrippé à sa seconde cigarette, l’unique envie qui l’habitait était de finir son verre et de quitter le bar pour marcher dans la nuit humide. Le fait que l’envie de parler à la jeune femme avait manquée de peu de surpasser celle-ci l’avait plongé dans un profond désarroi qu’il tentait vainement de dissimuler derrière un masque de froideur. Il s’abstint de se retourner et ne bougea pas de là où il était. Quelque chose au fond de lui l’empêchait de répondre à son premier souhait. Inconsciemment, il savait que s’il partait, il le regretterait. Tout comme il avait secrètement regretté d’avoir ignoré la jeune blonde lorsqu’elle était passée non-loin de lui dans l’avion qui devait les amener tout deux à Londres. Le Hasard – car ce ne pouvait être que ça- les avaient fait se retrouver de nouveau et même si sa croyance en ce genre de chose était quasi-nulle, il se disait intérieurement que ce devait bien être pour quelque chose. La première fois, il l’avait sauvée, se libérant par la même occasion de son ancien blocage ; cette fois-ce il ne se sentait pas assez en pleine possession de ses moyens pour faire le premier pas. Et c’était d’ailleurs la dernière chose dont il avait envie, bien trop occupé à mettre de l’ordre dans toutes ses pensées qui l’assaillaient sans prévenir. Une se fit plus présente et lorsqu’il l’eut assimilé pleinement, il manqua de peu de paniquer : Il voulait que quelque chose se passe. Ce désir était flou. Incertain. Mais suffisant pour qu’une certaine appréhension mêlée à de l’agacement l’envahisse, le contraignant à tirer une nouvelle fois sur sa cigarette qu’il tenait toujours entre ses doigts. Lui, Sam Nailish, ne contrôlait plus vraiment ses émotions. Sa belle carapace constituée d’assurance et d’indifférence se fissurait à mesure que le temps défilait, laissant la situation inchangée. Une situation intenable et horriblement humiliante. Comment avait-il pu perdre à ce point le contrôle de ses pensées ? Il tacha d’occulter tout cela, laissant ses yeux se perdre dans la nuit qui assombrissait la fenêtre en face de lui. Il béni presque cet échappatoire qui lui permit d’oublier ne serait-ce qu’un court instant les circonstances dans lesquelles il se trouvait ; mais cet instant de répit ne dura pas. Malheureusement. Accompagnée par un nouvel arrivage de sensations - qu’il jugeait détestables- au creux de son ventre, la jeune femme s’assit en un mouvement gracieux tant il était simple et non-gâchée par quelques fioritures dont raffolaient normalement les jeunes femmes. Il suivit ce geste du coin de l’œil, mais cela ne l’empêcha pas de noter que ses manières étaient à 100 lieues de lui déplaire. Secoué par cette idée, il retourna à la contemplation de la nuit. Il s’obligea à demeurer ainsi quelques secondes. Ou quelques minutes, il ne savait pas, ayant abandonné totalement la notion de temps depuis l’apparition de celle qu’il avait sauvée. Puis, sans qu’il ne comprenne exactement ce qui lui arrivait, sa détermination à ne pas la regarder céda et il ne pu s’empêcher de se tourner franchement vers elle. Il aperçut qu’elle venait de le saluer en levant son verre nouvellement commandé mais ce n’était qu’un détail du tableau qui lui faisait désormais face.

Deux prunelles bleues animées d’une lueur pétillante l’accueillie, et cela le toucha bien plus que ce qu’il voyait à travers la vitre du bar. Toute envie de partir le quitta, tenta de revenir à l’assaut quand la nouvelle arrivante décrocha momentanément son regard de celui du jeune homme pour avaler une gorgée de bière pour être pulvérisée complètement quand le vert et l’azur se mêlèrent à nouveau. Le silence qui régnait entre eux depuis la première rencontre devint pesant, quoiqu’agréable étant donné que la vue convenait absolument à Sam qui était loin de regretter son ancienne contemplation. Néanmoins, il fut presque heureux quand la voix de sa toute récente interlocutrice vint flotter entre eux.

- Tu te souviens de moi ? Tu m’as sauvé la vie, il y a quelques semaines.

Ces mots résonnèrent agréablement aux oreilles du jeune Londonien et il ne regretta pas le profond silence qui les avait précédés. Il portait la musique en bandoulière depuis tout petit. Elle était ancrée dans ses veines, dans son âme, et dans son cœur, ce qui le rendait particulièrement sensible à tout ce qui sonnait bien. La voix de son interlocutrice intégrait aisément cette classe. Ni fausses notes. Ni paroles déplacées. Ni fioritures. Elle était simple, et correspondait parfaitement au faciès de la blonde. Sam s’empêcha de sourire, bien malgré lui. Les paroles qui succédèrent rapidement aux premières, attirant la moindre parcelle d’attention disponible, lui facilitèrent grandement la tâche.

- J’aimerais beaucoup savoir pourquoi et surtout, comment, tu as réussi à faire ce miracle. Je veux dire : quelle ascendance possèdes-tu pour avoir cette capacité de guérison ? Je ne connais aucun sorcier ayant cette capacité.

La voix mélodieuse au léger accent étranger finit de s’échapper de la fine bouche de la jeune femme en face de lui, et elle n’en parut que plus sûre d’elle. La façon dont elle l’avait abordée surprit Sam qui était plutôt habitué à de longs silences combinés à des stupides regards langoureux. L’assurance qui transparaissait dans ces paroles et dans chaque infimes gestes de la blonde rendait le Londonien fou de rage. Non seulement cela renforçait l’idée qu’il se trouvait dans une situation humiliante de par son incapacité à adopter une attitude décontractée mais de plus, il ne pouvait s’empêcher de se sentir indéniablement attiré par les manières si peu communes de la jeune femme. Si ce n’est pas la jeune femme elle-même…

Les yeux verts de Sam étaient toujours profondément ancrés dans ceux de l’inconnue ce qui ne l’aidait en rien à mettre de l’ordre dans ses pensées, et ses émotions. Outre l’assurance qu’il pouvait y déceler, il pouvait y lire autre chose qu’il ne parvint à identifier. Comme de l’intérêt ou… Autre chose. Il abandonna vite les quelques idées qui tentaient d’investir son esprit et s’appliqua à respirer calmement. Il choisit de briser à regret le contact visuel qui les reliait, devinant que c’était à l’origine de son comportement quelque peu désastreux. La nuit et son temps déchaîné l’enveloppèrent à nouveau. Il se perdit avec reconnaissance dans cet univers qui lui paraissait si lointain derrière la barrière de verre qui les séparait. Petit à petit, il sentit la moindre parcelle de son corps se détendre. En quelques secondes, l’agacement et l’appréhension se volatilisèrent. En une gorgée de bière, il eut les idées plus limpides. En une bouffée de cigarette, il redevint pleinement Sam Nailish. Il respira, et mit son trouble précédent sur le compte de la fatigue. Il finit par se retourner vers la jeune femme. Leurs prunelles se rencontrèrent une nouvelle fois, et il s’astreint à se concentrer sur les paroles qui venaient d’être prononcées.

Alors comme ça, la jeune inconnue avant des ascendances magiques… Cela attira immédiatement la curiosité du Londonien tout en attisant son agacement. Elle était bien plus intéressante qu’il ne le croyait au départ. Bien trop pour qu’il puisse l’ignorer. Mais la question qui demeurait était : l’était-elle assez pour qu’il lui parle de ses origines ? Son intuition première était de ne rien dissimuler. De tout dire. Et d’aviser ensuite en fonction de la réaction de celle qui lui faisait face, bien qu’il doutait qu’elle fut négative étant donné qu’elle-même n’était pas vraiment humaine. Pourtant, le véritable culte qu’il vouait au secret le rendait réticent. Il n’avait jamais révélé à Ann la véritable nature du sang qui coulait dans ses veines, et à aucun moment cela ne lui avait traversé l’esprit. Il se souvint qu’à cette période-là de sa vie, il n’en avait pas ressenti le besoin. Et pas un évènement ne l’avait forcé à en parler. Mais là… Là, c’était différent. Il ne pouvait dire en quoi, ni pourquoi d’ailleurs. Mais il le sentait. N’ayant pas l’habitude de se baser sur des certitudes si flous, il tenta de chercher quelques autres raisons valables mais il dû bien vite se rendre à l’évidence : il n’avait rien. Rien à part le fait qu’il la trouvait bien assez intéressante pour lui révéler son secret. Il eut du mal à admettre cela. C’était comme s’il n’était plus vraiment maître de ses pensées et de ses actes. Il était guidé par quelque chose d’inhabituel. Quelque chose d’incertain, présent sans pour autant être envahissant. Quoi qu’il fasse, cela ne devait pas faire fuir celle qui venait de lui adresser la parole. Voilà, c’était cela ! Le soulagement pris peu à peu le contrôle ses émotions sans qu’il ne sache bien pourquoi. Tout avait changé en un rien de temps, et sa soirée morose s’était transformé en une soirée… Etrange. Plus rien de l’étonnait, et il n’opposa aucune résistance à l’idée que quelque chose avait basculé en lui. Comme si une nouvelle voie s’offrait à lui. Une voie que tout l’incitait à emprunter ; des assauts de sa conscience à la pluie qui griffait les vitres. Et pourtant, Sam doutait. Tout cela était bien trop perturbant pour lui, et de nouvelles questions s’amoncelaient dans son esprit mis à mal par la situation à mesure que les secondes défilaient au ralentis. Il fini par balayer tout cela d’une gorgée de bière. Il allait lui parler. Avec sincérité, en ne falsifiant rien. Il ne ressentait d’ailleurs ni l’envie, ni le besoin de lui mentir. Elle avait été franche et direct avec lui, et l’imiter s’imposait comme une évidence. Le soulagement revint. Soulagement de savoir enfin ce qu’il voulait. Soulagement de se sentir déterminé après ces minutes plus que déroutantes. Soulagement de s’ouvrir simplement à quelqu’un. A une inconnue, certes, mais son instinct lui murmurait que si ce n’était pas elle, cela n’arriverait jamais avec une autre. Dernière gorgée, ultime regard vers le temps déchaîné qui ne représentait plus le moindre intérêt, et Sam fonça.

- Je me souviens de toi, en effet.

Il n’ajouta rien de plus et s’abstint de lui faire remarquer qu’elle ne l’avait pas remercié. Quoique… Il serait resté jusqu’à son réveil, elle l’aurait probablement fait. Il remercia donc sa conscience de ne pas avoir dit plus que ce qu’il avait déjà prononcé, et se concentra sur le visage de son interlocutrice. Toujours ce même air de détermination gravé sur ses traits, elle attendait manifestement d’avantage que cette réponse. Mais Sam aimait bien se faire désirer. Elle l’avait bien assez malmené pour que ce soit à son tour de mener le jeu. Intérieurement, il sourit mais n’en laissa rien transparaître sur son visage. Il patienta, formulant sa prochaine réponse. Une fois satisfait, il lâcha d’une manière décontracté les mots suivants.

- Tu aurais préféré que je te laisse te vider de ton sang, seule ? Un sourire un peu trop doux étira les lèvres du jeune homme sans qu’il ne s’en rende compte. Pour la suite, je suis un sang-mêlé. Ma mère est une sorcière, mais cette capacité de guérison, je la tiens de mon père. C’est un Ange. Etrange mélange, tu ne trouves pas ?

Sa voix grave résonna entre eux, et il ne regretta pas sa décision d’avoir parlé. Il n’avait pas mentionné ses anciens démêlés qu’il avait eut avec son Don, mais la manière dont la jeune femme le regardait lui laissait penser qu’elle ne partirait pas. Il avait donc tout son temps. Il repoussa son verre et ses mains vinrent tapoter doucement le bois poli du bar en un rythme lent inspiré par la situation. Ses yeux décrochèrent un instant des prunelles bleues de son interlocutrice avant d’être à nouveau aimantés par celles-ci. Une agréable sensation d’attente s’empara de lui et toute envie de regarder ailleurs se volatilisa. Cette fois-ci, il ne fuirait pas. Tout ceci était bien trop intéressant pour qu’il passe à côté. Oui. Bien trop.


Dernière édition par Sam Nailish le Sam 12 Jan - 13:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nous avons un avantage sur Dieu, nous existons - Jam.   Jeu 30 Juin - 19:35

Don’t, don’t you want me?

You know I can’t believe it.






Les doigts fins de Jillian entouraient nerveusement la bière tandis qu’elle attendait une réponse de l’inconnu aux yeux envoûtants. Elle ne s’apercevait pas de la nervosité qu’elle extériorisait, entièrement attentive à son vis-à-vis qui la fixait également, derrière ses lunettes à la monture noire. Elle aurait donné cher pour savoir ce qui traversait son esprit en ce moment-même et davantage encore pour avoir rapidement une réponse. Plus vite elle saurait si elle avait eu raison, plus vite elle pourrait optimiser son temps en se mettant ou non à la recherche de celui qui avait déclenché son pouvoir. Le contact visuel se coupa soudainement lorsque le jeune homme fit nonchalamment glisser son regard sur la vitre, près d’eux. Un peu vexée de ce changement d’attention, Jillian crispa ses doigts sur sa boisson et en but une nouvelle gorgée sans lâcher des yeux le brun. Elle n’accorda pas un seul regard à l’extérieur qui monopolisait tant son voisin de bar. Silencieuse, elle le vit prendre une lampée de bière et tirer sur sa cigarette mais ne pipa mot. Elle n’était plus agacée. Détailler le visage aux trois-quarts inaccessibles du jeune homme l’avait étrangement calmée. Tout ce qu’elle voulait, désormais, c’était simplement passer ses doigts dans la chevelure brune qu’elle avait à portée de mains. Evidemment, elle était parfaitement consciente du fait que cela ne se faisait pas alors elle se retint tant bien que mal jusqu’à ce que le propriétaire de la dite-chevelure se retourne à nouveau vers elle. Leurs regards se trouvèrent aussitôt, comme aimantés par les auras magiques qui entouraient leurs êtres. Au vu du plaisir qu’elle ressentit à retrouver les prunelles vertes, Jill se demanda si outre un présumé pouvoir de guérison, l’inconnu n’avait pas également un charme surnaturel irrésistible mais il paraissait trop tendu pour cela. Elle-même remerciait son je-m’en-foutisme naturel de l’empêcher d’extérioriser sa nervosité plus visiblement qu’avec quelques crispations sur un verre, qu’elles venaient de remarquer.

Le regard vert du jeune homme devint plus flou tandis qu’il paraissait s’enfoncer dans ses pensées et Jillian passa une main sur ses cheveux encore humide en espérant ne pas avoir l’air trop pitoyable. C’était la première pensée superficielle qu’elle avait dans sa vie mais elle sut avec certitude que ce ne serait sûrement pas la dernière, si l’inconnu restait dans sa vie. A une distance mentale incalculable d’elle, il lui apparaissait présentement plus jeune qu’il ne devait l’être et un sourire discret naquit sur ses lèvres lorsqu’elle vit ça. Elle s’aperçut brusquement qu’il la touchait alors même qu’elle aurait du être agacée d’attendre autant pour une réponse pourtant pas si compliquée que cela à fournir et ne sut pas ce qui pouvait justifier une telle chose. Les prunelles vertes reprirent subitement vie en même temps que leur propriétaire émergeait de ses pensées et Jill se redressa instinctivement sur son tabouret, prête à enfin recevoir la réponse qu’elle attendait tant. Une nouvelle gorgée de bière arriva néanmoins sur la langue du brun à la place des mots et elle l’imita, sans détacher son regard bleu de lui. Il lui semblait que rien d’autre n’existait réellement. L’atmosphère lugubre qu’elle avait remarquée en entrant dans le bar s’était effacée au profit de quelque chose d’inexplicable avec l’inconnu. Quelque chose qu’elle ne tenait pas une seule seconde à voir partir. Une autre gorgée vint arroser le gosier du jeune homme pendant que l’Américaine attendait toujours, en silence. Lorsque le regard de son vis-à-vis dériva une nouvelle fois vers la fenêtre, elle crut cependant qu’elle allait mettre fin elle-même à sa période d’attente mais il se reprit immédiatement et lui offrit ce qu’elle attendait depuis plusieurs minutes.

- Je me souviens de toi, en effet.

Le soulagement que ressentit Jill fut tel qu’elle faillit soupirer de satisfaction mais, habituée à ne pas être très démonstrative, elle s’abstint. Seuls ses doigts toujours en train de jouer avec son verre d’alcool continuaient de trahir sa légère agitation. Maintenant qu’elle avait obtenu la confirmation qu’il s’agissait bien de son sauveur face à elle, elle savait qu’elle pouvait attendre la réponse à sa seconde question mais déjà, l’envie de l’interroger sur mille autres choses la tenaillait. Elle tint bon, gardant son attention fixée sur son interlocuteur tandis qu’il la détaillait avec une placidité agaçante. Il ne semblait plus la moins du monde touché par une quelconque anxiété alors qu’elle-même sentait l’adrénaline courir dans ses veines. La situation ne la laissait pas indifférente. Il fallait dire que se trouver face à l’homme qui nous avait un jour sauvé la vie et découvrir à quel point le dit-homme pouvait être charmant aurait perturbé la plus coriace des cyniques. Quelques instants s’écoulèrent et toujours aucune autre phrase ne venait compléter les réponses que Jill attendait. Machinalement, elle replaça l’une de ses mèches de cheveux derrière son oreille et repensa à la pensée superficielle qu’elle avait eue. L’inconnu méritait-il vraiment qu’elle songe à ce genre de chose ? Son égo de nouveau un peu froissé du fait de l’attente lui souffla que non mais la voix grave et posée de l’anglais, délicieuse pour les oreilles de Jill qui était proche de tomber sous son charme, résonna une nouvelle fois dans l’air, le faisant ainsi taire :

- Tu aurais préféré que je te laisse te vider de ton sang, seule ? Pour la suite, je suis un sang-mêlé. Ma mère est une sorcière, mais cette capacité de guérison, je la tiens de mon père. C’est un Ange. Etrange mélange, tu ne trouves pas ?

Le sourire presque tendre qui était né après qu’il ait prononcé sa question bouleversa Jill autant que la voix qui l’avait accompagné. Elle était touchée par eux, par lui, aussi sûrement qu’une cible par Guillaume Tell. Un vide se créa au niveau de son estomac, comme s’il avait brusquement été aspiré par un vortex et elle ne put empêcher ses yeux de s’agrandir légèrement, de stupeur. Le pire fut sûrement lorsqu’elle se rendit compte qu’elle avait aimé voir ce sourire apparaître sur le beau visage de son interlocuteur. En mobilisant toute la volonté qu’elle possédait, elle réussit à se concentrer sur les phrases qui suivirent le sourire et sa surprise augmenta de plusieurs crans. Elle n’avait jamais rencontré d’hybride et ne pensait pas que de tels métissages puissent exister. Le jeune homme semblait partager son opinion au vu de la question rhétorique qu’il lui posa pour conclure. Il lui fallait cependant admettre que le résultat était plutôt convaincant. Elle ne savait pas quels aspects avaient les géniteurs du brun mais le mélange de leurs gênes avait été très réussi. Un legato léger vint envahir l’air, quelques secondes après que l’inconnu ait repoussé son verre, et Jill eut l’impression de sortir d’une bulle protectrice lorsque le regard vert du brun lâcha le sien durant quelques secondes. La bulle ne tarda cependant pas à se reformer et elle laissa un sourire habiller ses lèvres. Elle se sentait bien. Les lourdes gouttes de pluie qui l’avaient mouillée et l’après-midi qu’elle avait passé avec son parrain lui paraissait à des centaines de milliers de kilomètres. Elle avait l’impression que la proximité du métis magique effaçait tout ce qui existait au-dehors.

Mécaniquement, elle récupéra son verre et but l’ultime gorgée qu’il contenait, sans parvenir à lâcher des yeux son interlocuteur. La crispation qui s’était emparé de lui, lorsqu’elle était venue s’installer à ses côtés, lui revint soudain en mémoire et elle se demanda à quoi c’était du. Il n’avait visiblement pas de problème quant à sa nature donc ça ne pouvait pas être à cause de l’utilisation de son don mais la jeune femme ne voyait pas vraiment ce que ça pouvait être d’autre. Elle se rendit brusquement compte, alors qu’une lumière créait un bref reflet sur les lunettes du brun, qu’elle l’observait sans la moindre gêne et comme lorsqu’il avait eu un sourire tendre, ses yeux s’écarquillèrent brusquement avant de se décrocher rapidement de lui et d’y revenir tout aussi rapidement. Il aurait été stupide de réagir ainsi maintenant. Ils avaient passé l’âge de faire les collégiens. Autant en profiter pour lui répondre. Elle se tourna alors davantage vers lui, de façon à avoir ses genoux pointés en direction des cuisses masculines, peut-être un peu trop proche pour leur degré d’intimité et croisa ses doigts devant sa poitrine, l’un de ses coudes posés sur le dossier de la chaise, l’autre sur le comptoir. Un sourire imprévu s’empara de ses lèvres tandis que les premiers mots sortaient de sa bouche :

- Étrange ou pas, je trouve qu’il est plutôt réussi, ce mélange.

Elle n’avait pas prémédité cette phrase mais ne la regretta pas. C’était la stricte vérité, à quoi bon la cacher ? Sans se départir de l’assurance que parler lui redonnait, elle poursuivit :

- En ce qui concerne mon sauvetage, non, je n'aurais rien préféré d'autre. On peut même dire que je te suis plutôt reconnaissante de m’avoir sauvée.

Son regard bleu dériva un instant au niveau de la joue du jeune homme et elle jaugea la chance qu’elle avait de la lui embrasser sans se casser la figure. Estimant que le risque de se ridiculiser en le renversant dans le même temps était trop important, elle se ravisa et remonta ses yeux dans les siens.

- Au fait, je m’appelle Jillian Lishanet mais tu peux m’appeler Jill. Peut-être puis-je t’offrir quelque chose à boire pour te remercier d’avoir utilisé ton don pour moi… ? suggéra-t-elle en désignant d’une main le comptoir, sans le lâcher du regard.

Elle se mit ensuite à battre doucement des jambes dans l’air, le siège étant suffisamment haut pour qu’elle ne parvienne pas à toucher le sol en étant assise contre le dossier, et abaissa son regard sur le sol sale du bar, dans l’attente d’une réponse. Le bruit de la pluie s’abattant contre les carreaux lui parvint brusquement et elle releva les yeux sur eux, surprise de ne pas y avoir prêté attention plus tôt. Elle se remit alors à observer l’Anglais, automatiquement, et profita de sa réflexion pour le détailler plus attentivement, s'intéressant désormais à l’ensemble de son corps, sans pour autant tomber dans la vulgarité. Elle n’arrivait juste pas à faire taire l’envie qu’elle avait de posséder une vue complète du jeune homme. Ses yeux et sa voix n’avaient fait qu’attiser son désir de le connaître.

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Jam

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